« Ici on a plus d’amis que chez nous »

Mo­nique,

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - L’Her­bau­dière (Ven­dée) De nos en­voyés spé­ciaux Gé­gé, fi­dèle au cam­ping de la Pointe VINCENT MONGAILLARD

ILS Y SONT AL­LÉS avec la trac­tion avant des pa­rents de Ma­dame ou la Dau­phine de Mon­sieur. De­puis près d’un de­mi-siècle, Gé­rard, 69 ans, et son épouse Mo­nique, 68 ans, qui voyagent dé­sor­mais en 607, se la coulent douce chaque été au cam­ping mu­ni­ci­pal de la Pointe au port de L’Her­bau­dière sur l’île de Noir­mou­tier. « Tou­jours dans le même trou », dé­crit, hi­lare, Gé­gé, an­cien res­pon­sable d’une sta­tion-ser­vice. Ce trou, c’est en fait une cu­vette idéale pour la ca­ra­vane. « J’ai vu que le sol était plat. Je me suis dit : Tiens, on va se mettre là. On n’a plus ja­mais bou­gé. » L’in­con­vé­nient, c’est que cet em­pla­ce­ment n° 75 est l’un des rares en­droits du site pri­vé de vue sur l’océan. Le re­trai­té de Châ­tel­le­rault (Vienne) s’en moque. « Si je ne l’ai plus, je ne viens plus », pré­vient-il.

A la ré­cep­tion, on le sait. « Ce n’est pas une obli­ga­tion de don­ner le même em­pla­ce­ment mais là, on y est un peu for­cés », sou­rit Amé­lie, à l’ac­cueil. Pour le reste, les VIP du cam­ping de la Pointe, qui se res­sourcent tout juillet et tout août, n’ont au­cun pri­vi­lège. « On paie comme tout le monde 24,19 € par jour », cal­cule le sexa­gé­naire. A ce prix-là, ils dis­posent de 90 m2 au bout de l’al­lée cen­trale, près d’un block­haus de la Se­conde Guerre mon­diale, de cy­près, du « hots­pot » pour le wi-fi et d’une co­lo­nie de la­pins. Il y a suf­fi­sam­ment de place pour la ca­ra­vane, une tente et une re­morque abri­tant « le ma­tos de pêche ». « On a aus­si deux fri­gos et deux congé­la­teurs », dé­taille Gé­gé. De quoi conser­ver les ki­los de bars et de lieus pê­chés à la traîne.

De­puis la fin des an­nées 1960, le dé­cor a bien chan­gé. « Dans le temps, il n’y avait pas de code, pas de bar­rière à l’en­trée, l’ac­cès était libre », se sou­vient Gé­rard, qui a croi­sé « 7 ou 8 gar­diens » dont « cer­tains sont morts ». « Le sable est mon­té. Avant, j e v o y a i s l a me r d e p u i s mo n auvent », ob­serve Lu­cette, 88 ans, la mère de Mo­nique, qui a dé­cou­vert ce pe­tit pa­ra­dis.

Au lieu d’en­glou­tir des for­tunes de­puis des dé­cen­nies dans leur do­maine ré­ser­vé, le couple au­rait pu ache­ter une ré­si­dence se­con­daire dans les en­vi­rons. « On est aus­si bien là ! Une mai­son, c’est des sou­cis », juge Mo­nique, ex-ma­nu­ten­tion­naire. « Et ça ne se­rait pas mar­rant, on ver­rait tou­jours la même chose. Au cam­ping, il y a des nou­veaux qui dé­barquent », ar­gu­mente son ma­ri. Il y a sur­tout les an­ciens, les vieux co­pains avec qui trin­quer chaque été, et qui donnent à cette oa­sis de gen­tillesse une « ex­cel­lente am­biance fa­mi­liale ».

Au cam­ping, ce coin est sur­nom­mé le village. « On a plus d’amis ici que chez nous. Même le maire vient faire la fête à nos cô­tés. Et on s’en­traide tous. Par exemple, on va don­ner un coup de main pour mon­ter l’auvent du voi­sin », re­cense Mo­nique. « Et quand il manque un ti­re­bou­chon, on frappe chez Gé­rard », se marre Mar­cel, re­trai­té d’An­gers qui s’im­pose « sys­té­ma­ti­que­ment une cure d’eau » avant de mettre le cap à l’ouest.

« Au dé­but, on ne connais­sait per­sonne. Le drame, c’est qu’au­jourd’hui, on connaît beau­coup trop de monde », s’es­claffe-t-il. Ici, lors­qu’on s’in­vite à « l’apé­ro dî­na­toire », on an­nonce sim­ple­ment : « Vous pas­sez ce soir à la mai­son ? » « On tombe par­fois en em­bus­cade », se mé­fie Ma­ryan­nick, sexa­gé­naire du golfe du Mor­bi­han qui, comme ses com­pères, craint que « les pics-verts tapent au car­reau », au­tre­ment dit la mi­graine le len­de­main de fies­ta.

Ce lun­di de juillet vers 18 heures, une quin­zaine de convives ont re­joint l’antre de Gé­gé et Mo­mo. A table, trois siècles de fi­dé­li­té à la Pointe. Mar­cel dé­boule avec son hu­mour et son breu­vage mai­son, le « ti­co » com­po­sé, entre autres, de rhum et de vin blanc sec. « Alors là, on est par­tis pour un bon mo­ment », com­mente Ma­ryan­nick, ac­com­pa­gnée, elle, de rhum ar­ran­gé. Sou­dain, le maître des lieux se lève et porte « un toast à l’ami­tié, à l’amour de tous ». Il n’est pas près de fi­ler à l’an­glaise. « Tant que nos jambes nous por­te­ront, nous re­vien­drons », jure-t-il.

« Je me suis dit : Tiens, on va se mettre là. On n’a plus ja­mais bou­gé. »

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