La Russie gagne une manche

Aujourd'hui en France - - SPORTS - ÉRIC MI­CHEL

LE TEMPS PRESSE. Les Jeux olym­piques de Rio (du 5 au 21 août) com­mencent dans un peu plus de deux se­maines, et la dé­lé­ga­tion russe ne sait tou­jours pas si elle dé­fi­le­ra der­rière son dra­peau à la cé­ré­mo­nie d’ou­ver­ture. Après le rap­port ex­plo­sif de l’Agence mon­diale an­ti­do­page (AMA) lun­di, met­tant en évi­dence une po­li­tique de dopage ins­tau­rée et contrô­lée par Mos­cou, on pen­sait le sort de la Russie scel­lé.

Dans la fou­lée de ce rap­port, le Co­mi­té in­ter­na­tio­nal olym­pique (CIO) avait mon­tré les muscles. Mais hier, la com­mis­sion exé­cu­tive du CIO a dé­ci­dé… de ne rien dé­ci­der, re­pous­sant l’échéance à de­main.

A charge pour les fé­dé­ra­tions in­ter­na­tio­nales, à l’ex­cep­tion de l’athlétisme, de se pro­non­cer in fine. La seule cer­ti­tude pour le mo­ment concerne le mi­nistre des Sports russe, Vi­ta­li Mout­ko, ju­gé per­so­na non gra­ta à Rio. Pour le reste, ses spor­tifs ont ga­gné un sur­sis mais le sport mon­dial évo­lue de son cô­té en plein brouillard.

Pour­tant les élé­ments en fa­veur d’une ex­clu­sion col­lec­tive de la Russie ne man­quaient pas. Entre 2011 et 2015, plus de 786 contrôles po­si­tifs ont été es­ca­mo­tés en Russie dans 29 sports dif­fé­rents, par­fois avec la com­pli­ci­té des ser­vices se­crets comme aux Jeux d’hi­ver de Sot­chi en 2014. Même le foot­ball, avec onze cas, et alors que la Russie or­ga­nise le pro­chain Mon­dial dans deux ans, n’a pas été épar­gné.

Le re­tour de la guerre froide

Au moins deux fac­teurs ex­pliquent l’ab­sence de dé­ci­sion du CIO. Le pre­mier est d’ordre ju­ri­dique. Le CIO a pro­mis d’ex­plo­rer « toutes les op­tions » pos­sibles entre une ex­clu­sion col­lec­tive de la Russie et « le droit à la jus­tice in­di­vi­duelle » des spor­tifs russes. Soixante-huit ath­lètes ont dé­po­sé des re­cours in­di­vi­duels au­près du Tri­bu­nal ar­bi­tral du sport (TAS) de Lau­sanne contes­tant leur sus­pen­sion par la Fé­dé­ra­tion in­ter­na­tio­nale (IAAF). Le CIO a pro­mis d’étu­dier tous les dos­siers au cas par cas. Mais il ne reste que dix-sept jours pour faire du sur-me­sure.

L’autre fac­teur est d’ordre di­plo­ma­tique. La jour­née d’hier a vu la po­li­tique en­trer en jeu et le spectre de la guerre froide re­ve­nir à grandes en­jam­bées. Le chef de la di­plo­ma­tie russe, Ser­gueï La­vrov, s’est plaint au­près de son ho­mo­logue amé­ri­cain, John Ker­ry, des « exi­gences an­ti­russes » de l’Agence amé­ri­caine an­ti­do­page. Le Krem­lin s’est dit cho­qué d’« une in­gé­rence dan­ge­reuse » de la po­li­tique dans le sport et a évo­qué une nou­velle guerre froide.

« La forme de cette in­gé­rence a chan­gé, mais le but est le même : faire du sport un ins­tru­ment de pres­sion géo­po­li­tique », s’est in­di­gné le Krem­lin. Pour apai­ser les es­prits, Mos­cou a pris des me­sures en pro- met­tant de sus­pendre les res­pon­sables mis en cause.

Avec la non-dé­ci­sion du CIO, la Russie a rem­por­té une manche. Mais on ne sait tou­jours pas s’il y au­ra des Russes à Rio. A Londres en 2012, le sport russe avait rem­por­té 81 mé­dailles contre 35 pour la France.

Avant la Russie, pro­bable fu­ture ban­nie, deux pays ont été ex­clus de la fête olym­pique dans le pas­sé. Il s’agit de l’Af­gha­nis­tan en 2000 aux Jeux de Syd­ney. Le pays était alors sous le joug des ta­li­bans. L’Afrique du Sud sous le ré­gime de l’apar­theid a été écar­tée de sept édi­tions entre 1964 et 1992, date de son re­tour à Bar­ce­lone.

Le co­mi­té in­ter­na­tio­nal olym­pique a dé­ci­dé, pour l’ins­tant, de ne pas sta­tuer sur la par­ti­ci­pa­tion de la Russie aux JO. La dé­lé­ga­tion russe est su­pec­tée d’avoir institutionnalisé un sys­tème de dopage entre 2011 et 2015, no­tam­ment pen­dant les Jeux de Sot­chi.

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