La trouble vie du chauf­feur de VTC fi­ché S

IN­TER­PEL­LA­TION. Re­pé­ré en mai pour ra­di­ca­li­sa­tion, il avait de­puis en­tre­po­sé chez lui des ex­plo­sifs et a été in­ter­pel­lé di­manche. L’en­quête est en cours.

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - Saint-Maur-des-Fos­sés (Val-de-Marne) FAN­NY DEL­PORTE AVEC STÉ­PHANE SELLAMI ET TI­MO­THÉE BOUTRY

« L’HIS­TOIRE des ex­plo­sifs ? C’est là-bas. » Mar­di ma­tin, les rares voi­sins pré­sents dans cet im­meuble du quar­tier de la Pie, à Saint-Maur-desFos­sés (Val-de-Marne), in­di­quaient sans peine l’ap­par­te­ment de Sté­phane M., où des dé­to­na­teurs et des ex­plo­sifs ont été dé­cou­verts lun­di. Un char­mant pe­tit im­meuble de trois étages, au fond d’une al­lée.

Ce jeune homme de 22 ans, fi­ché S de­puis le mois de mai pour « pos­sible ra­di­ca­li­sa­tion », et qui se pré­sente comme chauf­feur de VTC, a été contrô­lé par la BAC dans la nuit de di­manche à lun­di à Su­cy-en-Brie, au dé­part pour une simple in­frac­tion r ou­ti èr e. Dans s a voi­ture, les po­li­ciers dé­couvrent des pa­piers, des pas­se­ports e t de s pe r mis de conduire, vo­lés lors d’un cam­brio­lage le 14 j uillet à SaintMaur-des-Fos­sés. Ils le soup­çonnent no­tam­ment d’avoir com­mis des vols chez plu­sieurs de ses clients. Ils per­qui­si­tionnent alors le do­mi­cile de ses pa­rents, où il vit, et dé­couvrent deux dé­to­na­teurs et quatre bâ­tons de dy­na­mite de 100 g ca­chés dans une chambre. Il est pla­cé en garde à vue, de même que son pas­sa­ger de 21 ans, Ya­mine A., éga­le­ment connu des ser­vices de po­lice et qui vit lui aus­si à Saint-Maur.

« Il était 13 heures lun­di, je l’ai vu sor­tir me­not­té d’une voi­ture de po­lice de­puis la fe­nêtre de la chambre de ma fille, ra­conte une voi­sine. Je me suis dit : Ça y est, il s’est en­core fait at­tra­per. Il y a deux ans à peu près, on l’avait dé­jà vu re­par­tir me­not­té. » Elle dé­crit un jeune homme à l’ex­pres­sion « neutre », « tel­le­ment dis­cret, comme ses pa­rents », au point de se de­man­der par­fois s’ils sont dans l’ap­par­te­ment. Un membre de l’équipe de dé­mi­nage, ar­ri­vé un peu plus tard, lui conseille de ren­trer ra­pi­de­ment chez elle. « Sa­voir qu’il y avait tous ces ex­plo­sifs au-des­sus de chez moi f ait t rès peur », dit-elle. Un autre voi­sin rap­porte qu’il « se l ais­sait pous­ser la barbe dep u i s d e u x moi s » mais que lui met­tait ce­la sur le compte du « style ». Outre les ex­plo­sifs, des « do­cu­ments lais­sant pen­ser à une ra­di­ca­li­sa­tion » du conduc­teur ont aus­si été sai­sis au do­mi­cile, a in­di­qué une source ci­tée par l’AFP. « L’en­quête n’a pas en­core confir­mé un lien di­rect avec la ra­di­ca­li­sa­tion », in­siste une source proche du dos­sier. Reste

Connu des ser­vices de po­lice pour vols, cam­brio­lages, conduite sans per­mis, tra­fic de stu­pé­fiants…

qu’il gra­vi­tait bien, d’après une autre, dans un « mi­lieu ra­di­ca­li­sé ». Il était éga­le­ment « ar­chi­con­nu » des ser­vices de po­lice pour « vols, cam­brio­lages, conduite sans per­mis, tra­fic de stu­pé­fiants… » dé­roule une source po­li­cière.

D’après nos in­for­ma­tions, ce n’est pas la pre­mière fois que l’ap­par­te­ment de ses pa­rents était per­qui­si­tion­né. Sté­phane M. avait été pla­cé en garde à vue au com­mis­sa­riat de Vi­try au mois de mai après une ten­ta­tive de cam­brio­lage. Le jeune homme y au­rait te­nu des pro­pos « très vé­hé- ments » à l’en­contre des po­li­cières. Dans l’ap­par­te­ment, les fonc­tion­naires avaient dé­cou­vert une ta­blette conte­nant des pho­tos et des vi­déos sur le dji­had en Sy­rie, la consul­ta­tion de sites mon­trant des dé­ca­pi­ta­tions et des do­cu­ments sur le Co­ran. C’est à ce mo­ment-là qu’un rap­port de si­gna­le­ment avait été envoyé aux ser­vices de ren­sei­gne­ment qui avaient alors dé­ci­dé de le clas­ser S.

A la suite de la deuxième per­qui­si­tion de lun­di, une en­quête de fla­grance a été ou­verte pour ac­qui­si­tion et dé­ten­tion d’ex­plo­sifs en bande or- ga­ni­sée et as­so­cia­tion de mal­fai­teurs. Elle a été confiée à la po­lice ju­di­ciaire du Val-de-Marne. Mar­di soir, la garde à vue des deux hommes a été pro­lon­gée ex­cep­tion­nel­le­ment de qua­rante-huit heures. Les in­ves­ti­ga­tions tech­niques et les au­di­tions se pour­sui­vaient tou­jours mar­di soir. La sec­tion an­ti­ter­ro­riste (SAT) de la bri­gade cri­mi­nelle et celle du par­quet de Pa­ris, qui n’ont pas été sai­sies à ce stade, suivent l’af­faire de près.

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