Morte là où elle a connu l’amour

Aujourd'hui en France - - NICE 14 JUILLET - Nice (Alpes-Ma­ri­times) De l’un de nos en­voyés spé­ciaux JEAN-MARC DUCOS

ELLE VE­NAIT DE PAS­SER la jour­née du 14 Juillet sur la plage de ga­lets gris de la pro­me­nade des An­glais, or­ga­ni­sant un grand pique-nique avant d’at­tendre le feu d’ar­ti­fice en soi­rée. Comme tou­jours, Lau­rence-Nora Sah­raoui, jeune grand-mère de 49 ans, em­ployée de cui­sine sco­laire, avait em­me­né ses deux pe­tits-en­fants, Léa­na, 2 ans et de­mi, et Ya­nis, 8 ans.

Au mo­ment de re­par­tir, à l’is­sue du spec­tacle, Lau­rence, Ni­çoise née à Vi­try (Val-deMarne), tient fer­me­ment dans cha­cune de ses mains celles de ses « deux amours », qu’elle ne lâche ja­mais, et s’avance sur le trot­toir de la Pro­me­nade pour ren­trer chez elle dans le quar­tier de la Ma­de­leine.

A peine a-t-elle fait quelques pas sur l’es­pla­nade qu’elle se re­trouve sur la tra­jec­toire du ca­mion tueur conduit par Mo­ha­med La­houaiej Bouh­lel. Lau­rence est fi­gée par la peur, le ca­mion la fauche après un énième coup de vo­lant pour faire un maxi­mum de vic­times. Lau­rence, Léa­na et Ya­nis n’ont pas sur­vé­cu au choc. Les ef­forts d’un pas- sant mé­de­cin, in­ter­ve­nu dans le sillage mor­tel du ca­mion, pour re­lan­cer le coeur des en­fants écra­sés, ont été vains. Un peu plus haut sur le trot­toir, un autre membre de la fa­mille a pé­ri : un oncle, Mo­ha­med Tou­ka­bri.

Les bou­quets de fleurs dé­po­sés là même où la grand-mère et ses deux pe­tits-en­fants ont été tués com­mencent dé­jà à fa­ner sous le so­leil azu­réen. As­sise à même le sol, de­vant un coeur for­mé par des ga­lets gris, la belle-soeur de Lau­rence Sah­raoui porte sa main à sa poi­trine. Elle a le souffle court. « C’est un cau­che­mar. On ne dort pas. On ne mange pas. On ne vit pas. Ils étaient seize de la fa­mille à par­ti­ci­per à cette jour­née sur la plage. Ils sont re­par­tis à quatre de moins… » ra­conte cette femme brune sou­te­nue par deux amies. « Lau­rence, c’était une sainte. Elle ai­dait tout le monde dans la fa­mille. Quand on avait be­soin d’elle, elle ré­pon­dait tou­jours pré­sente. Seule la fa­mille comp­tait pour elle », conti­nue la belle-soeur éprou­vée.

Cruelle iro­nie du sort, Lau­rence avait con- nu son ma­ri en 1987 alors qu’il tra­vaillait dans un pia­no-bar de la cé­lèbre pro­me­nade, éta­blis­se­ment au­jourd’hui dis­pa­ru. « Elle est morte là où elle a connu son grand amour », pré­cise une proche. Lau­rence s’ap­pe­lait en­core Ta­vet, avant de de­ve­nir Mme Sah­raoui et d’ac­cep­ter de se conver­tir à l’is­lam pour épou­ser Ka­mel, chauf­feur dans un centre édu­ca­tif pour en­fants han­di­ca­pés. « C’est lui qui m’a pré­ve­nue. Il est comme un zom­bie », ajoute la belle-soeur. Quant aux pa­rents des en­fants, la dou­leur les tor­ture. Le pa­pa de Léa­na erre avec les pe­tites san­da­lettes de sa fille dans la mai­son fa­mi­liale tan­dis que la ma­man ne quitte pas le jouet pré­fé­ré de son fils.

« Lau­rence et ses pe­tits sont par­tis. Elle de­vait par­tir en va­cances en Al­gé­rie dé­but août comme chaque été. Cette fois, elle par­ti­ra dé­fi­ni­ti­ve­ment… » lâche une amie. Lau­rence avait en ef­fet émis le voeu qu’à son dé­cès elle soit in­hu­mée en Al­gé­rie, son pays d’adop­tion. Son pe­tit-fils, Ya­nis, de­vrait la suivre. Autre iro­nie du sort, Lau­rence, Ya­nis et Léa­na sont morts juste en face de l’im-

Con­ver­tie à l’is­lam pour épou­ser Ka­mel

meuble le Pa­lais d’Orient, à la hau­teur du 83-85, pro­me­nade des An­glais. « Ce­lui qui a fait ce­la ne peut se dire mu­sul­man. C’est juste un psy­cho­pathe, un cri­mi­nel de la pire es­pèce qui a se­mé la mort un jour de fête ré­pu­bli­caine », lance dans un regard em­preint de cha­grin une amie de la fa­mille. Trois jeunes filles en voile blanc, signe de deuil, ont veillé tard dans la nuit sur cette Pro­me­nade de­ve­nue fu­neste.

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