Des vic­times veulent at­ta­quer l’Etat et la mai­rie

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - LOUISE COLCOMBET ET THI­BAULT RAISSE

ILS VEULENT COM­PRENDRE. Et n’ont pas peur de mettre les au­to­ri­tés pu­bliques face à leurs res­pon­sa­bi­li­tés. Alors qu’une polémique sur d’éven­tuelles failles dans la sé­cu­ri­té des fes­ti­vi­tés du 14 Juillet com­mence à se faire jour, plu­sieurs vic­times et proches de vic­times de l’at­ten­tat de Nice ont fait sa­voir hier qu’ils en­vi­sa­geaient de por­ter plainte contre l’Etat ou la mai­rie de Nice pour faute.

Des pro­cé­dures qui re­lèvent du tri­bu­nal ad­mi­nis­tra­tif et qui, si elles abou­tis­saient, en­traî­ne­raient le ver­se­ment d’in­dem­ni­tés en com­plé­ment de celles au­to­ma­ti­que­ment al­louées aux vic­times d’at­ten­tats.

Mi­ckael Co­viaux fait par­tie de ces per­sonnes, cruel­le­ment éprou­vées par l’at­taque ter­ro­riste, qui en­vi­sagent de sai­sir la jus­tice pour « faire toute la lu­mière » sur les condi­tions de sé­cu­ri­té en vi­gueur à Nice ce soir-là. « Je songe très for­te­ment à me joindre à l’ac­tion ju­di­ciaire d’autres proches de vic­times », confie Mi­ckael, dont le pe­tit gar­çon de 4 ans et de­mi, Ya­nis, a été mor­tel­le­ment fau­ché sur la pro­me­nade des An­glais par le ter­ro­riste au vo­lant de son ca­mion.

Si sa prio­ri­té reste de « gé­rer les ob­sèques de [son] fils » qui au­ront lieu de­main, ce père en­deuillé se pose for­cé­ment des ques­tions. « Je ne veux ac­cu­ser per­sonne, pour­suit-il sans co­lère. Etat, mai­rie de Nice, ré­gion, dé­par­te­ment : je veux juste que cha­cun prenne ses res­pon­sa­bi­li­tés. C’est comme un sa­la­rié, au bout de trois aver­tis­se­ments, on le met de­hors… »

Mi­ckael a no­tam­ment été frap­pé par l’ar­ticle du « Ca­nard en­chaî­né », pa­ru hier, sur les failles pré­su­mées du dis­po­si­tif de sé­cu­ri­té. « Pen­dant l’Eu­ro à Nice, il y avait des plots en bé­ton pour pro­té­ger la fan-zone de la place Mas­sé­na. Ce n’était pas le cas pour le feu d’ar­ti­fice. Pour­quoi ? Je veux juste com­prendre », confesse en­core le père du pe­tit Ya­nis.

Au moins trois autres vic­times de l’at­taque ont an­non­cé leur in­ten­tion de sai­sir les tri­bu­naux. Par­mi eux, un homme de 53 ans bles­sé en por­tant se­cours à sa com­pagne et la fille de celle-ci, ou en­core Ka­mel, un père qui a per­du sa fille de 2 ans, son ne­veu et sa mère dans la tra­gé­die. Si l’is­sue de ce type de pro­cé­dure est in­cer­taine, un pré­cé­dent très ré­cent existe. Le 12 juillet, le tri­bu­nal ad­mi- nis­tra­tif de Nîmes (Gard) a condam­né l’Etat à ver­ser près de 50 000 € aux proches d’un des sol­dats tués par Mo­ha­med Me­rah le 15 mars 2012. Le père du ca­po­ral-chef Abel Chen­nouf re­pro­chait no­tam­ment aux ser­vices de ren­sei­gne­ment l’ar­rêt bru­tal de la sur­veillance du tueur au scoo­ter, une ini­tia­tive qu’il te­nait pour res­pon­sable de la mort de son fils.

Dès l’an­nonce de cette dé­ci­sion, plu­sieurs vic­times des at­ten­tats du 13 No­vembre avaient an­non­cé leur in­ten­tion d’in­ten­ter une ac­tion ju­di­ciaire si­mi­laire.

Un pré­cé­dent avec des proches d’un des sol­dats tués par Me­rah en 2012

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