Des drones so­laires dans la stra­to­sphère

SO­LAR IM­PULSE. L’avion pré­pare l’ul­time étape de son tour du monde. Une fois Abu Dha­bi ral­lié, les pi­lotes rêvent d’un nou­veau dé­fi : conce­voir un en­gin vo­lant sans pi­lote ni ké­ro­sène pour rem­pla­cer les sa­tel­lites.

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - MAT­THIEU DE MAR­TI­GNAC Pro­pos re­cueillis par M.D.M.

LES PRO­BLÈMES GASTRIQUES du pi­lote l’ont obli­gé à re­por­ter de quelques jours l’ul­time étape de son tour du monde. Mais ce­la ne change rien à l’ex­ploit. Ber­trand Pic­card et An­dré Bor­sch­berg sont sur le point de réus­sir ce que per­sonne n’avait osé ima­gi­ner avant eux : faire un tour com­plet du globe à bord d’un avion élec­trique ali­men­té uni­que­ment par les rayons du so­leil. Avec So­lar Im­pulse, les deux Suisses ont fait la dé­mons­tra­tion que les tech­no­lo­gies propres sont opé­ra­tion­nelles et qu’il n’y a plus qu’à leur tendre les bras pour nous as­su­rer un fu­tur sans ké­ro­sène.

Les deux hommes ré­flé­chissent dé­jà à la se­conde phase de leur pro­jet. Ber­trand Pic­card, le psy­cho­logue, va por­ter haut et fort le mes­sage éco­lo­gique sym­bo­li­sé par son avion. Il pour­ra s’ap­puyer sur le co­mi­té in­ter­na­tio­nal des tech­no­lo­gies qu’il a créé à bord de So­lar Im­pulse, lors de sa tra­ver­sée de l’At­lan­tique (lire in­ter­view ci-contre). De son cô­té, An­dré Bor­sch­berg va ac­com­pa­gner la mu­ta­tion tech­no­lo­gique du pro­to­type.

Re­lais de com­mu­ni­ca­tion

« So­lar Im­pulse ne s’ar­rête pas avec ce tour du monde, il va conti­nuer de ma­nière en­core plus forte », af­firme le pi­lote, qui est aus­si l’in­gé­nieur en chef du pro­jet. « Avec mes équipes, nous sommes en train de dé­ve­lop­per un avion sans pi­lote qui soit ca­pable de vo­ler dans la stra­to­sphère pen­dant une longue pé­riode. Ce drone so­laire pour­ra se po­si­tion­ner n’im­porte où dans le monde afin de faire de l’ob­ser­va­tion, prendre des me­sures ou ser­vir de re­lais de com­mu­ni­ca­tion », ex­plique-t-il, plein d’en­thou­siasme. « Nous avons réa­li­sé une étude de fai­sa­bi­li­té, confirme Ber­trand Pic­card. L’étape sui­vante se­ra de col­la­bo­rer avec une ins­ti­tu­tion qui au­ra en­vie de réa­li­ser son in­dus­tria­li­sa­tion. Nous al­lons bien­tôt de­voir faire notre choix par­mi toutes les en­tre­prises im­por­tantes qui nous cour­tisent. » L’en­jeu est de taille, car c’est une vé­ri­table course mon­diale que se livrent ac­tuelle- ment les grandes firmes comme Fa­ce­book ou Google qui voient dans les drones so­laires de haute al­ti­tude une al­ter­na­tive d’ave­nir aux sa­tel­lites. « Ils ont l’avan­tage d’être bien plus flexibles et bien moins coû­teux », confirme An­dré Bor­sch­berg. Les concep­teurs de So­lar Im­pulse es­timent que leur avion pour­rait aus­si ser­vir d’exemple dans l’aé­ro­nau­tique. « La Na­sa vient d’an­non­cer un pro­jet d’avion à mo­teurs élec­triques et Air­bus tra­vaille aus­si des­sus, ex­plique l’in­gé­nieur. Ces aé­ro­nefs re­char­ge­ront leurs bat­te­ries au sol avant de dé­col­ler. » @mat­de­mart Ber­trand Pic­card re­vient sur l’ex­pé­rience So­lar Im­pulse.

Que res­sen­tez-vous avant l’ul­time étape de ce tour du monde ?

BER­TRAND PIC­CARD. Un grand bon­heur, mais je suis dé­jà un peu nos­tal­gique. C’est très émou­vant de mon­ter dans ce cock­pit une der­nière fois, d’al­lu­mer les mo­teurs, de bran­cher les pan­neaux so­laires… et d’at­ter­rir à Abu Dha­bi (Emi­rats arabes unis), où je sen­ti­rai pour la der­nière fois le choc de la roue qui touche le sol… Vo­ler avec cet avion était vrai­ment mer­veilleux. Cette aven­ture, c’était comme dans un conte de fées.

Quelle suite don­ner à ce pro­jet ?

Lors de ma tra­ver­sée de l’At­lan­tique, j’ai an­non­cé la créa­tion d’un co­mi­té in­ter­na­tio­nal des tech­no­lo­gies propres qui of­fri­ra aux ac­teurs des éner­gies re­nou­ve­lables la pos­si­bi­li­té de par­ler d’une même voix, pour conseiller les au­to­ri­tés et les en­tre­prises à par­tir d’un ca­ta­logue de so­lu­tions tech­no­lo­giques. Les pro­jets que nous pro­po­se­rons se­ront créa­teurs d’em­plois. Mar­tin Schulz, le pré­sident du Par­le­ment eu­ro­péen m’a confié que l’Eu­rope avait be­soin de ça pour convaincre les gou­ver­ne­ments. Les Etats sont fri­leux à l’idée d’en pas­ser par la loi pour dé­ve­lop­per les Faut-il lé­gi­fé­rer pour les im­po­ser ? Oui, c’est dé­ter­mi­nant. On a le droit d’uti­li­ser des vieilles tech­no­lo­gies pol­luantes, comme des mo­teurs à com­bus­tion, des mai­sons mal iso­lées, des sys­tèmes de chauf­fage et de cli­ma­ti­sa­tion dé­mo­dés. Or, c’est ce­la qui crée le plus d’émis­sions de CO2. Ce n’est pas notre style de vie qui est en cause, ce sont les sys­tèmes ar­chaïques que nous uti­li­sons en­core. Pour les chan­ger, je pense qu’il faut im­po­ser un cadre lé­gal. La réus­site de So­lar Im­pulse va nous per­mettre de le faire.

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