Re­cherche co­hé­sion na­tio­nale déses­pé­ré­ment

PO­LI­TIQUE. Un Pre­mier mi­nistre hué lors de l’hom­mage à Nice, une op­po­si­tion toujours à l’of­fen­sive, des signes de rage de la po­pu­la­tion : et si cette fois le pays cra­quait ? C’est la crainte du gou­ver­ne­ment.

Aujourd'hui en France - - NICE 14 JUILLET - Une source gou­ver­ne­men­tale AVA DJAMSHIDI ET PAULINE THÉVENIAUD

DES SIFFLETS, des huées et des ap­pels à la dé­mis­sion au pas­sage du cor­tège of­fi­ciel em­me­né par le Pre­mier mi­nistre, Ma­nuel Valls. Sur la pro­me­nade des An­glais, à Nice, des in­sultes ra­cistes s’échappent aus­si de la foule. Et des cra­chats, des or­dures sont dé­ver­sés là où l’au­teur du mas­sacre de jeu­di soir a été abat­tu. La co­lère a dé­bor­dé, hier mi­di à Nice, au mo­ment d’ob­ser­ver une mi­nute de si­lence en mé­moire des 84 vic­times de Mo­ha­med La­houaiej Bouh­lel.

Comment, dans pa­reilles cir­cons­tances, évi­ter une frac­tu­ra­tion de la so­cié­té fran­çaise ? C’est l’une des pré­oc­cu­pa­tions ma­jeures du pou­voir, de­puis les at­ten­tats de « Char­lie Heb­do » et de l’Hy­per Ca­cher. « Avec la ré­pé­ti­tion des at­taques, on peut ar­ri­ver à un point de rup­ture et de confron­ta­tion in­té­rieure. Les gens sont ex­trê­me­ment ten­dus, il suf­fi­rait de pas grand-chose pour qu’une par­tie des Fran­çais ait en­vie d’en dé­coudre », s’in­quiète-t-on au gou­ver­ne­ment. De jan­vier 2015 à ce fu­neste 14 Juillet, le cli­mat n’a ces­sé de se dé­gra­der. Fran­çois Hol­lande a fait pas­ser la consigne à s e s mi n i s t r e s . Certes, il y a la ré­ponse sé­cu­ri­taire : la pro­lon­ga­tion de l ’ ét at d’ ur­gence, qui doit per­mettre d’ex­ploi­ter les don­nées des or­di­na­teurs et té­lé­phones sai­sis et d’au­to­ri­ser à nou­veau les per­qui­si­tions ad­mi­nis­tra­tives, doit ain­si être dé­bat­tue dès au­jourd’hui au Par­le­ment. Mais il faut en pa­ral­lèle, in­time le chef de l’Etat, tout faire pour pré­ser­ver la co­hé­sion na­tio­nale. « La vraie force de ré­sis­tance est dans le peuple lui-même. Le res­sort vient de la so­cié­té fran­çaise », es­time-t-on au som­met de l’Etat. Comme une forme de ré­si­lience col­lec­tive.

L’opé­ra­tion est dé­li­cate. « On est obli­gés d’y al­ler fort, tout en mar­chant sur des oeufs », ré­sume un conseiller du pou­voir. Hier, le mi­nistre de la Ville, Pa­trick Kan­ner, a adres­sé une note au chef de l’Etat pour ren­for­cer (une nou­velle fois) l’en­ga­ge­ment ci­toyen. Le mi­nistre en est convain­cu : « La so­cié­té ci­vile a un rôle à jouer. » Dans cet es­prit, un do­cu­ment doit être en­voyé à l’en­semble des di­rec­teurs de centres de va­cances, afin de les ai­der à ré­pondre aux in­ter­ro­ga­tions des en­fants (lire aus­si page 5). Adu­lés des jeunes, les spor­tifs de haut ni­veau, qui ont ma­ni­fes­té leur émo­tion ces der­niers jours, de­vraient par ailleurs être mis à contri­bu­tion. « Il va de soi que la thé­ma­tique des va­leurs ré­pu­bli­caines est l’un de nos su­jets ma­jeurs », abonde le mi­nis­tère de l’Edu­ca­tion na­tio­nale, qui s’at­tache à mettre en oeuvre les me­sures an­non­cées à la suite des at­ten­tats de jan­vier 2015. L’exé­cu­tif sou­haite, par ailleurs, pous­ser les feux sur la ré­serve opé­ra­tion­nelle. Se­lon nos in­for­ma­tions, Fran­çois Hol­lande ef­fec­tue­ra de­main un dé­pla­ce­ment sur ce thème, dans la fou­lée de l’ap­pel lan­cé par le mi­nistre de l’In­té­rieur, Ber­nard Ca­ze­neuve, à « tous les Fran­çais pa­triotes » (nos édi­tions d’hier). « On sent qu’il y a une vo­lon­té de s’en­ga­ger dans les forces ar­mées. Les gens ont en­vie de se battre. Il faut trou­ver le cadre pour que s’ex­prime la so­li­da­ri­té des Fran­çais », ex­plique un proche du chef de l’Etat. Suf­fi­sant pour pan­ser les plaies, apai­ser la co­lère, cal­mer les in­quié­tudes ? Cette of­fen­sive sur le thème de la co­hé­sion na­tio­nale est aus­si une fa­çon de ren­voyer la droite dans les cordes. « La co­lère des Fran­çais, la peur, le déses­poir, c’est à moi, c’est à nous de les prendre sur nos épaules », a ain­si mar­te­lé Ma­nuel Valls hier… tout en fai­sant sa­voir qu’un at­ten­tat po­ten­tiel­le­ment très meur­trier avait été dé­joué « juste avant » l’Eu­ro de foot­ball (se­lon Ma­ti­gnon, une al­lu­sion à l’ar­res­ta­tion en mars du dji­ha­diste pré­su­mé Re­da Kri­ket). Car voi­là quatre jours que l’op­po­si­tion étrille la po­li­tique conduite par l’exé­cu­tif en ma­tière de lutte contre le ter­ro­risme. « In­digne ! » juge-t-on au som­met de l’Etat, où l’on contre-at­taque point par point. Comme après l’in­ter­ven­tion de Ni­co­las Sar­ko­zy, di­manche soir : « Lui-même ne doit pas avoir la conscience tran­quille, et no­tam­ment sur la baisse des ef­fec­tifs dans les forces de l’ordre », glisse un proche de l’Ely­sée.

« Il suf­fi­rait de peu pour qu’une par­tie des Fran­çais ait en­vie d’en dé­coudre »

@AvaD­jam­shi­di, @Pau­li­ne_Th

Nice (Alpes-Ma­ri­times), hier. Le cor­tège of­fi­ciel em­me­né par Ma­nuel Valls (au centre) sur la pro­me­nade des An­glais pour la mi­nute de si­lence en hom­mage aux vic­times du 14 Juillet a dû es­suyer huées et ap­pels à la dé­mis­sion.

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