« Des dé­bor­de­ments ne sont pas à ex­clure »

Brice Tein­tu­rier,

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Pro­pos re­cueillis par FRÉ­DÉ­RIC GERSCHEL

LE RES­PON­SABLE de l’ins­ti­tut de son­dage Ip­sos craint que les chocs nour­rissent la co­lère et en­traînent des ra­di­ca­li­sa­tions. La mul­ti­pli­ca­tion des at­ten­tats peut-elle frac­tu­rer la so­cié­té fran­çaise ? BRICE TEIN­TU­RIER. On ne peut l’ex­clure. Jus­qu’à pré­sent, nous n’avions pas consta­té de flam­bée de vio­lence contre la po­pu­la­tion mu­sul­mane. Après l’at­taque de « Char­lie Heb­do » en jan­vier 2015 et celle du Ba­ta­clan en no­vembre, la ré­ac­tion des Fran­çais, pas­sé la s i dé­ra­ti on, a ét é de cher­cher à com­prendre. A s’in­for­mer, à res­pec­ter une sorte d’ap­pel à la rai­son. Au­jourd’hui, nous sommes dans un autre mo­ment. Compte te­nu du pro­fil psy­cho­lo­gique très par­ti­cu­lier du tueur, de sa ra­di­ca­li­sa­tion tar­dive, la me­nace est plus dif­fi­cile à cer­ner. Consé­quence : la si­tua­tion est en­core plus frus­trante pour les gens, plus ra­geante, plus in­quié­tante. Et oui, ce­la peut être plus pro­pice à des dé­bor­de­ments. Les Fran­çais sont-ils ré­si­lients ? Notre pays en­caisse énor­mé­ment de chocs, et de­puis main­te­nant long­temps. Jus­qu’à pré­sent, la so­cié­té fran­çaise n’est pas par­tie en vrille. Il n’y a pas eu de vio­lences sou­daines contre un groupe de per­sonnes, par exemple. La France a des res­sources pro­fondes, elle ne cède pas fa­ci­le­ment à la pa­nique ou à la haine. Mais at­ten­tion, chaque se­cousse sup­plé­men­taire nour­rit le doute, la co­lère, et peut-être une forme de ra­di­ca­li­sa­tion à ve­nir. Nul ne sait vrai­ment si ce­la peut te­nir ain­si ou si, à un mo­ment don­né, on risque une vraie rup­ture. A Nice, comme dans d’autres villes, la pa­role ra­ciste s’est li­bé­rée. L’is­lam est mis en cause… Soyons clairs : dans nos études, nous consta­tons qu’il y a un ni­veau éle­vé, voire très éle­vé, de per­sonnes qui nous disent que la re­li­gion mu­sul­mane, telle qu’elle est pra­ti­quée au­jourd’hui dans notre pays, n’est pas com­pa­tible avec les va­leurs de la so­cié­té fran­çaise. Qu’elle cherche à im­po­ser son mode de fonc­tion­ne­ment. Le re­jet est par­ti­cu­liè­re­ment mar­qué. D’où l’im­por­tance, à chaque at­ten­tat, que les as­so­cia­tions re­li­gieuses mu­sul­manes le condamnent for­te­ment et rap­pellent que l’is­lam n’a rien à voir avec ces ter­ro­ristes.

« Nul ne sait vrai­ment si ce­la peut te­nir ain­si ou si on risque une vraie rup­ture »

@fger­schel

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