Loi Tra­vail, en­fin la quille !

AS­SEM­BLÉE. Sans sur­prise, Ma­nuel Valls a sor­ti l’arme du 49-3 hier pour faire adop­ter la ré­forme du mar­ché du tra­vail. Sauf dé­pôt d’une mo­tion de cen­sure avant 16 h 30 au­jourd’hui, ce se­ra l’épi­logue d’une longue ba­taille.

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - PAULINE THÉVENIAUD

CLAP DE FIN sans ba­roud pour la loi Tra­vail. Après une nuit de dé­bats hou­leux sur la pro­lon­ga­tion de l’état d’ur­gence, une séance de ques­tions au gou­ver­ne­ment consa­crée au car­nage de Nice, le texte El Khom­ri a été adop­té sans bruit, et sans vote, à l’As­sem­blée na­tio­nale hier après-mi­di, dans un hé­mi­cycle clair­se­mé. Ma­nuel Valls a, pour la troi­sième fois, sor­ti l’arme 49-3. Si, comme at­ten­du, au­cune mo­tion de cen­sure n’est dé­po­sée avant 16 h 30 au­jourd’hui, le pro­jet de loi Tra­vail se­ra dé­fi­ni­ti­ve­ment adop­té. Un épi­logue à des lieues du va­carme pro­vo­qué par le texte cinq mois du­rant. Re­tour sur ce feuille­ton. Des dé­buts dif­fi­ciles… Lors­qu’il dé­couvre, mi-fé­vrier, le do­cu­ment de tra­vail du gou­ver­ne­ment dans notre jour­nal, le rap­por­teur du texte, Ch­ris- tophe Si­rugue (PS), n’en re­vient pas. « On s’est dit : D’ac­cord, ça com­mence bien… », ra­conte un élu. Le dé­pu­té de Saône-et-Loire n’est pas fron­deur, mais son sang ne fait qu’un tour. Il est cueilli à froid par les me­sures. « Pris sé­pa­ré­ment, tous les su­jets ont fait l’ob­jet de né­go­cia­tion sauf l’ar­ticle sur le li­cen­cie­ment éco­no­mique », se dé­fend-on en haut lieu. Sou­pir d’un hol­lan­dais : « Pour­quoi se re­trouve-t-on dans cette si­tua­tion ? Parce qu’il au­rait dû y avoir une loi Ma­cron 2… » My­riam El Khom­ri doit hé­ber­ger les me­sures sur le pla­fon­ne­ment des in­dem­ni­tés prud’ho­males et le pé­ri­mètre du li­cen­cie­ment éco­no­mique. La mi­nistre du Tra­vail, qui se sait at­ten­due au tour­nant, mar­tèle sa vo­lon­té de dia­logue. Mais alors que ça barde, Ma­nuel Valls re­prend la main. C’est à Ma­ti­gnon qu’est dis­cu­tée la 2e ver­sion du texte. A Ma­ti­gnon que se noue l’ac­cord avec la CFDT de Laurent Ber­ger. Le bras de fer Valls-Mar­ti­nez. De­puis long­temps le ton monte entre la CGT et Ma­ti­gnon. Mais en cette ma­ti­née du 15 juin, le Pre­mier mi­nistre muscle son jeu. Il ap­pelle la CGT à sor­tir de son « at­ti­tude am­bi­guë » à l’égard des cas­seurs. Ma­ti­gnon dé­tient des preuves que des mi­li­tants CGT ont par­ti­ci­pé à des vio­lences, en marge de la ma­nif de la veille. La cen­trale ré­fute. Le cli­mat se tend. La me­nace d’une in­ter­dic­tion des ma­ni­fes­ta­tions ne se­ra fi­na­le­ment pas mise à exé­cu­tion. Et le 29 juin, Phi­lippe Mar­ti­nez fran­chit les grilles de Ma­ti­gnon. Valls fait un geste pour ren­for­cer les branches pro­fes­sion­nelles, mais ne cède rien sur l’ar­ticle 2… Pas ques­tion de « re­ve­nir sur la phi­lo­so­phie du texte ». To­per avec la CGT n’a de toute fa­çon ja­mais été en­vi­sa­gé. « Il est vi­tal pour la CGT de mon­trer qu’elle reste la pre­mière force syn­di­cale de France, ce qui la conduit à une ra­di­ca­li­sa­tion », dé­crypte-t-on Rue de Va­renne. « Et pour Valls d’as­seoir son image de ré­for­miste au­to­ri­taire », ré­pliquent les fron­deurs du PS. Les fron­deurs s’en mêlent. Le 9 mai, le texte ar­rive à l’As­sem­blée. « On se rend compte que dès l’ar­ticle 1, il y a des amen­de­ments de sup­pres­sion com­muns du PCF, de la droite et des fron­deurs. Là, on ne peut pas avan­cer se­rei­ne­ment », rap­porte une source gou­ver­ne­men­tale. Valls sort l’arme fa­tale : l’ar­ticle 49-3. Le 11 mai au ma­tin, dans une salle du deuxième sous-sol de l’As­sem­blée, les fron­deurs dé­cident de ten­ter de dé­po­ser une mo­tion de cen­sure contre le gou­ver­ne­ment ! Contact est pris avec les dé­pu­tés Front de gauche et les éco­los. Le temps presse. Il reste moins de six heures pour ras­sem­bler les 58 si­gna­tures né­ces­saires. Les fron­deurs sont pi­qués au vif par les doutes sur leur vo­lon­té d’al­ler au bout. Ils le cer­ti­fient : jus­qu’à la toute der­nière mi­nute, ils ont re­fait les comptes et ten­té de con­vaincre les hé­si­tants dans le bu­reau de Ch­ris­tian Paul. L’his­toire bé­gaie deux mois plus tard, en nou­velle lec­ture. Con­clu­sion de Valls : « Pour cer­tains textes, le gou­ver­ne­ment dis­pose d’une ma­jo­ri­té re­la­tive. » Une ma­jo­ri­té de gauche fra­cas­sée par la loi Tra­vail… @Pau­li­ne_Th

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