En­quête sur le dis­po­si­tif po­li­cier

AT­TEN­TAT DE NICE. Par sou­ci de trans­pa­rence et face aux po­lé­miques, le mi­nistre de l’In­té­rieur a confié une en­quête à l’IGPN, la po­lice des po­lices, sur le dis­po­si­tif de sé­cu­ri­té mis en place le 14 Juillet. Dé­cryp­tage.

Aujourd'hui en France - - TERRORISME - THIBAULT RAISSE

UN SIMPLE QUIPROQUO dans les termes em­ployés. Voi­là, au bout du compte, l’ori­gine de la po­lé­mique née hier après la une du jour­nal « Li­bé­ra­tion » sur le « men­songe » de Ber­nard Ca­ze­neuve à pro­pos du dis­po­si­tif de sé­cu­ri­té en­tou­rant les festivités du 14 Juillet à Nice. Le quo­ti­dien ex­po­sait une ap­pa­rente contra­dic­tion entre un com­mu­ni­qué de la pré­fec­ture pu­blié le 16 juillet et des té­moi­gnages et pho­tos re­cueillis par ses jour­na­listes. Le pre­mier met­tait en avant la sé­cu­ri­sa­tion de l’ac­cès à la pro­me­nade des An­glais par la po­lice na­tio­nale au mo­ment du drame. Les deuxièmes ré­vé­laient qu’à cet ins­tant seule la po­lice mu­ni­ci­pale était pos­tée à l’en­trée de l a z o n e . D’ o ù l e « men­songe » poin­té par le jour­nal.

Une ana­lyse du dis­po­si­tif pré­cis per­met de clore la contro­verse : le mi­nistre de l’In­té­rieur et le quo­ti­dien ne par­laient pas de la même chose. Car, en réa­li­té, il y avait deux points de contrôle. Ce­lui si­tué le plus en amont des festivités ser­vait à dé­vier la cir­cu­la­tion au­to­mo­bile, mar­quant du même coup le dé­but de la zone pié­tonne. Une voi­ture de po­lice na­tio­nale y sta­tion­nait jus­qu’à 21 heures, avant d’être rem­pla­cée par une pa­trouille de la po­lice mu­ni­ci­pale. L’autre, si­tué 400 m plus en aval, vi­sait à fil­trer l’ac­cès à la zone de ras­sem­ble­ment pro­pre­ment dite. Il était gar­dé par six po­li­ciers na­tio­naux, dont deux ont d’ailleurs fait feu sur le ca­mion fou.

Le mal­en­ten­du entre « Li­bé­ra­tion » et Ber­nard Ca­ze­neuve, qui a dé­non­cé dès hier ma­tin des « contre-vé­ri­tés », trouve ici sa source. Le jour­nal consi­dère le pre­mier bar­rage de dé­via­tion comme le point de dé­part du dis­po­si­tif de sé­cu­ri­té, et in­ter­prète donc l’ab­sence de po­li­ciers na­tio­naux comme une omis­sion cou­pable de la part du mi­nistre. Or, dans les com­mu­ni­qués of­fi­ciels comme dans les prises de pa­role pu­bliques, les ser­vices de l’Etat pre­naient jus­qu’ici comme point de ré­fé­rence le deuxième bar­rage, le seul des­ti­né à contrô­ler de fa­çon ef­fec­tive les vi­si­teurs. Une dif­fé­rence de points de vue qui ex­plique la po­lé­mique née hier.

Pour au­tant, d’autres zones d’ombre sub­sistent. La prin­ci­pale concerne l’ap­pa­rente fa­ci­li­té avec la­quelle le ca­mion de 19 tonnes a pu rou­ler dans les rues de la ville ce soir-là, un tel vé­hi­cule ne pou­vant cir­cu­ler en ver­tu d’un double ar­rê­té pré­fec­to­ral et mu­ni­ci­pal. Et d’au­cuns s’in­ter­rogent sur l’ab­sence de plots en bé­ton… Les ef­fec­tifs de la po­lice na­tio­nale posent éga­le­ment ques­tion. Le mi­nistre évo­quait jus­qu’ici 64 fonc­tion­naires sur zone, tan­dis que la pré­fec­ture an­non­çait hier 39 agents, aux­quels s’ajoutent les 6 po­li­ciers du deuxième bar­rage, soit 45 en tout. « Les 19 autres pa­trouillaient au­tour de la Pro­me­nade », jus­ti­fie-t-on dans l’en­tou­rage du mi­nistre.

Au-de­là, Ch­ris­tian Es­tro­si (voir ci­des­sous) tem­pête contre l’ab­sence de fouilles aléa­toires la nuit du drame. « De telles fouilles avaient été évo­quées mais ne fi­gu­raient pas dans le pro­to­cole », ré­pond un proche de Ber­nard Ca­ze­neuve. « La seule ques­tion qui vaille est celle-ci : ces fouilles au­raient-elles per­mis d’évi­ter la tra­gé­die ? La ré­ponse est non », tranche une source po­li­cière. L’IGPN doit re­mettre ses conclu­sions la se­maine pro­chaine.

Le jour­nal « Li­bé­ra­tion » et Ber­nard Ca­ze­neuve ne se ré­fèrent pas au même bar­rage

Nice (Alpes-Maritimes), le 14 juillet. Les po­lices mu­ni­ci­pale et na­tio­nale étaient toutes deux pré­sentes au mo­ment de l’at­taque, mais à des en­droits dif­fé­rents.

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