La ten­sion monte entre An­ka­ra et Wa­shing­ton

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - Jean-Marc Ay­rault, mi­nistre fran­çais des Af­faires étran­gères MAR­TINE CHEVALET

LES LARMES de Re­cep Tayyip Er­do­gan : c’est cette image in­so­lite qu’ont dif­fu­sée hier les té­lé­vi­sions turques alors que l’au­to­ri­taire pré­sident de la Ré­pu­blique is­la­mo-conser­va­teur, plus ha­bi­tué à maî­tri­ser ses émo­tions, as­sis­tait dans une mos­quée d’Is­tan­bul aux ob­sèques d’un vieil ami, pu­bli­ci­taire connu dans le pays, tué avec son fils de 16 ans lors du coup d’Etat avor­té. Voi­là pour la sé­quence émo­tion, car l’im­pla­cable pré­sident turc mène de­puis la nuit de ven­dre­di à sa­me­di une chasse aux sor­cières d’am­pleur dans les mi­lieux mi­li­taires et ju­di­ciaires soup­çon­nés de com­pli­ci­té avec les mu­tins.

Le chiffre de 3 000 mi­li­taires ar­rê­tés, y com­pris des gé­né­raux et l’un des 17 juges de la Cour consti­tu­tion­nelle, cir­cule. Le propre aide de camp d’Er­do­gan, le co­lo­nel Ali Ya­zi­ci, a été pla­cé en garde à vue. Quelque 2 745 juges vont aus­si être dé­mis de leurs fonc­tions. Se­lon le mi­nistre de la Jus­tice, Be­kir Boz­dag, pas moins de 6 000 per­sonnes sont en garde à vue. Quant au Pre­mier mi- nistre, Bi­na­li Yil­di­rim, il a ap­pe­lé au ré­ta­blis­se­ment de la peine de mort…

De quoi dé­gra­der en­core l’image d’An­ka­ra dans les chan­cel­le­ries étran­gères, dé­jà très cri­tiques sur le non-res­pect des droits fon­da­men­taux dans le conflit avec les Kurdes, et qui consi­dèrent à ce titre la Tur­quie comme un Etat dé­mo­cra­ti­que­ment peu fré­quen­table. Ces der­niè- res heures, plu­sieurs di­plo­mates ont haus­sé le ton. Dont le Fran­çais JeanMarc Ay­rault, pour qui « le coup d’Etat ra­té n’est pas un chèque en blanc au pré­sident Er­do­gan pour faire des purges ». La chan­ce­lière al­le­mande, An­ge­la Mer­kel, a aus­si de­man­dé que l’Etat de droit soit res­pec­té. Quant au pré­sident russe, Vla­di­mi r P o u t i n e , i l a s i mpl e ment sou­hai­té « un re­tour ra­pide à l’ordre consti­tu­tion­nel et à la sta­bi­li­té ».

Mais c’est sur­tout avec Wa­shing­ton que la ten­sion monte. Er­do­gan ac­cuse le pré­di­ca­teur Fe­thul­lah Gü­len, exi­lé aux Etats-Unis, d’être l’ins­ti­ga­teur de la ten­ta­tive de coup d’Etat et ré­clame son ex­tra­di­tion. « Je ré­fute ca­té­go­ri­que­ment ces ac­cu­sa­tions », a ré­tor­qué cet ex-al­lié d’Er­do­gan, de­ve­nu son en­ne­mi ju­ré. Wa­shing­ton a tou­jours re­fu­sé de l’ex­pul­ser et a in­vi­té les au­to­ri­tés turques à four­nir des preuves de son im­pli­ca­tion.

Mais c’est une tout autre in­quié­tude qui a conduit Ba­rack Oba­ma à con­vo­quer un Conseil na­tio­nal de sé­cu­ri­té : l’uti­li­sa­tion de la base mi­li­taire turque d’In­cir­lik, dans le sud du pays, comme tête de pont des opé­ra­tions aé­riennes contre Daech. Il s’agit d’un ac­cès stra­té­gique puisque 1 500 des 2 200 mi­li­taires amé­ri­cains ba­sés en Tur­quie y sont sta­tion­nés, ain­si que des drones, avions d’at­taque au sol et avions de guerre élec­tro­nique Prow­ler. Or, la base a été in­ter­dite aux vols mi­li­taires du­rant plu­sieurs heures de­puis ven­dre­di, tan­dis que les Etats-Unis sus­pen­daient tous les vols ci­vils en pro­ve­nance ou à des­ti­na­tion de la Tur­quie. Quant au dé­par­te­ment d’Etat, il a mis en garde ses conci­toyens contre tout dé­pla­ce­ment sur place.

« Le coup d’Etat ra­té n’est pas un chèque en blanc au pré­sident Er­do­gan pour faire des purges »

Le pré­sident turc Re­cep Tayyip Er­do­gan a som­mé Ba­rack Oba­ma d’ex­tra­der le pré­di­ca­teur Fe­thul­lah Gü­len, ac­cu­sé par An­ka­ra d’être à l’ori­gine du coup d’Etat man­qué.

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