« Les mi­no­ri­tés ex­tré­mistes se frottent les mains »

Ma­lek Che­bel,

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Pro­pos re­cueillis par FRÉ­DÉ­RIC MOUCHON

Le phi­lo­sophe Ma­lek Che­bel es­time que le com­bat pour la laï­ci­té est un com­bat quo­ti­dien.

L’at­ten­tat de Nice risque-t-il de créer une rup­ture au sein de la so­cié­té fran­çaise ?

MA­LEK CHE­BEL. Si on conti­nue à frap­per des ci­vils aveu­glé­ment, il y a ef­fec­ti­ve­ment un risque de dis­lo­ca­tion du tis­su so­cial. Je vois bien que les groupuscules et mi­no­ri­tés ex­tré­mistes se frottent les mains et que la pa­role s’est li­bé­rée des deux cô­tés. Et je crains que ce­la ne fasse mon­ter les ten­sions de voi­si­nage, la sus­pi­cion, la dé­la­tion, la pro­vo­ca­tion, les amal­games. Mais je ne crois pas du tout à des risques de guerre ci­vile car je pense que la so­cié­té fran­çaise est suf­fi­sam­ment mûre et se­reine pour évi­ter des clashs.

Pen­sez-vous que le re­gard sur l’is­lam a chan­gé ?

Je com­prends la co­lère des gens du fait de la ré­pé­ti­tion de ces actes cri­mi­nels hor­ribles com­mis au nom de l’is­lam. Les Fran­çais ne peuvent pas être plus to­lé­rants qu’ils ne le sont dé­jà, et je crains que ces évé­ne­ments ne cris­tal­lisent la haine contre une re­li­gion qui est peu connue et qui est mal­heu­reu­se­ment de­ve­nue au­jourd’hui mé­con­nais­sable. Les gens ont tout à fait le droit de pra­ti­quer leur re­li­gion chez eux mais, pour fa­ci­li­ter le vi­vreen­semble, ils de­vraient se com­por­ter d’abord comme des Fran­çais avant de se consi­dé­rer comme des mu­sul­mans.

Comment évi­ter que les ten­sions ne s’ac­croissent ?

La com­mu­nau­té mu­sul­mane doit ab­so­lu­ment se dé­so­li­da­ri­ser de ma­nière to­tale des chantres de l’is­lam fa­na­ti­sé. Après le drame de Nice, il fau­drait qu’elle se réunisse dans la rue pour sou­te­nir so­len­nel­le­ment les vic­times de cet at­ten­tat et se dé­cla­rer haut et fort en­ne­mie de Daech, qui est la né­ga­tion de l’is­lam. Face à tous les imams qui prônent un is­lam moyen­âgeux, il n’y a pas de né­go­cia­tion pos­sible et il faut se battre quo­ti­dien­ne­ment. Il ne faut rien lâ­cher sur la laï­ci­té, l’in­té­gra­tion des femmes, des jeunes. Met­tons le pa­quet sur les dis­cours prô­nant un is­lam des lu­mières, éman­ci­pa­teur, to­lé­rant et vec­teur de paix.

« Je ne crois pas du tout à des risques de guerre ci­vile »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.