« Un goût d’in­ache­vé dans la bouche… »

Ro­main Bar­det, meilleur Fran­çais au gé­né­ral (6e), n’a pas dit son der­nier mot dans ce Tour maî­tri­sé par Froome. Il est dé­ci­dé à pro­fi­ter de la moindre ou­ver­ture.

Aujourd'hui en France - - SPORTS - Mur­ten (Suisse) De l’un de nos en­voyés spé­ciaux Pro­pos re­cueillis par LIO­NEL CHAMI

À L’HEURE d’abor­der les quatre étapes al­pestres, l’Au­ver­gnat (25 ans) reste me­su­ré mais se croit ca­pable d’avan­cer de quelques marches en­core d’ici à Pa­ris. Comment vous sen­tez-vous à l’at­taque de cette der­nière se­maine ? RO­MAIN BAR­DET. Je me sens bien, mo­ti­vé. Un pe­tit peu fa­ti­gué, bien sûr, comme tout le pe­lo­ton, mais dé­ter­mi­né. J’ai un peu un goût d’in­ache­vé dans la bouche sur ce Tour de France pour l’ins­tant. Je vois bien que pour les sui­veurs non plus, ce n’est pas un Tour em­bal­lant. Je peux juste dire que l’al­lure est ef­fré­née et que, si on n’at­taque pas plus, c’est tout sim­ple­ment qu’on ne peut pas. On reste à l’af­fût pour ten­ter des choses parce que le vé­lo qu’on aime, c’est le vé­lo à l’at­taque, de gros re­bon­dis­se­ments lors de che­vau­chées al­pestres. Pour vi­ser très haut au clas­se­ment gé­né­ral, il fau­dra prendre des risques à un mo­ment don­né. Comment ju­gez-vous la si­tua­tion, vous concer­nant ? Je suis sa­tis­fait, je suis à proxi­mi­té im­mé­diate du po­dium ( NDLR : à 1’19’’ d’Adam Yates, 3e). Ce n’est pas très loin der­rière, tout reste donc en­core ou­vert. Je suis en très bonne po­si­tion avant les Alpes. Une 6e place ne vous sa­tis­fe­rait pas… Je n’ai pas la pré­ten­tion de dire qu’elle ne m’in­té­resse pas. L’idée, c’est de faire mieux que ce que j’ai dé­jà réa­li­sé (6e en 2014). En tout cas, je ne sau­ve­rai pas une 6e place, ça ne m’in­té­resse pas. Je ne vais pas rou­ler der­rière un cou­reur 8e qui ris­que­rait de me pas­ser de­vant. Der­rière nous, il y a des grosses for­ma­tions avec des idées der­rière la tête. Tout le monde va être obli­gé de bou­ger mais je ne vais pas non plus cou­rir de ma­nière désor­don­née. Qu’est-ce qui vous fait dire qu’il va y avoir du mou­ve­ment ? Peut-être que les quinze der­niers jours ne plaident pas dans ce sens, mais il suf­fit d’une étape où tout peut se pas­ser. Il manque sans doute des cou­reurs comme Con­ta­dor, ca­pables d’at­ta­quer dès le km 0, mais je vois nombre d’out­si ders du t op 1 0 sus­cep­tibles de bou­ger. Aru ( ac­tuel 10e) va cou­rir pour une 8e place. Chez BMC (Porte et Van Gar­de­ren), ils sont ac­tuel­le­ment 7e et 8e mais ont des am­bi­tions de po­dium aus­si. Les Mo­vis­tar, c’est pa­reil. Pour l’ins­tant, ils sont en de­hors du po­dium. Tout le monde a in­té­rêt à bou­ger. Quel re­gard por­tez-vous sur Nai­ro Quin­ta­na, in­of­fen­sif jus­qu’ici ? Tel que je connais le cham­pion co­lom­bien, je le vois mal bais­ser les bras. Pour l’ins­tant, j’ai l’im­pres­sion qu’il bluffe un peu son monde et je le vois plus ten­ter le tout pour le tout à un mo­ment don­né. Et Ch­ris Froome ? Est-il vul­né­rable ? Hon­nê­te­ment, c’est dif­fi­cile de le sa­voir puis­qu’il a une garde rap­pro­chée d’une ex­trême puis­sance, qui peut d’une cer­taine fa­çon lui per­mettre de pas­ser un peu in­aper­çu s’il a un jour moins bien. Donc, on ne va pas se men­tir, il est en po­si­tion vrai­ment idéale pour une troi­sième vic­toire dans la Grande Boucle. Dans la pra­tique, comment al­lez-vous vous y prendre ? Il fau­dra être clair­voyant en course et es­sayer d’ex­ploi­ter la moindre faille dans les trois der­nières étapes de mon­tagne. L’équipe Sky ne pour­ra pas non plus cou­rir der­rière tout le monde. A plus de quatre mi­nutes au gé­né­ral, je ne re­pré­sente pas une me­nace di­recte. Par au­to­ri­té, peut-être par am­bi­tion hé­gé­mo­nique, ils ont ten­dance à an­ni­hi­ler toutes les at­taques des fa­vo­ris. A un mo­ment, si les at­taques se mul­ti­plient, ils ne pour­ront pas al­ler cher­cher tout le monde et j’es­père bé­né­fi­cier de cette fe­nêtre-là pour m’ex­pri­mer. Avez-vous un plan ? Il faut prendre garde aux plans tac­tiques pré­éta­blis. Main­te­nant, je pense avoir le mé­tier suf­fi­sant pour ana­ly­ser la si­tua­tion en course et me rendre compte qu’il y a une ou­ver­ture. Il faut que je garde cette fa­çon de cou­rir à l’ins­tinct. Le ni­veau est très haut en termes de vi­tesse as­cen­sion­nelle et je me dis que ça va de­ve­nir une course par éli­mi­na­tion. Je ne pense pas que tout le monde puisse te­nir ce rythme en­core les trois étapes de mon­tagne. Il va fal­loir être fort psy­cho­lo­gi­que­ment, se dire qu’il y au­ra une fe­nêtre et qu’il fau­dra être pré­sent parce qu’il n’y en au­ra peu­têtre qu’une seule pour faire des écarts. Comment ex­pli­quer votre par­cours sans faute jus­qu’ici ? J’ai sur­tout dé­dra­ma­ti­sé l’en­jeu du Tour de France. Je m’y pré­sente dans le même état phy­sique et sur­tout psy­cho­lo­gique que pour des courses de moindre en­ver­gure et ça me li­bère sur le vé­lo.

« Froome a une garde rap­pro­chée d’une ex­trême puis­sance » « Il y au­ra une fe­nêtre et il fau­dra être pré­sent parce qu’il n’y en au­ra peut-être qu’une seule pour faire des écarts »

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