Ban­co pour Ba­con à Mo­na­co

Le Gri­mal­di Fo­rum consacre cet été une ré­tros­pec­tive à Fran­cis Ba­con, l l’un un des plus grands pei pein­tre­sintres du XX XXe siècle. Et un joue joueu­reur in­vé­té­ré.

Aujourd'hui en France - - VOTRE SOIRÉE TÉLÉVISION - YVES JAEGLÉ

MO­NA­CO, ses ca­si­nos, sa prin­ci­pau­té, et, de l’autre cô­té, l’un des peintres les plus âpres du XXe siècle, l’un des plus fé­roces, dont l’oeuvre ne parle que de chaos, de dou­leur, de so­li­tude, de mi­sère et de la fo­lie de la condi­tion hu­maine. L’ex­po­si­tion « Fran­cis Ba­con, Mo­na­co et la culture fran­çaise » sur­prend. C’est une très belle ré­tros­pec­tive de 64 oeuvres du peintre an­glais (1909-1992), dont la moi­tié viennent de col­lec­tions pri­vées, cer­taines in­édites. Et l’on y dé­couvre un lien aus­si fort qu’in­at­ten­du entre le Bri­tan­nique et Monte-Car­lo. On ap­pré­cie­ra aus­si une di­zaine d’oeuvres si­gnées de ses ins­pi­ra­teurs : Tou­louse-Lau­trec, Sou­tine ou Gia­co­met­ti.

Ba­con, né à Du­blin de pa­rents an­glais, était un joueur in­vé­té­ré. Un fou de rou­lette ca­pable de mi­ser sa — pe­tite, à l’époque — for­tune et de la perdre. Et de vendre un ta­bleau pour ten­ter sa chance à nou­veau.

La quête in­in­ter­rom­pue du chef-d’oeuvre

En 1946, Ba­con a 37 ans, l’âge au­quel Van Gogh, son maître, s’est sui­ci­dé. C’est à ce mo­ment qu’il s’ins­talle à Mo­na­co, où il va vivre, de vil­la en vil­la, peindre et jouer, pen­dant quatre ans. Il de­vient même briè­ve­ment ré­sident mo­né­gasque.

Le ca­si­no Belle Epoque est son quar- tier gé­né­ral. L’om­bra­geux peintre des papes hur­lants, ins­pi­rés par Ve­laz­quez, confie­ra plus tard à Da­vid Syl­ves­ter, his­to­rien d’art et mor­du de jeu, lui aus­si : « Je suis de­ve­nu han­té par le ca­si­no, j’y ai pas­sé des jours en­tiers ; et là, vous pou­vez en­trer à 10 heures du ma­tin, et n’avez pas be­soin d’en sor­tir avant 4 heures du ma­tin, le ma­tin sui­vant. »

Pour Ba­con, peindre sur la toile et Né en 1909 à Du­blin de pa­rents an­glais, Fran­cis Ba­con a été très tôt mar­qué par les jeux et pa­ris puisque son père était en­traî­neur de che­vaux. Il com­mence la pein­ture à Londres à 20 ans, s’oriente vers le fi­gu­ra­tif lors de ses sé­jours à Mo­na­co. Ho­mo­sexuel as­su­mé, joueur, il mène une vie de bo­hème. Il est aus­si l’un des seuls ar­tistes, avec Pi­cas­so, à re­ce­voir un hom­mage de son vi­vant au Grand Pa­lais, à tra­vers une grande ré­tros­pec­tive en 1971. Mais deux jours avant le ver­nis­sage, son com­pa­gnon et muse George Dyer se sui­cide à Pa­ris. Ba­con le pein­dra à de nom­breuses re­prises pen­dant en­core des an­nées. Il meurt à Ma­drid en 1992. jouer sur le ta­pis vert dé­clenchent la même adré­na­line. Il parle sou­vent de la no­tion de « ha­sard » et d’« ac­ci­dents » dans sa ma­nière de tra­vailler la cou­leur. « Il dé­trui­sait sou­vent une belle com­po­si­tion en quelques mi­nutes, dans l’es­poir de la pous­ser plus loin. De fait, il pei­gnait comme s’il re­jouait des gains ; comme pour tout joueur pris dans cette spi­rale, il mon­tait tou­jours plus haut, pour fi­nir rin­cé », lit-on dans le ca­ta­logue de l’ex­po­si­tion.

Ba­con mise tout sur le chef-d’oeuvre. Si­non, il dé­truit ses propres oeuvres sans une hé­si­ta­tion. A qui perd gagne, tou­jours. Le jeu l’ins­pire, l’oblige à ten­ter. Rui­né par ses pertes, l’ar­tiste est obli­gé de peindre sur l’en­vers de ses toiles, et dé­couvre que la ma­tière brute fixe mieux la pein­ture et ren­force la tex­ture.

Il res­te­ra fi­dèle à cette tech­nique in­ha­bi­tuelle toute sa vie. « A Mo­na­co, Ba­con ne passe pas son temps à jouer. Il est, aus­si, loin d’une grande ca­pi­tale, sans pres­sion, et c’est une pé­riode de ré­flexion qui l’amène à se tour­ner vers la fi­gure hu­maine dans sa pein­ture. Le cli­mat lui fai­sait du bien, il souf­frait d’asthme. Il ve­nait aus­si cher­cher la lu­mière, comme d’autres ar­tistes sur la Côte d’Azur », ex­plique Ca­the­rine Alest­chen­koff, di­rec­trice des évé­ne­ments cultu­rels du Gri­mal­di Fo­rum. Celle-ci vou­lait mar­quer un grand coup avec un « monstre sa­cré » du XXe siècle. Le seul qui ait mi­sé sur les cou­leurs comme au ca­si­no.

Gri­mal­di Fo­rum de Mo­na­co, jus­qu’au 4 sep­tembre, de 10 heures à 20 heures tous les jours, 22 heures le jeu­di. Ta­rif : 10 €. www.gri­mal­di­fo­rum.com.

« Tête VI », huile sur toile de Fran­cis Ba­con (1949). « Fi­gure al­lon­gée »,

Monte-Car­lo, en no­vembre 1981. Le peintre Fran­cis Ba­con.

« Por­trait de Mi­chel Lei­ris », huile sur toile de Fran­cis Ba­con (1976).

huile sur toile de Fran­cis Ba­con (1959).

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