« Ce qui compte ce sont les re­trou­vailles »

Sas­kia Cou­sin,

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Pro­pos re­cueillis par V.MD.

AN­THRO­PO­LOGUE à l’uni­ver­si­té Pa­ris-Des­cartes, Sas­kia Cou­sin est spé­cia­liste des pra­tiques tou­ris­tiques. Pour­quoi des mil­lions de Fran­çais re­tournent-ils tou­jours au même en­droit du­rant leurs va­cances d’été ? SAS­KIA COU­SIN. Les va­cances, c’est d’abord le mo­ment ou l’on prend le temps de se re­trou­ver en fa­mille, entre amis. Par­tir au même en­droit est donc lo­gique puisque, ce qui compte, ce sont les re­trou­vailles : re­trou­vailles avec les pa­rents et les co­pains, re­trou­vailles avec des lieux qui se chargent de sou­ve­nirs an­nées après an­nées. Très nom­breux sont les Fran­çais qui se res­sourcent dans leur village d’ori­gine, chez les grands-pa­rents ou dans la mai­son dite « de fa­mille ». Est-ce que toutes les classes so­ciales sont concer­nées ? Pour les ca­té­go­ries ai­sées, par­tir dans les mêmes hô­tels tous les ans à la mer ou à la mon­tagne fai­sait par­tie de la norme, comme au­jourd’hui le fait de pos­sé­der une ré­si­dence se­con­daire. Pour d’autres, les cam­pings po­pu­laires ont été des lieux de so­cia­li­sa­tion im­por­tants dès l’en­fance, où l’on se fait des amis que l’on re­voit tous les étés, par­fois pen­dant des dé­cen­nies. Les tou­ristes fran­çais ont-ils peur du chan­ge­ment ? Non, sim­ple­ment, ils sont d’abord des va­can­ciers, comme tous ceux du monde. Ils veulent sor­tir du quo­ti­dien, pas for­ce­ment chan­ger pour chan­ger ! En­suite, s’ils en ont le temps et les moyens, ils s’éva­de­ront aus­si ailleurs. Cette constance his­to­rique et so­cio­lo­gique ne convient évi­dem­ment pas aux pro­mo­teurs tou­ris­tiques, aux agences, à l’in­dus­trie du trans­port et de l’hé­ber­ge­ment, parce que ces per­sonnes leur échappent en par­tie. Les re­trai­tés ne semblent pas avoir l’ex­clu­si­vi­té de ce phé­no­mène. Les jeunes aus­si adorent se rendre d’une an­née sur l’autre dans le même club de va­cances… Re­trai­tés ou ados, les rai­sons sont les mêmes : construire des liens so­ciaux, un sen­ti­ment d’ap­par­te­nance à un lieu et à une pe­tite com­mu­nau­té sou­dée par ses sou­ve­nirs d’en­fance, par ses ha­bi­tudes de raf­ting ou de bar­be­cue, de boîte de nuit ou de jeu de pé­tanque, peu im­porte. Peut-on connaître la rou­tine quand on est en con­gés ? Bien sûr, avec des rou­tines qui sont les mêmes que dans le quo­ti­dien, no­tam­ment pour les femmes. Mais aus­si d’autres rou­tines très ap­pré­ciées : l’apé­ri­tif, le bar­be­cue, la vi­site du mar­ché lo­cal, la vais­selle ef­fec­tuée par classe d’âge dans les cam­pings… A l’in­verse, existe-t-il des va­can­ciers qui dé­testent al­ler deux fois au même en­droit ? Une cer­taine po­pu­la­tion de va­can­ciers dé­teste dire qu’elle part deux fois au même en­droit. Mais, lorsque l’on se penche sur les pra­tiques réelles, on se rend compte que si l’ac­cent est mis sur les sé­jours en Thai­lande, dans les Andes ou à New York, il y a aus­si quelques se­maines et de nom­breux ponts pas­sés dans la fa­mille ou dans la ré­si­dence se­con­daire. Seule­ment, ils ne vont pas s’en van­ter. C’est moins va­lo­ri­sant, donc on n’en parle qu’entre soi.

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