La France ac­teur se­cret en Li­bye

ISLAMISME. Trois mi­li­taires fran­çais ont trou­vé la mort dans le crash de leur hé­li­co­ptère dans la ré­gion de Ben­gha­zi. Ils par­ti­ci­paient à des ac­tions se­crètes contre Daech.

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - FRÉDÉRIC GERSCHEL

CON­TRAI­RE­MENT à la plu­part des autres mi­li­taires fran­çais tués en opé­ra­tion, on ne ver­ra pas leurs vi­sages. Et on ne connaî­tra pas non plus avec pré­ci­sion les dé­tails de leur der­nière mis­sion. Hier, le mi­nistre de la Dé­fense Jean-Yves Le Drian a juste an­non­cé, de ma­nière la­co­nique, le décès de « trois sous-of­fi­ciers » dans le crash de leur hé­li­co­ptère en Li­bye. Ils ap­par­te­naient très pro­ba­ble­ment au ser­vice ac­tion de la DGSE (Di­rec­tion gé­né­rale de la sé­cu­ri­té ex­té­rieure) et par­ti­ci­paient en tout cas à des ac­tions se­crètes contre Daech. D’où la dis­cré­tion ob­ser­vée au plus haut som­met de l’Etat.

Car, mal­gré les contor­sions sé­man­tiques de cer­tains of­fi­ciels, la France agit bien mi­li­tai­re­ment dans ce pays sou­mis à la loi des mi­lices et des tra­fi­quants en tous genres. Cinq ans après avoir lar­ge­ment contri­bué à la chute de Kadha­fi, Pa­ris a en ef­fet dé­pê­ché plu­sieurs uni­tés de forces spé­ciales et des di­zaines de spé­cia­listes de la DGSE sur le sol li­byen ces der­niers mois. Ces mi­li­taires sont pour la plu­part can­ton­nés dans les lo­caux d’une base aé­rienne si­tuée à Ben­gha­zi, la grande ville de l’Est, en com­pa­gnie d’autres Oc­ci­den­taux, dont des Bri­tan­niques et des Ita­liens. C’est d’ailleurs dans la ré­gion de Ben­gha­zi que l’hé­li­co­ptère a été dé­truit. Fran­çois Hol­lande a pu­di­que­ment dé­cla­ré, hier, qu’il s’agis­sait d’un « ac­ci­dent ». D’autres sources ci­tées par l’agence AP as­surent que l’ap­pa­reil au­rait été abat­tu par des mi­li­ciens is­la­mistes (liés à Al-Qaï­da) équi­pés d’un mis­sile por­table SA-7. Des pho­tos de l’épave ont été pos­tées sur des sites dji­ha­distes.

Que fait la France exac­te­ment en Li­bye ? Of­fi­ciel­le­ment, elle sou­tient le gou­ver­ne­ment d’union na­tio­nale re­con­nu par l’ONU et di­ri­gé par Fayez al-Sar­raj, un ex-bu­si­ness­man qui rêve d’être le nou­vel homme fort du pays. Plus fa­cile à dire qu’à faire. Car, mal­gré les ef­forts des Occ i d e nt a u x , l e q u i nqua­gé na i r e mous­ta­chu ins­tal­lé à Tri­po­li n’est pour l’ins­tant pas par­ve­nu à uni­fier les dif­fé­rentes mi­lices et les forces po­li­tiques li­byennes. Son pou­voir reste fra­gile.

Sans le crier sur les toits, la France mise éga­le­ment sur un autre homme : le gé­né­ral Kha­li­fa Haf­tar, chef pro­cla­mé de l’Ar­mée na­tio­nale li­byenne (ANL) qui a fait de la lutte contre les is­la­mistes sa prio­ri­té. C’est jus­te­ment à par­tir de Ben­gha­zi, le fief de Haf­tar, que les mi­li­taires fran­çais opèrent, ef­fec­tuant des mis­sions de ren­sei­gne­ments et de con­seil. Et sans doute plus…

Outre le ré­ta­blis­se­ment d’une au­to­ri­té po­li­tique uni­fiée, les Oc­ci­den­taux veulent à tout prix em­pê­cher Daech d’étendre son em­prise sur le pays. Les dji­ha­distes ont certes su­bi des re­vers ces der­nières se­maines, en par­ti­cu­lier dans la ré­gion de Syrte, leur bas­tion, mais des cel­lules sont en­core im­plan­tées à Tri­po­li, à Ben­gha­zi ou à Der­na. Et plu­sieurs mil­liers de com­bat­tants ori­gi­naires de Li­bye, de Tu­ni­sie, d’Al­gé­rie, d’Egypte mais aus­si du Ma­li, du Ma­roc ou de la Mau­ri­ta­nie conti­nuent de se dé­pla­cer sur une large bande cô­tière, à quelques cen­taines de ki­lo­mètres des rives eu­ro­péennes.

Des mis­sions de ren­sei­gne­ments et de con­seil. Et sans doute plus…

@fger­schel

Ben­gha­zi (Li­bye), hier. Des Li­byens exa­minent les restes de l’hé­li­co­ptère qui s’est écra­sé près de la ville.

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