Mor­tel, ce mu­sée du Cor­billard !

Aujourd'hui en France - - VOTRE SOIRÉE TÉLÉVISION - Cazes-Mon­de­nard (Tarn-et-Ga­ronne) De nos en­voyés spé­ciaux Textes : ÉRIC BU­REAU Pho­tos et vi­déo : YANN FOREIX

IL EST 23 HEURES mar­di, et nous rou­lons sur une route per­due du Tarn-et-Ga­ronne. Eclai­rés par la pleine lune, nous hé­si­tons entre un re­make du gé­né­rique de la sé­rie « les En­va­his­seurs » et un bon vieux « Dra­cu­la ». Bref, on n’en mène pas large en rou­lant vers le mu­sée… du Cor­billard. Au bout du che­min, une sil­houette der­rière une fe­nêtre, un ber­ger belge pour seul ac­cueil… La nuit est longue et froide.

Mais quel ré­veil ! Et quelle vi­sion en ou­vrant la porte du cam­ping-car. Nous sommes au bout d’un pro­mon­toire ro­cheux, avec un pa­no­ra­ma à 180o sur une ma­gni­fique val­lée ha­billée de vignes et de blé. Le ber­ger belge vient nous faire la fête, sui­vi de son maître. Yvan Quer­cy vit avec sa mère Ma­ry-France dans un re­lais de poste et une forge de 1530, trans­for­més en mu­sée de l’At­te­lage et du Cor­billard. On peut ajou­ter mu­sée de la Vie ru­rale et de la Mo­to, tant il re­cèle de tré­sors ico­no­clastes, d’une malle- poste de 1850 à une mo­by­lette de cu­ré de 1924. « C’est mon père qui a tout créé dans les an­nées 1970, in­tro­duit ce sym­pa­thique gaillard de 33 ans. Il a été di­rec­teur de ca­si­no, pa­tron de dan­cing et col­lec­tion­neur dans l’âme. Il m’a trans­mis son nom et sa pas­sion. »

Le plus an­cien date du dé­but du XIXe siècle

Le mu­sée se cache, en fait, sous nos pieds. Au pe­tit ma­tin, lorsque les han­gars ne sont pas sur­chauf­fés par le so­leil, Yvan Quer­cy nous fait dé­cou­vrir l’im­pen­sable. Der­rière une porte sur­mon­tée d’un pan­neau « Dé­fense d’ou­vrir, dan­ger de mort », soixante cor­billards hip­po­mo­biles sont ali­gnés. « Mon père a com­men­cé à les col­lec­tion­ner par ha­sard, ra­conte- t- il. Le maire et le cu­ré d’Al­zonne, dans l’Aude, avaient un dif­fé­rend sur leur cor­billard. Mon père l’a ra­che­té pour 50 francs, et ce­la a fait boule de neige. De­puis, les maires nous ap­pellent pour en faire don. Nous en avons ré­cu­pé­ré 130, tous dif­fé­rents car fa­bri­qués dans chaque vil­lage, mais nous n’avons mal­heu­reu­se­ment pas la place de tous les mon­trer. »

Le cor­billard le plus ré­cent date de 1951, un Peu­geot D4A, dit Nez de co­chon. Le plus an­cien re­monte au dé­but du XIXe siècle. « De Na­po­léon Ier, pré­cise notre guide, qui fait la vi­site en te­nue de co­cher mor­tuaire. Jus­qu’à la Ré­vo­lu­tion fran­çaise, les vé­hi­cules fu­né­raires étaient ré­ser­vés aux rois. Le mot cor­billard vient de cor­beillard, les ba­teaux qui fai­saient la liai­son entre Cor­beil et la ca­pi­tale pour la ra­vi­tailler en den­rées ali­men­taires. Ils avaient été ré­qui­si­tion­nés en 1793 pour trans­por­ter les vic­times de la grande peste. » S’il est étrange et d’un autre temps — 6 € l’en­trée avec un apé­ri­tif of­fert —, ce mu­sée n’a par contre rien de mor­bide. Il se­rait par son am­pleur unique au monde. Une chose est sûre, il est mor­tel ! le­pa­ri­sien.fr Es­cale au mu­sée du Cor­billard

Cazes-Mon­de­nard (Tarn-et-Ga­ronne), hier. Yvan Quer­cy guide les vi­si­teurs entre les cor­billards col­lec­tion­nés par son père.

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