Bien­ve­nue chez Ni­no Fer­rer

Aujourd'hui en France - - VOTRE SOIRÉE TÉLÉVISION - Mont­cuq (Lot) De nos en­voyés spé­ciaux Ki­nou Fer­ra­ri, veuve de Ni­no Fer­rer Textes : ÉRIC BU­REAU JEAN-BAP­TISTE QUEN­TIN

ON DI­RAIT LE SUD. Le temps dure long­temps, aus­si long­temps que l’étroit che­min qui grimpe vers la Taillade. Coin­cés entre une pa­roi ro­cheuse et un ra­vin abrupt, on a ra­re­ment eu aus­si froid dans le dos au vo­lant de notre cam­ping-car. Heu­reu­se­ment, l’ac­cueil qui nous at­tend sur cette col­line per­chée près de Mont­cuq est des plus cha­leu­reux. Pierre Fer­ra­ri vient à notre ren­contre, en­le­vant les branches pour nous frayer un pas­sage, sa mère, Ki­nou nous offre le ca­fé dans le pa­tio, qui grouille d’amis et d’en­fants. C’est la mai­son du bon­heur et c’est celle de Ni­no Fer­rer.

C’est en ef­fet dans cette mai­son forte de 1430 que Ni­no Agos­ti­no Fer­ra­ri, né à Gênes, in­ou­bliable créa­teur de « Mir­za », du « Té­lé­fon » et du « Sud » — à juste titre l’une des chan­sons pré­fé­rées des Fran­çais — a vé­cu de 1977 à août 1998, fu­neste jour où il se sui­ci­da peu avant son 64e an­ni­ver­saire. « En 1977, nous avions de­puis long­temps l’idée de quit­ter Pa­ris et nous avons eu un coup de coeur pour cette mai­son, ra­conte Ki­nou Fer­ra­ri. En tour­née, le Lot était l’une des ré­gions les plus belles et ac- cueillantes. Et pas un jour je ne re­grette d’y être res­tée vivre. »

Elle nous fait vi­si­ter sa char­mante cui­sine peinte en rouge et bleu — où elle a mi­ton­né son livre « Ki­nou cui­sine » (Edi­tions la Fan­fare) — et sa com­mode rus­tique où elle a pu­nai­sé des di­zaines de pho­tos de fa­mille. Le grand sa­lon est peu­plé des pein­tures sur­réa­listes et sen­suelles de Ni­no. « C’était son autre pas­sion, avec les che­vaux, rap­pelle Ki­nou. Nous en avons eu jus­qu’à onze. Et j’ai des cen­taines de ta­bleaux de lui. Il était très manuel, il a tout re­ta­pé. »

L’an­cienne grange a été trans­for­mée en stu­dio d’en­re­gis­tre­ment par Ar­thur, son fils mu­si­cien, pour ses propres disques et des ar­tistes en ré­si­dence. « A l’époque, le stu­dio d’en­re­gis­tre­ment était dans une chambre, ra­conte Ki­nou. Il avait été ins­tal­lé en pre­mier, avant même la cui­sine. Il y avait tout le temps des mu­si­ciens à la mai­son, des lo­caux et des An­glais. Qua­si­ment tous ses der­niers al­bums ont été en­re­gis­trés ici. C’est sur cette console res­tau­rée qu’il a en­re­gis­tré le Sud. Mais ce n’est pas ici qu’il l’a écrite, c’est dans notre pré­cé­dente mai­son, à Rueil-Mal­mai­son. »

Ki­nou et ses deux fils ont à coeur de faire vivre la mé­moire et l’oeuvre foi­son­nante de Ni­no Fer­rer. Ils ai­me­raient ou­vrir un mu­sée à Mont­cuq, dont il était proche des ha­bi­tants et de leurs com­bats éco­lo­giques. « J’ai le sen­ti­ment que Ni­no n’est pas ou­blié, sou­rit Ki­nou. Chaque jour, nous re­ce­vons un ap­pel pour uti­li­ser une chan­son dans une pub, un film, créer un spec­tacle sur lui, écrire une thèse… » Mont­cuq lui consacre cet été une pe­tite ex­po­si­tion dans son im­po­sant don­jon, lui dé­die son es­pla­nade et son fes­ti­val de la chan­son à texte, qui dém­marre de­main pour trois jours. Le 27 juillet, Ar­thur Fer­ra­ri or­ga­ni­se­ra à Tou­louse un concert hom­mage avec une ving­taine de mu­si­ciens, Zeb­da, Soan, Im­bert Im­bert… D’autres hé­ri­tiers de Ni­no.

« C’est sur cette console res­tau­rée qu’il a en­re­gis­tré »

@Eric_Bu­reau le­pa­ri­sien.fr Dans la mai­son-mu­sée de Ni­no Fer­rer

Pierre et Ki­nou Fer­ra­ri, fils et veuve de Ni­no Fer­rer, dans la mai­son du XVe siècle où le chan­teur avait ins­tal­lé un stu­dio d’en­re­gis­tre­ment.

Mont­cuq (Lot), hier.

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