Ba­zille, l’im­pres­sion­niste fou­droyé

Mont­pel­lier cé­lèbre l’en­fant du pays, Fré­dé­ric Ba­zille (1841-1870), peintre sur­doué mort à 28 ans, qui dé­bu­ta aux cô­tés de Mo­net et Re­noir.

Aujourd'hui en France - - VOTRE SOIRÉE TÉLÉVISION - YVES JAEGLÉ Y.J.

DITES « BA­SILE » POUR BA­ZILLE, si­non vous aga­ce­rez les Oc­ci­tans. Au­tant pro­non­cer cor­rec­te­ment le nom de ce grand peintre « qui au­rait pu pas­ser aux ou­bliettes de l’his­toire », comme dit l’un des com­mis­saires de l’ex­po­si­tion consa­crée à Fré­dé­ric Ba­zille au mu­sée Fabre de Mont­pel­lier (Hé­rault), tout près de la mai­son où il a gran­di et où il re­ve­nait chaque été.

Ce pré­cur­seur de l’im­pres­sion­nisme est né en 1841, un an après Mo­net. Ils ont fait leurs gammes en­semble, chez le même maître, Gleyre, et ont par­ta­gé un ate­lier à Pa­ris, que Re­noir squat­tait éga­le­ment. Mo­net a en­traî­né Ba­zille en fo­rêt de Fon­tai­ne­bleau pour leurs pre­miers ta­bleaux en plein air. L’im­pres­sion­nisme est en train de naître, mais n’a pas en­core été bap­ti­sé. Quand se tien­dra la pre­mière ex­po­si­tion du groupe, en 1874, Ba­zille n’en est pas. Il est mort quatre ans plus tôt, à son pre­mier com­bat, en pre­mière ligne ne de la guerre fran­co-prus- sienne de 1870. Un mys­tè- re, car rien ne l’obli­geait à par­tir.

Sa vie pri­vée reste un mys­tère

Que fuyait-il ? A l’été 1870, le e peintre est re­tour­né dans la a grande mai­son fa­mi­liale, à Mé­ric, à la pé­ri­phé­rie de Montt­pel­lier, un pa­ra­dis en­chan­té de e fleurs au bord d’une ri­vière e dont le parc se vi­site au­jour- d’hui, pa­ra­dis qu’il a peint dans s son chef-d’oeuvre, « la Réunion n de fa­mille ». Une pein­ture vi­sion- naire, clou de l’ex­po­si­tion, qui a presque la qua­li­té d’un ins­tan­ta­né é pho­to­gra­phique : huit des onze per­son­nages fixent l’ob­jec­tif, l’oeil du peintre.

Mais, en cet été 1870, sa fa­mille est par­tie. Ba­zille est seul et en crise. « Il se pose des ques­tions sur son ave­nir. Il a une i ntense i nsa­tis­fac­tion sur sa pein­ture », sou­ligne Mi­chel Hi­laire, le di­rec­teur du mu­sée Fabre. Ses der­nières oeuvres, entre coups de maître et bi­zar-

re­ri re­ries bi­bli­co-orien­ta­listes, té­moignent d’un peintre, et peut-être d’un homme, per­du. Ba­zille est-il par­ti à la guerre par déses­poir, lui qui n’a ja­mais ven­du au­cun ta­bleau et dont la vie pri­vée reste her­mé­ti­que­ment se­crète, in­con­nue ? On ne le sau­ra ja­mais.

Reste un fou­droyant co­lo­riste et met­teur en scène d’images, peintre « d’une grande au­to­ri­té », ré­sume l’ex­pert. Cer­tains de ses ta­bleaux vous marquent à j ja­mais : « la Robe rose », une jeune f femme de dos, pos­ture très in­ha­bi­tuell le pour l’époque, qui re­garde, comme n nous, le vil­lage. Une autre jeune femm me, « la Pe­tite Ita­lienne » aus­si ap­pel lée « Vue de vil­lage », rê­veuse de­vant l les mêmes mai­sons. Un mé­lange de l lu­mière forte et d’in­té­rio­ri­té, de sol leil et de mé­lan­co­lie. Un pê­cheur nu a aux fesses splen­dides, aus­si. Ba­zille o ose. Mo­net l’a fait po­ser dans « le D Dé­jeu­ner sur l’herbe ». C’est le tém moin et l’ac­teur ca­pi­tal des dé­buts, qui a peint Re­noir tout jeune, dans une pos­ture très dé­ten­due. Face aux autres im­pres­sion­nistes, pré­sents aus­si dans cette ex­po­si­tion de 125 oeuvres, Ba­zille re­trouve sa place, au pre­mier rang. jus­qu’au 16 oc­tobre au mu­sée Fabre à Mont­pel­lier (Hé­rault). Tous les jours de 10 heures à 19 heures, fer­mé le lun­di. De 8 à 10 €. www.mu­see­fabre.fr. Fré­dé­ric Ba­zille est né en 1841 dans une fa­mille bour­geoise de Mont­pel­lier qui le des­ti­nait à la mé­de­cine. Il mène de front des études mé­di­cales et pic­tu­rales, avant de convaincre son père de le lais­ser se consa­crer à sa vo­ca­tion. Sa fa­mille, d’abord ré­ti­cente, joue­ra néan­moins un grand rôle dans la trans­mis­sion de sa pein­ture. Car à sa mort à 28 ans, sur le front de la guerre de 1870 entre la France et la Prusse, Ba­zille bas­cule dans l’ou­bli. Vingt-huit ans après sa mort, deux ta­bleaux sont ache­tés par des col­lec­tions pu­bliques, puis sa fa­mille en lègue d’autres aux mu­sées, dé­but de la re­con­nais­sance post­hume. Les Amé­ri­cains le dé­couvrent et s’ar­rachent ses rares pein­tures. Beau­coup d’oeuvres de l’ex­po­si­tion pro­viennent de mu­sées d’outre-At­lan­tique.

Re­noir a peint Fré­dé­ric Ba­zille au tra­vail

et le mu­sée Fabre ex­pose aus­si son chef-d’oeuvre, « la Réunion de fa­mille » (1867-1868).

(dé­tail, à gauche) d

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.