Sa­gan, l’arc-en-ciel de l’exu­bé­rant Tin­kov

Vain­queur de sa troi­sième étape, le cham­pion du monde slo­vaque ra­vit son pa­tron russe et lui offre le plai­sir au­quel il as­pi­rait pour son der­nier Tour.

Aujourd'hui en France - - SPORTS - Berne (Suisse) De nos en­voyés spé­ciaux OLI­VIER FRAN­ÇOIS Berne DA­VID OPOCZYNSKI

JUSTE UN « YES »… C’est peu quand on s’ap­pelle Oleg Tin­kov. Hier à Berne, pla­cé quelques mètres après la ligne d’ar­ri­vée, les yeux ri­vés sur une té­lé sous une pe­tite tente au mi­lieu des jour­na­listes, le pa­tron de l’équipe Tin­koff a sa­lué so­bre­ment le 3e suc­cès de son pou­lain au maillot vert Pe­ter Sa­gan. Pour le pre­mier bou­quet à Cher­bourg, il avait lâ­ché un to­ni­truant : « Fuck them all ! » Pour le deuxième à Mont­pel­lier, il avait dres­sé ses deux ma­jeurs en l’air. Cette fois, en Suisse, lors du po­dium pro­to­co­laire, il s’est conten­té, tout sou­rire, de fil­mer avec son smart­phone le fan-club de son cham­pion slo­vaque. Pas sûr que ce­la suf­fise, ce­pen­dant, à le re­te­nir au sein du pe­lo­ton, car le mil­liar­daire russe a dé­ci­dé de ti­rer sa ré­vé­rence en fin de sai­son après dix ans pas­sés chez les pro­fess i on­nels, même s ’ i l s e pl aî t , au­jourd’hui, à en­tre­te­nir le doute. Ques­tion de fi­nances, de las­si­tude aus­si.

Une for­tune mise à mal ces der­niers mois

A 48 ans, l’homme fan­tasque, qui se per­met à peu près tout, s’ap­prête donc à quit­ter un monde qu’il comp­tait bien chan­ger. « Je vou­lais juste per­mettre aux équipes pro­fes­sion­nelles de pou­voir ti­rer plus de bé­né­fices de l’éco­no­mie qu’elles gé­nèr e nt » , s ou­li gne- t - i l . Les i dées n’ont pas man­qué, comme faire payer 1 € chaque spec­ta­teur le long des routes ou of­frir un pont d’or aux grands lea­deurs pour qu’ils s’af­frontent sur les trois grands tours en une sai­son.

Tin­kov le rê­veur… Tin­kov, l’ori­gi­nal aus­si, avec son phy­sique d’ac­teur, sa sil­houette élan­cée, spor­tive, à la cri­nière grise, lu­nettes de so­leil fluo sur le nez et chaus­settes de conten­tion de la même cou­leur. On le voit par­tout sur le Tour. Il pé­dale sur le par­cours de l’étape avant la course, prend une douche tout nu à cô­té de sa voi­ture de­vant une ca­mé­ra, chante « la Mar­seillaise » au res­tau­rant de son hô­tel le soir de la fi­nale de l’Eu­ro et en­cou­rage les Bleus à coups de « Al­lez les pe­tits pou­lets ! » Un per­son­nage aty­pique, pro­vo­ca­teur, qui fus­tige ses cou­reurs, Con­ta­dor et Sa­gan en tête, avant de les en­cen­ser, qui trouve Trump « gé­nial » et Ber­lus­co­ni « sin­cère ». Mais Tin­kov, c’est aus­si l’ex­cès, l’ou­trance, la gros­siè­re­té — prin­ci­pa­le­ment sur Twit­ter —, la mé­ga­lo­ma­nie, le ma­chisme… Par simple dé­sir de cho­quer ?

Ma­rié de­puis vingt-sept ans, père de trois en­fants, ce fils d’un mi­neur de char­bon si­bé­rien est de­ve­nu l’un des pre­miers en­tre­pre­neurs mil­liar­daires de Saint-Pé­ters­bourg.

Et ce grâce à une sé­rie d’en­tre­prises dans l’élec­tro­nique, les pe­tits pâ­tés russes sur­ge­lés, la bière, et main­te­nant la banque Tin­koff. Une banque en ligne russe qui a fait sa for­tune. Son pac­tole a néan­moins quelque peu fon­du de­puis la guerre en Ukraine et les sanc­tions oc­ci­den­tales. Son pa­tri­moine, es­ti­mé na­guère à 1,26 Md€, se­rait tom­bé à 450 M€. D’où, sans doute, sa vo­lon­té de se re­ti­rer du cyclisme. « Tin­koff Bank a spon­so­ri­sé l’équipe du­rant cinq ans et a in­ves­ti 60 M€, et d’un point de vue mar­ke­ting, ce­la suf­fit, pré­ci­sait-il avant le Tour. Nous al­lons chan­ger notre bud­get de pu­bli­ci­té en com­mu­ni­ca­tion té­lé en 2017. » Ce fou de vé­lo de­vra vivre sa pas­sion au­tre­ment. In­sé­pa­rables. De leur longue échap­pée à la zone mixte, en pas­sant par les deux der­nières places de l’étape à 12’20’’ de Sa­gan et jusque dans le par­tage du prix de la com­ba­ti­vi­té : To­ny Mar­tin et Ju­lian Ala­phi­lippe ne se se­ront pas quit­tés de la jour­née. Le coup des deux équi­piers d’Etixx a sur­pris. « Ce n’était pas pré­vu, de par­tir à deux, ra­conte le Fran­çais. Une fois qu’on a pris un peu d’avance, To­ny a conti­nué et je me suis dit que c’était quand même mieux d’être avec lui que der­rière dans un groupe où ça n’al­lait peut-être pas s’en­tendre. » La plus-va­lue d’une telle che­vau­chée ne saute pas aux yeux. « C’est fait, c’est fait, on ne va pas avoir de re­gret, ré­plique Ala­phi­lippe. Qui ne tente rien n’a rien. » Au fi­nal, il as­sure qu’il a re­çu « une grande le­çon de cyclisme » dans la roue du triple cham­pion du monde du chro­no (2011, 2012 et 2013). « Ça ne peut que me rendre plus fort. C’est en­ri­chis­sant. » On lui fait re­mar­quer que la vic­toire fran­çaise se fait toujours at­tendre. « Je n’y peux rien, lâche-t-il. Mais j’es­saie­rai en­core. » Alexis Vuiller­moz (AG2R-la Mon­diale) a été ap­pe­lé pour les JO de Rio après le for­fait de Thi­baut Pi­not (FDJ).

VI­DÉO le­pa­ri­sien.fr La fo­lie Sa­gan s’em­pare du Tour Berne, hier. Le fan­tasque Oleg TIn­kov, pro­prié­taire de l’équipe Tin­koff, n’a de cesse de cla­mer son amour pour son cou­reur Pe­ter Sa­gan. Berne (Suisse), hier. Le Maillot vert Pe­ter Sa­gan a souf­flé la vic­toire sur la ligne à Alexan­der Kris­toff, le Nor­vé­gien de la Ka­tu­sha.

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