A Saint-De­nis, le vivre-en­semble ré­siste « pour l’ins­tant »

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Saint-De­nis (Seine-Saint-De­nis) Ah­med JEAN-GA­BRIEL BONTINCK

L’AT­TAQUE DE NICE a ré­veillé de mau­vais sou­ve­nirs à Saint-De­nis, cette ville de 110 000 ha­bi­tants aux 135 na­tio­na­li­tés, elle aus­si tou­chée par les at­ten­tats du 13 No­vembre, au Stade de France. C’est là aus­si que, cinq jours plus tard, le Raid était ve­nu dé­lo­ger les ter­ro­ristes. « Il n’y a pas de ten­sions, mais de l’in­quié­tude, r e c on­naît l e maire, Di di e r Paillard (PCF). Des membres de la com­mu­nau­té mu­sul­mane re­doutent d’être mon­trés du doigt. Mais au­cun in­ci­dent n’a été re­cen­sé. »

« Ces at­ten­tats, ce n’est pas bon pour nous », souffle Ka­rim, sans-pa­piers tu­ni­sien de 26 ans, traî­nant à l’ombre des bu­reaux tout neufs de la Porte-de-Pa­ris, à la sor­tie du mé­tro. Ce li­vreur de piz­zas re­con­naît la jouer pro­fil bas : « Je ne veux même pas par­ler en arabe avec d’autres Magh­ré­bins. » « Pour l’ins­tant », pré­cise-t-il, il n’a pas re­mar­qué de chan­ge­ments dans le com­por­te­ment des ha­bi­tants. « A Nice, ils ont peut-être moins l’ha­bi­tude de vivre en­semble », es­time Yan­nick, co­losse de 31 ans, un An­tillais ch­ré­tien. « Mais on me prend sou­vent pour un mu­sul­man, avec ma barbe ! » pré­cise-t-il en plai­san­tant.

En quelques pas dans le centre-ville, on croise, sous un so­leil de plomb, aus­si bien des étu­diantes en te­nue es­ti­vale que des Afri­cains en bou­bou et des ma­mans voi­lées jus­qu’aux yeux. « Hon­nê­te­ment, tout s’est bien pas­sé à Saint-De­nis. On a un voi­si­nage as­sez co­lo­ré, mais il n’y a eu au­cune ten­sion », as­surent Ar­melle et Mi­reille, deux re­trai­tées qui ont tou­jours vé­cu à SaintDe­nis mais qui sont nées en Bre­tagne. « Tout le monde se connaît un peu ici. Il y a bien quelques pro­blèmes avec le can­na­bis, mais c’est tout », as­sure Ti­bor, un Slo­vaque qui ha­bite ici de­puis 2004.

A Saint-De­nis, la com­mu­nau­té mu­sul­mane se sent re­la­ti­ve­ment pro­té­gée. « Je n’ai pas eu d’écho du moindre in­ci­dent, pour l’ins­tant, as­sure Ah­med Ja­ma­led­dine, tré­so­rier de la prin­ci­pale mos­quée de la ville. Ici, les gens ont ap­pris à connaître l’is­lam. »

C’est à l’ex­té­rieur de la ville que les ten­sions pour­raient naître. Sta­cey, 20 ans, cou­verte d’un long voile mar­ron qui ne laisse pa­raître que ses taches de rous­seur, l’avoue : « Ici, il n’y a pas de pro­blème. Mais en ce mo­ment, je pré­fère ne pas al­ler à Pa­ris ha­billée comme ce­la. »

« Ici, les gens ont ap­pris à connaître l’is­lam »

Saint-De­nis (Seine-Saint-De­nis), hier. En­vi­ron 135 na­tio­na­li­tés se cô­toient dans cette ville de ban­lieue pa­ri­sienne meur­trie par les at­ten­tats du 13 No­vembre.

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