Les ra­tés de l’Avas­tin, ou comment pas­ser à cô­té de grosses éco­no­mies

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - DA­NIEL ROSENWEG

TOUT ÇA POUR RIEN ? Les au­to­ri­tés de san­té ont eu beau prendre le tau­reau par les cornes pour fa­ci­li­ter l’uti­li­sa­tion du très peu cher et très ef­fi­cace mé­di­ca­ment Avas­tin dans le trai­te­ment de la dé­gé­né­res­cence ma­cu­laire liée à l’âge (DMLA), les éco­no­mies es­pé­rées ne sont tou­jours pas au ren­dez-vous.

Contre l’avis du fa­bri­cant, Roche, le mi­nis­tère de la San­té a même lan­cé une pro­cé­dure ex­cep­tion­nelle de RTU (re­com­man­da­tion tem­po­raire d’uti­li­sa­tion), in­dis­pen­sable pour les oph­tal­mo­lo­gistes qui vou­draient uti­li­ser l’Avas­tin. Ce mé­di­ca­ment n’a en ef­fet pour l’ins­tant été au­to­ri­sé en France que dans le trai­te­ment du can­cer. Ob­jec­tif de cette ba­taille pro­cé­du­rale ? Im­po­ser l’Avas­tin face au très coû­teux et hé­gé­mo­nique Lu­cen­tis des la­bo­ra­toires Roche com­mer­cia­li­sé par No­var­tis.

Ini­tia­le­ment, l’in­jec­tion du Lu­cen­tis flir­tait avec les 1 000 € quand l’Avas­tin ne re­ve­nait qu’à une cin­quan­taine d’eu­ros. Ef­fi­cace, le Lu­cen­tis est de­ve­nu le 4e mé­di­ca­ment le plus rem­bour­sé par l’As­su­rance ma­la­die : 318 M€ en 2014. C’est dire l’en­jeu éco­no­mique.

Une in­jec­tion sur 600

Las. « Neuf mois après son ins­tau­ra­tion, la RTU Avas­tin n’est à ce jour que très peu uti­li­sée, mal­gré les don­nées ras­su­rantes dis­po­nibles », note la Caisse na­tio­nale de l’as­su­rance ma­la­die dans son rap­port an­nuel dif­fu­sé ré­cem­ment. Se­lon le pro­fes­seur Laurent Kod­ji­kian, chef de ser­vice ad­joint aux Hos­pices de Lyon et spé­cia­liste du su­jet, « au 30 avril der­nier, sur 600 in­jec­tions pra­ti­quées, une seule contient de l’Avas­tin. C’est peu, c’est vrai ».

Manque de sé­cu­ri­té ju­ri­dique

« Les le­viers à mo­bi­li­ser, pour­suit le rap­port de la Cnam, concernent à la fois les condi­tions pra­tiques de son uti­li­sa­tion, mais aus­si l’adhé­sion des pres­crip­teurs. » Une ma­nière di­plo­ma­tique de dé­non­cer un vrai ra­tage des au­to­ri­tés de san­té.

En fait, le ver est dans la pomme. Ré­di­gée par la Di­rec­tion gé­né­rale de la san­té, sur la base des tra­vaux de l’Agence na­tio­nale de sé­cu­ri­té du mé­di­ca­ment, la RTU cen­sée fa­ci­li­ter le re­cours à l’Avas­tin est aus­si un for­mi­dable obs­tacle. « Cette re­com­man­da­tion tem­po­raire d’uti­li­sa­tion pré­cise que le re­cours à ce mé­di­ca­ment doit être in­dis­pen­sable », ex­plique le pro­fes­seur Laurent Kod­ji­kian, au­teur d’une cé­lèbre étude (Ge­fal) qui a mon­tré les ef­fets bé­né­fiques de l’Avas­tin contre la DMLA. Or, il n’est pas « in­dis­pen­sable » puis­qu’il existe deux autres spé­cia­li­tés, le Lu­cen­tis et l’Ey­lea. « Comment ex­pli­quer au juge notre choix en cas de pro­blème grave ? Il faut sé­cu­ri­ser ju­ri­di­que­ment le re­cours à ce pro­duit », in­siste le spé­cia­liste.

Contraintes tech­niques ex­ces­sives

Ega­le­ment se­cré­taire gé­né­ral ad­joint de la so­cié­té fran­çaise d’oph­tal­mo­lo­gie, le pro­fes­seur Laurent Kod­ji­kian qua­li­fie par ailleurs de « floues » et de « trop contrai­gnantes » les pré­cau­tions mé­di­cales im­po­sées. Pour pré­pa­rer les se­ringues, un ap­pa­reillage asep­ti­sant est né­ces­saire. Il coûte 100 000 € et de­vait être ré­ser­vé ex­clu­si­ve­ment à l’Avas­tin ! « Les au­to­ri­tés viennent seule­ment de mo­di­fier le texte », lâche le mé­de­cin. En­fin, l’Avas­tin n’est dis­po­nible qu’à l’hô­pi­tal, où il né­ces­site une hos­pi­ta­li­sa­tion, alors que 80 % des cas de DMLA sont trai­tés par la mé­de­cine de ville… Quant à l’adhé­sion des pres­crip­teurs, les oph­tal­mo­lo­gistes semblent prêts à fa­vo­ri­ser cette mo­lé­cule plus éco­no­mique. Ils l’ont dé­mon­tré le 8 mai lors de leur congrès en ap­pl a udi s s a nt mas­si­ve­ment une consoeur qui ré­cla­mait haut et fort une sim­pli­fi­ca­tion des pro­cé­dures.

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