Saint-Quen­tin ten­tée par le ré­flexe sé­cu­ri­taire

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Saint-Quen­tin (Aisne) De notre en­voyée spé­ciale Franck CA­MILLE MORDELET

LA PLACE de l’Hô­tel-de-Ville est pleine d’en­fants. Ils se roulent dans le sable spé­cia­le­ment im­por­té à l’oc­ca­sion du Pa­ris-Plage lo­cal. Les pa­rents les sur­veillent tout en dis­cu­tant entre eux. L’am­biance est dé­ten­due. Mais le sou­ve­nir de ce qui s’est pas­sé à Nice fait dis­pa­raître les sou­rires.

« Ça fait peur sur le coup, mais on n’y pense pas tout le temps, ra­conte Tif­fa­ny, si­non on ne vit plus. » La ving­taine et bien­tôt ma­man, cette coif­feuse vote FN de­puis « tou­jours ». Et la ré­cente tra­gé­die de Nice n’a fait que ren­for­cer sa convic­tion. « Ce qu’on at­tend de Ma­rine Le Pen, c’est qu’elle fasse le tri entre les bons et les mau­vais fran­çais », éructe son compagnon Vincent, sans tou­te­fois oser al­ler plus loin… Laurent, 53 ans et la barbe blanche par­fai­te­ment taillée, s’éponge ré­gu­liè­re­ment le front à cause de la cha­leur. Il avoue être d’ac­cord avec cer­taines pro­po­si­tions du FN, sur­tout celles con­cer­nant l’im­mi­gra­tion et la fin de la po­li­tique so­ciale ac­cor­dée aux étran­gers. Mais le vo­let sur la sé­cu­ri­té, ce cadre ban­caire n’y croit pas trop. « On ne va pas pla­cer un flic der­rière chaque per­sonne », as­sène-t-il. Il ajoute que Ma­rine Le Pen ne pour­rait de toute fa­çon pas ap­pli­quer la po­li­tique qu’elle sou­haite en la ma­tière, car « il y au­rait un fort mou­ve­ment d’op­po- si­tion contre elle ». Franck, son col­lègue, est d’ac­cord. Il ad­met se sen­tir re­la­ti­ve­ment en sé­cu­ri­té à SaintQuen­tin, car la ville n’est ni la ca­pi­tale du pays, ni mé­dia­tique comme Nice. Il rap­pelle aus­si que « des di­zaines de mu­sul­mans sont morts du­rant l’at­ten­tat ».

Après l’at­taque de Nice, une jeune mère de fa­mille af­firme com­prendre ce qu’elle ap­pelle « le ré­flexe sé­cu­ri­taire » qui pousse nombre de Fran­çais à se tour­ner vers le FN. Pour­tant, elle n’y adhère pas et ajoute que « ni le FN, ni la droite, ni la gauche n’ont de vraies so­lu­tions pour ar­ran­ger la si­tua­tion ».

« Des di­zaines de mu­sul­mans sont morts du­rant l’at­ten­tat »

Tra­vailleur pré­caire, Zou­haier Bouaz­zi se sent ob­ser­vé, scru­té. Le ra­cisme, il af­firme en être vic­time de­puis son ar­ri­vée dans la ville, il y a vingt ans. Mais le phé­no­mène, dit-il, s’est am­pli­fié de­puis les pre­miers at­ten­tats de 2015. « Vous voyez les ca­fés à cô­té de nous ? Quand vous ve­nez leur de­man­der du tra­vail, la pre­mière ques­tion qu’ils vous posent, c’est celle de vos ori­gines », confie-til, fa­ta­liste.

Saint-Quen­tin (Aisne), hier. Cer­tains ha­bi­tants ne cachent pas leur in­ten­tion de vo­ter Front na­tio­nal aux pro­chaines pré­si­den­tielles.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.