Par Ju­pi­ter, ad­mi­rez-moi, Ter­riens !

ES­PACE. La Na­sa, dont la sonde Ju­no a trans­mis ses pre­mières images de la pla­nète ga­zeuse, ap­pelle les as­tro­nomes ama­teurs à four­nir leurs propres cli­chés. Ren­contre avec ces pas­sion­nés au pic du Mi­di.

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - Pic du Mi­di (Hautes-Py­ré­nées) De notre en­voyé spé­cial Phi­lippe, as­tro­nome ama­teur YANN FOREIX

LA SÉANCE D’ASTRONOMIE au pic du Mi­di, avec vue im­pre­nable sur les Py­ré­nées, à 3 000 m d’al­ti­tude, dé­marre les pieds dans la glace, et une pelle dans la main. « Le pic, ça se mé­rite », fan­fa­ronne Phi­lippe To­si, alors qu’il dé­neige l’épaisse congère — ves­tige d’un hi­ver tar­dif — afin de pou­voir ins­tal­ler son im­po­sant té­les­cope de 35 cm de dia­mètre. L’as­tro­nome ama­teur nî­mois, ani­ma­teur dans un pla­né­ta­rium, a pro­fi­té d’une fe­nêtre de beau temps pour im­mor­ta­li­ser Ju­pi­ter. La pla­nète ga­zeuse géante est la star spa­tiale de cet été. C’est la plus grande du sys­tème so­laire et son at­mo­sphère su­bit les affres de tem­pêtes apo­ca­lyp­tiques qui soufflent à plus de 500 km/h.

En 2011, la Na­sa a en­voyé la sonde Ju­no pour com­prendre le fonc­tion­ne­ment de Ju­pi­ter. Après un voyage de 2,7 mil­liards de ki­lo­mètres, elle vient d’ar­ri­ver à des­ti­na­tion et trans­met ses pre­mières images. Le vais­seau de 3,6 t a pour mis­sion de la sur­vo­ler pen­dant dix-huit mois afin de mieux com­prendre de quoi se com­pose l’in­té­rieur de la plus grosse pla­nète du sys­tème so­laire, jus­qu’ici in­ob­ser­vable. Pour pré­pa­rer cette mis­sion, la pre­mière consa­crée à Ju­pi­ter de­puis Ga­li­leo en 1990, l’agence spa­tiale amé­ri­caine a fait ap­pel aux ob­ser­va­tions du grand pu­blic. « Il a fal­lu du temps pour que les scien­ti­fiques ac­ceptent l’idée que les pho­to­gra­phies non pro­fes­sion­nelles de l’es­pace sont de­ve­nues très bonnes », ex­plique Jean-Luc Dau­vergne, as­tro­nome ama­teur et jour­na­liste scien­ti­fique. « Pour 200 €, tu trouves du très bon ma­tos d’ob­ser­va­tion et pour 1 000 € tu peux, avec une ca­mé­ra, en­re­gis­trer ce que tu vois pour le par­ta­ger avec la com­mu­nau­té scien­ti­fique », pro­met-il.

Phi­lippe vient de bra­quer son ma­té­riel vers l’ob­jet de toutes les convoi­tises. Ici, au som­met, les condi­tions d’ob­ser­va­tions sont idéales. La pol­lu­tion lu­mi­neuse est basse et la trans­pa­rence de l’at­mo­sphère ex­cel­lente. « Ju­pi­ter est une pla­nète ga­zeuse qui évo­lue, ex­plique Jean-Luc. C’est im­por­tant d’ob­ser­ver tous les chan­ge­ments dans son at­mo­sphère. Le taux d’im­pact d’as­té­roïdes per­met par exemple de da­ter les astres. » Pas­sage de mé­téores, chan­ge­ments de cou­leurs : tout est en­re­gis­tré en vi­déos et en pho­tos, puis com­pi­lé dans la base de don­nées de Ju­no.

Phi­lippe et Jean-Luc sont à l’af­fût de la bonne dé­cou­verte qui pour­ra faire évo­luer la re­cherche. Ces vues glo­bales com­plètent les images haute ré­so­lu­tion de la sonde et par­ti­ci- pent aux re­cherches. Les pro­fes­sion­nels n’ayant pas as­sez de té­les­copes pour scru­ter les pla­nètes en per­ma­nence, l’ap­port des ama­teurs de­vient pri­mor­dial. C’est ain­si qu’en 2009 l’Aus­tra­lien An­to­ny West­ley ob­serve pour la pre­mière fois avec un ma­té­riel non pro­fes­sion­nel un im­pact d’as­té­roïdes sur Ju­pi­ter. L’évé­ne­ment avait échap­pé à la sur­veillance de l’astronomie pro­fes­sion­nelle et cré­di­bi­li­sé le re­gard du grand pu­blic.

La pla­nète géante ne se laisse pas pour au­tant ob­ser­ver si fa­ci­le­ment. Il fait 0 °C en ce dé­but de nuit à cette al­ti­tude et le té­les­cope de Phi­lippe vient de ge­ler. Le Nî­mois a plus d’un tour dans son sac. « L’ob­ser­va­tion de l’es­pace, c’est aus­si beau­coup de bi­douilles ! » sou­rit-il en ap­pro­chant la cha­leur d’un grille-pain pour désem­buer l’op­tique. Les ef­forts payent. « Les images sont in­croyables », s’en­flamme l’amou­reux des étoiles. Sa bonne hu­meur est bien­tôt ter­nie par l’ar­ri­vée de nuages. « On re­met ça de­main soir, on est des fous ! » lance le pas­sion­né à 2 heures du ma­tin avant d’al­ler se cou­cher.

A quelque 775 mil­lions de ki­lo­mètres de là, la sonde Ju­no conti­nue sa mis­sion, en liai­son per­ma­nente avec la Na­sa et les mil­liers d’ano­nymes qui scrutent le ciel.

« On re­met ça de­main soir, on est des fous ! »

@YannFo­reix Ces as­tro­nomes ama­teurs qui aident la Na­sa

Pic du Mi­di (Hautes-Py­ré­nées). A l’abri de toute pol­lu­tion lu­mi­neuse, les as­tro­nomes en herbe par­ti­cipent eux aus­si à l’aven­ture de l’ex­plo­ra­tion de Ju­pi­ter.

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