Le droit à la contra­cep­tion me­na­cé ?

POLÉMIQUE. La créa­tion d’une clause de conscience chez les phar­ma­ciens pour­rait leur per­mettre de re­fu­ser de vendre des contra­cep­tifs.

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - ELODIE CHERMANN

DE­MAIN, les phar­ma­ciens pour­ront-ils re­fu­ser de dé­li­vrer la pi­lule ou le pré­ser­va­tif ? Le dé­bat enfle sur les ré­seaux so­ciaux. L’étin­celle est par­tie d’un ar­ticle glis­sé dans la nou­velle mou­ture du Code de dé­on­to­lo­gie que l’Ordre na­tio­nal des phar­ma­ciens sou­met au vote des 75 000 pro­fes­sion­nels du sec­teur j us­qu’au 31 août. On y in­dique que « le phar­ma­cien peut re­fu­ser d’ef­fec­tuer un acte phar­ma­ceu­tique sus­cep­tible d’at­ten­ter à la vie hu­maine ».

Cette nou­velle dis­po­si­tion, qui pré­vaut chez les mé­de­cins pour l’IVG, ne manque pas d’in­quié­ter la mi­nistre des Droits des femmes, Lau­rence Ros­si­gnol. « Toute la ques­tion est de sa­voir ce que l’on consi­dère comme une at­teinte à la vie hu­maine. Les cou­rants tra­di­tio­na­listes es­timent, par exemple, que la contra­cep­tion en est une. Or, mon rôle est de veiller à ce que rien ne puisse re­mettre en cause l’ac­cès à la contra­cep­tion ou à l’IVG, mal­gré un cli­mat in­ter­na­tio­nal très dé­fa­vo­rable aux droits des femmes. » Mêmes craintes du cô­té des fé­mi­nistes. « Pour moi, la seule conscience qui doit s’ex­pri­mer, c’est celle des femmes », af­firme Ma­rie Al­li­bert, porte-pa­role d’Osez le fé­mi­nisme !

Pour pré­ser­ver le droit des pa­tients, un pe­tit groupe de phar­ma­ciens a lan­cé une pé­ti­tion sur les ré­seaux so­ciaux, qui a dé­jà re­çu 9 000 sou­tiens. Un pro­cès d’in­ten­tion to­ta­le­ment in­jus­ti­fié, as­sure pour­tant Isa­belle Ade­not, la pré­si­dente de l’Ordre. « Le pré­ser­va­tif est là pour pré­ser­ver la vie hu­maine, pas pour la tuer », rap­pelle-t-elle, amère. « La pro­blé­ma­tique de la clause de conscience ne se si­tue pas du tout au­tour de la contra­cep­tion mais de la fin de vie. » N’em­pêche.

A la mi­nistre de tran­cher

En mai, un pro­fes­sion­nel gi­ron­din a été sus­pen­du pen­dant une se­maine pour avoir re­fu­sé de dis­tri­buer des contra­cep­tifs. « La conscience pro­fes­sion­nelle ne doit in­ter­ve­nir que pour évi­ter de mettre la vie du pa­tient en dan­ger, pas pour im­po­ser nos croyances per­son­nelles », fait re­mar­quer Sé­ve­rine Dar­del, phar­ma­cienne à Is­sy-les-Mou­li­neaux. « Cette clause n’a donc au­cune rai­son d’être. A part peut-être de com­bler la frus­tra­tion des phar­ma­ciens qui sont les seuls pro­fes­sion­nels de san­té à ne pas en dis­po­ser. » La mi­nistre de la San­té, Ma­ri­sol Tou­raine, pren­dra sa dé­ci­sion en sep­tembre.

Une pé­ti­tion contre la clause de conscience a été lan­cée par des phar­ma­ciens.

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