Une plante me­nace tour­ne­sols et col­zas

Aujourd'hui en France - - EN FRANCE - CA­THE­RINE LAGRANGE

MAL G R É L E S C A MPAG N E S d’ar­ra­chage, l ’ am­broi­sie, cette plante in­va­sive for­te­ment al­ler­gène, conti­nue de pro­li­fé­rer dans la val­lée du Rhône. Un cau­che­mar pour les 20 % de Rhô­nal­pins qui y sont al­ler­giques. Mais pas seu­le­ment. Même si on en parle moins, l’am­broi­sie em­bar­rasse ain­si consi­dé­ra­ble­ment l’agri­cul­ture.

Cette herbe folle qui pro­li­fère sur les chan­tiers, au bord des routes et dans les champs em­poi­sonne les cultures de tour­ne­sol, de col­za, ma i s é g a l e me n t les abeilles. « L’am­broi­sie pol­lue les ré­coltes, ex­plique Pierre Tes­tu, qui anime le ré­seau Bio­di­ver­si­té pour les abeilles. Elle ré­duit les pro­duc­tions et, lors de la ré­colte, l’am­broi­sie se re­trouve mê­lée aux graines de tour­ne­sol et au col­za. » Ré­sul­tat, les agri­cul­teurs se dé­tournent de ces cultures. « En 1990, on comp­tait 1,2 mil­lion d’hec­tares de tour­ne­sol en France, moins de 600 000 ha au­jourd’hui », rap­porte Pierre Tes­tu. Même phé­no­mène pour le col­za, dont la culture dans l’Hexa­gone vient d’être ré­duite de 200 000 ha en deux ans.

L’am­broi­sie a aus­si un im­pact no­cif sur les abeilles

Dans le cadre d’une ré­ac­tion en chaîne, ce sont les abeilles, friandes des pol­lens de tour­ne­sol et de col­za, qui s e t r ouvent dé­ci­mées. « L’am­broi­sie a un double im­pact no­cif sur les abeilles, ex­plique l’api­cul­teur Phi­lippe Le­compte. Elle ré­duit les sur­faces de tour­ne­sol dans les­quelles se nour­rissent les abeilles. Son pol­len est toxique et ré­duit leur dé­ve­lop­pe­ment et leur es­pé­rance de vie. »

Dans le Rhône et l’Ain, la co­opé­ra­tive agri­cole Terre d’al­liances qui compte 2 500 agri­cul­teurs, cé­réa­liers et autres pro­duc­teurs, éle­veurs et vi­ti­cul­teurs, tente donc de ré­in­tro­duire tour­ne­sol et col­za pour le bien des abeilles. « Nous avons dé- sor­mais à notre dis­po­si­tion des va­rié­tés ré­sis­tantes aux her­bi­cides et qui per­mettent l’éli­mi­na­tion de l’am­broi­sie », se ré­jouit Ni­co­las Pa­ri­set, conseiller agro­no­mique de la co­opé­ra­tive. Dans ces cultures, qui se mul­ti­plient dans le Rhône et l’Ain, on place dé­sor­mais deux ruches à l’hec­tare pour fa­vo­ri­ser la pol­li­ni­sa­tion et nour­rir les abeilles. « Et on gagne en pro­duc­ti­vi­té », pré­cise en­core l’in­gé­nieur agro­nome. Les abeilles as­surent en ef­fet 10 % de la pol­li­ni­sa­tion du col­za, 30 % de celle du tour­ne­sol de consom­ma­tion et 90 % du tour­ne­sol de se­mences.

La culture du tour­ne­sol, qui a bais­sé, est en train d’être re­lan­cée dans le Rhône et l’Ain.

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