Les cal­culs de Ma­rine Le Pen

FRONT NA­TIO­NAL. Les at­ten­tats et le cli­mat ac­tuel de co­lère et de dé­fiance pro­fitent au par­ti d’ex­trême droite, qui en­re­gistre ces der­niers jours un pic d’adhé­sions.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Ma­rion Ma­ré­chal-Le Pen OLI­VIER BEAU­MONT

LE CHARME des va­cances en bord de mer, mal­gré le lourd cli­mat. Une se­maine après le ter­rible at­ten­tat de Nice, et alors que les po­lé­miques au­tour des failles de la sé­cu­ri­té battent leur plein, Ma­rine Le Pen a dé­jà pris ses quar­tiers d’été à La Tri­ni­té­sur-Mer (Mor­bi­han). « Vu le contexte, fran­che­ment, pas be­soin d’en ra­jou­ter. Au­tant s’éco­no­mi­ser pour la ren­trée, et sur­tout l’an­née à ve­nir », jus­ti­fie Jean-Lin La­ca­pelle, se­cré­taire na­tio­nal aux fé­dé­ra­tions, les yeux dé­jà ri­vés sur 2017.

Il est l’un des rares cadres en­core pré­sents dans les cou­loirs du Front, au siège de Nan­terre (Hauts-de-Seine). Tous, ou presque, sont dé­jà par­tis en va­cances !

Il faut dire que, entre une gauche cri­ti­quée pour sa ges­tion de la me­nace ter­ro­riste et une droite ac­cu­sée de jouer la sur­en­chère alors que les ef­fec­tifs de po­lice ont for­te­ment bais­sé sous le quin­quen­nat de Ni­co­las Sar­ko­zy, le par­ti le­pé­niste n’a pas beau­coup à faire pour ti­rer son épingle du jeu. « Une telle crise doit nous ame­ner à dire : Hol­lande, Valls, Ca­ze­neuve, Sar­ko­zy et consorts, plus ja­mais ça, plus ja­mais eux ! » a ex­hor­té sa­me­di der­nier la can­di­date à l’Ely­sée, bien dé­ci­dée à cap­ter cette co­lère à neuf mois de la pré­si­den­tielle. En pri­vé, elle reste éga­le­ment per­sua­dée que la cam­pagne se joue­ra, en plus des ques­tions liées à la sor­tie de l’Eu­ro (thème re­vi­go­ré par le Brexit), sur les thèmes de la crise mi­gra­toire et de l’is­lam ra­di­cal, aux­quels elle as­so­cie la me­nace ter­ro­riste. Au­tant de su­jets qui se­ront les mar­queurs forts de sa ren­trée po­li­tique, pré­vue le 3 sep­tembre à Bra­chay (Haute-Marne).

« On a le vent der­rière nous », ac­quiesce un membre du bu­reau po­li­tique. La preuve ? La vi­déo de sa con­fé­rence de presse, re­trans­mise sa­me­di sur le compte of­fi­ciel Fa­ce­book du Front na­tio­nal, a été vue par plus de 900 000 per­sonnes en une se­maine ! Contre une moyenne ha­bi­tuelle de 300 000. « C’est tout sim­ple­ment ahu­ris­sant », s’étonne lui-même La­ca­pelle, qui dit avoir en­re­gis­tré un pic d’adhé­sions lors des jours qui ont sui­vi le drame de Nice. Com­bien ? « Là-des­sus, on ne com­mu­nique pas », re­prend-il. Se­lon nos in­for­ma­tions, la ten­dance se­rait « de 40 % su­pé­rieure à la moyenne ha­bi­tuell e s ur une j our­née », re­prend un autre cadre, alors que le FN comp­ter a i t un t o t a l de 85 000 cartes ac­tuel­le­ment.

Une chose est sûre : par­tout, la même co­lère. Dans le Nord, fé­dé­ra­tion te­nue par Sé­bas­tien Che­nu, qui compte 3 000 en­car­tés, le nombre d’adhé­sions nou­velles a bon­di de 65 % en une se­maine : 32 cartes en­re­gis­trées et payées, contre 20 en moyenne, dont un an­cien po­li­cier na­guère adhé­rent aux Ré­pu­bli­cains (LR).

A Nice, l’ex-iden­ti­taire Phi­lippe Var­don, élu en dé­cembre conseiller ré­gio­nal FN en Pa­ca, dit avoir re­çu au ma­tin du 15 juillet « une cen­taine de com­men­taires de sou­tien et d’adhé­sions », rien que sur sa page Fa­ce­book. « Les Fran­çais ne sont plus dans la sé­quence marches blanches, bou­gies et pe­luches. Ils veulent qu’on agisse. Le pire, c’est le fa­ta­lisme de Ma­nuel Valls par rap­port à ce qui ar­rive », confie Ma­rion Ma­ré­chal-Le Pen, qui s’agace d’en­tendre dire que son par­ti souf­fle­rait sur les braises.

Mar­di ma­tin pourt a nt , a l o r s qu’une femme et ses trois filles étaient poi­gnar­dées par un Ma­ro­cain de 37 ans, la dé­pu­tée du Vau­cluse, comme le vice-pré­sident Flo­rian Phi­lip­pot et le se­cré­taire gé­né­ral Ni­co­las Bay, s’em­pres­sait de dé­non­cer fer­me­ment sur Twit­ter une « at­taque is­la­miste », alors même qu’au­cun ca­rac­tère re­li­gieux n’était dé­mon­tré par les en­quê­teurs. Le même jour, avec son ho­mo­logue Gil­bert Col­lard, elle pro­vo­quait une con­fé­rence de presse à l’As­sem­blée pour rap­pe­ler les me­sures pro­po­sées par le Front na­tio­nal contre le ter­ro­risme, avant d’en­chaî­ner le soir avec une longue in­ter­view sur le pla­teau de BFMTV… « Mais on ne va pas s’em­pê­cher de par­ler ! Le rôle du po­li­tique, c’est quand même de faire de la po­li­tique… d’au­tant que ces su­jets pè­se­ront sur la pro­chaine cam­pagne », argue-t-elle.

« Les Fran­çais ne sont plus dans la sé­quence marches blanches, bou­gies et pe­luches »

@oli­vier­beau­mont

La can­di­date à l’Ely­sée Ma­rine Le Pen est bien dé­ci­dée à cap­ter la co­lère des Fran­çais, à neuf mois de la pré­si­den­tielle.

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