Trump, l’homme qui se­coue l’Amé­rique

ÉTATS-UNIS. Le mil­liar­daire doit être in­ves­ti cette se­maine can­di­dat des Ré­pu­bli­cains à la Mai­son-Blanche. En un an, le tri­bun a re­tour­né le par­ti en sa fa­veur.

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Cle­ve­land (Ohio, Etats-Unis) De notre en­voyée spé­ciale JANNICK ALIMI

CE SE­RA son D-Day. Dans la nuit de jeu­di, Do­nald Trump de­vrait — sauf coup de théâtre — être élu can­di­dat du Par­ti ré­pu­bli­cain dans la course à la Mai­son-Blanche. Un sacre qui au­ra pour cadre la conven­tion na­tio­nale du par­ti, à Cle­ve­land (Ohio). Un mil­liar­daire, dont la for­tune se chiffre à 10 Mds$ (9 Mds€), star de la té­lé­réa­li­té aux ac­cents xé­no­phobes, pour­rait donc de­ve­nir, le 8 no­vembre, le 45e pré­sident de la pre­mière puis­sance mon­diale. Le s ep­tua­gé­naire Trump et Hilla­ry Clin­ton, 68 ans, qui se­ra pro­ba­ble­ment élue can­di­date des dé­mo­crates lors de la conven­tion de Phi­la­del­phie (Penn­syl­va­nie) la se­maine pro­chaine, sont au coude-àcoude : 40 % des voix cha­cun dans les son­dages, alors que Clin­ton avait six points d’avance en juin. De plus, le ré­ser­voir de voix que re­pré­sente le troi­sième com­pé­ti­teur, le li­ber­ta­rien (cou­rant ul­tra­li­bé­ral at­ta­ché à la li­ber­té in­di­vi­duelle et par­ti­san d’une moindre in­ter­ven­tion de l’Etat) Ga­ry John­son, dé­passe dé­sor­mais les 10 %, ren­for­çant les in­cer­ti­tudes sur le ré­sul­tat fi­nal.

Cré­di­té à 1 % des voix l’an der­nier

Que de che­min par­cou­ru et d’obs­tacles fran­chis de­puis ce 15 juin 2015, quand ce na­tif de Brook­lyn s’est lan- cé dans les pri­maires ré­pu­bli­caines de­puis la Trump To­wer de Man­hat­tan ! Cré­di­té de 1 % seule­ment des in­ten­tions de vote, il n’ali­men­tait en­core que les pages loi­sirs des jour­naux. Trois mois plus tard, ce vir­tuose mé­dia­tique grim­pait à 17 % et coif­fait au po­teau ses seize ri­vaux ré­pu­bli­cains, avant de les mettre KO et de res­ter seul en lice… De­puis, le voi­là qui tient le pre­mier rôle, trans­for- mant la pré­si­den­tielle en ré­fé­ren­dum « pour ou contre Trump ».

Mais qui est-il vrai­ment ? Un fils à pa­pa — son père avait dé­jà fait for­tune dans l’im­mo­bi­lier — pa­ra­dant au bras de sa troi­sième femme, top-mo­dèle slo­vène de 25 ans sa ca­dette ? Pas seule­ment. Même ses op­po­sants le re­con­naissent, l’homme à la mèche re­belle est do­té d’une réelle in­tel­li­gence po­li­tique. Rom­pant avec les cre­do tra­di­tion­nels, il a su se faire le porte-pa­role de la « gé­né­ra­tion per­due », ces « pe­tits Blancs » vic­times de la dés­in­dus­tria­li­sa­tion, ces ru­raux du Middle West qui ne se re­con­naissent plus dans une Amé­rique mon­dia­li­sée, et pour qui les rêves fon­da­teurs se sont bri­sés sur la crise des sub­primes de 2008. Seul le dé­mo­crate Ber­nie San­ders, ral­lié de­puis à Clin­ton, avait dé­ve­lop­pé la même rhé­to­rique so­ciale, en y ap­por­tant des so­lu­tions dif­fé­rentes. « La co­lère et le mé­con­ten­te­ment plu­tôt que la joie », écrit ain­si Trump dans « l’Amé­rique pa­ra­ly­sée », son livre pro­gramme dans le­quel il stig­ma­tise le clan­des­tin mexi­cain, le ter­ro­riste mu­sul­man et… les im­por­ta­tions chi­noises.

Un dé­cli­nisme à l’op­po­sé de l’op­ti­misme as­su­mé d’une Hilla­ry Clin­ton, mais qui re­bute nombre de ré­pu­bli­cains, obli­geant Trump à me­ner une cam­pagne so­li­taire. Ce po­pu­lisme a pous­sé Ba­rack Oba­ma à mettre en garde les élec­teurs : « Je per­siste à pen­ser que Do­nald Trump ne se­ra pas pré­sident, in­sis­tait-il en fé­vrier. J’ai foi dans le peuple amé­ri­cain. Etre pré­sident, ce n’est pas ani­mer une émis­sion de té­lé­réa­li­té. » Conscient que son in­ex­pé­rience est son ta­lon d’Achille, Trump a choi­si en fin de se­maine son vice-pré­sident, le très po­li­cé gou­ver­neur conser­va­teur de l’In­dia­na Mike Pence. Un pro de la po­li­tique, for­cé­ment.

@Jan­ni­ckA­li­mi1

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