Nice sur le qui-vive

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Thi­baut MAT­THIAS GA­LANTE

après les faits avec une femme voi­lée », as­sure-t-elle.

Au coeur de ce quar­tier Pas­teur, clas­sé quar­tier prio­ri­taire, Mo­ham­med, ma­çon de 58 ans, est fa­ta­liste. « Les gens sont en co­lère et pètent un peu les câbles, c’est nor­mal », ex­plique ce Ma­ro­cain ar­ri­vé en France en 1973. As­sis sur un mu­ret, l’homme tire sur sa ci­ga­rette, phi­lo­sophe : « Je crois que ça se cal­me­ra. On est dé­jà en guerre contre la vie pour bou­cler les fins de mois. On ne va pas en re­faire une autre, non ? »

Guerre… Un mot que n’hé­site pas à uti­li­ser Ma­rie-Rose, une Ni­çoise re- trai­tée qui a per­du le 14 juillet une amie de sa cho­rale et la fille d’une autre. De­vant les fleurs, bou­gies et textes poi­gnants en hom­mage aux dé­funts dé­po­sés sur le trot­toir de la pro­me­nade des An­glais, elle es­time que « tout ce­la va fi­nir en guerre ci­vile ». « Par­fai­te­ment ! Ce se­ra un car­nage. Pour la pre­mière fois de ma vie, je veux vo­ter Ma­rine Le Pen », lance Thi­bault, 47 ans.

Annette, 72 ans, les écoute par­ler, triste. « Il est vrai que le ton monte, on sent une haine et une rup­ture entre mu­sul­mans et non-mu­sul­mans », ré­agit-elle en re­gar­dant des écrits où des gens, à coups de sty­lo-bille ano­nymes, se dis­putent pour sa­voir qui des textes de la Bible ou du Co­ran sont les plus… vio­lents.

En face, au kiosque à mu­sique, autre lieu de re­cueille­ment, un émou­vant si­lence s’im­pose. Mais la co­lère n’est pas loin. « Vous voyez des mu­sul­mans, ici ? Le fos­sé se creuse », s’em­porte Gé­rard, un sexa­gé­naire de la com­mune voi­sine de Saint-Laurent-du-Var, qui re­cueille l’as­sen­ti­ment ap­puyé de deux femmes à ses cô­tés. Emus comme beau­coup d’autres, Mi­ckaël et Ste­pha­nie, un couple de tren­te­naires, craignent les se­maines à ve­nir : « Il faut que cha­cun prenne du re­cul. On re­doute qu’il y ait des vio­lences juste à cause de l’ap­pa­rence des gens, sur­tout ici où c’est tra­di­tion­nel­le­ment chaud. »

A quelques mètres, des gens de tous ho­ri­zons croisent leurs emp r e i n t e s d e mai n s a v e c c e l l e s d’autres in­con­nus, pour des­si­ner des co­lombes de la paix sur une ban­de­role blanche. « Re­gar­dez ce mé­lange de pré­noms écrits en des­sous, il faut te­nir, par­ta­ger, même si la pé­riode s’an­nonce com­pli­quée », s’en­thou­siasme Franck, le pré­sident d’une as­so­cia­tion mar­seillaise à l’ori­gine de l’ini­tia­tive. Les vo­lon­taires n’ont pas man­qué ce mar­di pour des­si­ner la fresque de la paix. Une se­conde était en cours hier soir.

« Pour la pre­mière fois de ma vie, je veux vo­ter Ma­rine Le Pen »

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