Les agro-in­dus­triels

ALI­MEN­TA­TION. Les géants de l’agroa­li­men­taire donnent de plus en plus d’in­for­ma­tions sur leurs pro­duits pour re­con­qué­rir des consom­ma­teurs échau­dés par les ré­cents scan­dales.

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Dos­sier réa­li­sé par BÉRANGÈRE LEPETIT

ADIEU, ÉPAISSISSANTS dans le sur­imi, OGM et an­ti­bio­tiques dans cer­tains jam­bons ! En France, une poi­gnée d’in­dus­triels jouent au­jourd’hui la carte de la trans­pa­rence et le font sa­voir, forts d’un nou­vel ar­gu­ment mar­ke­ting. Ain­si Fleu­ry Mi­chon, spé­cia­liste de la char­cu­te­rie et des plats cui­si­nés, en­gage-t-il ces temps-ci une pe­tite ré­vo­lu­tion dans ses cui­sines mais aus­si une opé­ra­tion vé­ri­té vis-à-vis du consom­ma­teur. Après avoir mo­di­fié en 2014 la re­cette de ses bâ­ton­nets de sur­imi (lire page 3), il ouvre cet été en Ven­dée ses usines de plats cui­si­nés au grand pu­blic* et vient de lan­cer une nou­velle gamme de jam­bon qui se veut plus res­pon­sable vis-à-vis des éle­veurs… et aus­si 15 % plus chère ! Cette trans­pa­rence im­plique de lâ­cher au pas­sage quelques in­for­ma­tions qui fâchent. « Oui, 30 % de notre jam­bon vient d’Al­le­magne ou d’Es­pagne, as­sume Da­vid Gar­bous, di­rec­teur du mar­ke­ting stra­té­gique chez Fleu­ry Mi­chon. Nous de­vons nous re­mettre en cause pour que cesse le food ba­shing (NDLR : la mise en cause par les mé­dias des pro­duits de l’in­dus­trie ali­men­taire). »

Cette po­li­tique de fran­chise à l’égard du consom­ma­teur est éga­le­ment à l’ordre du jour pour la marque les 2 Vaches, la fi­liale de yaourts et pro­duits l ai­tiers bio de Da­none, qui a mis en ligne (dans une ru­brique « sa­voir ce qu’on mange » de son site In­ter­net) l’en­semble des pays d’ori­gine de ses pro­duits, re­con­nais­sant au pas­sage que ses ce­rises pou­vaient ve­nir de Bul­ga­rie et son « bon lait bio » se pré­sen­ter sous forme de poudre. « On ne vous dit pas qu’on est par­faits, mais on vous dit ce qu’on fait », re­ven­dique la marque.

Faut-il y voir l’im­pact des scan­dales ali­men­taires ? De la crise agri­cole ? Du ras-le-bol des consom­ma­teurs ? Sans doute de tout ce­la à la fois. « Le cou­rant est amor­cé de­puis quelques an­nées aux Etats-Unis. Le consom­ma­teur mo­derne a le droit d’ache­ter en pleine conscience », re­lève Ch­ris­tophe Au­douin, PDG de l’en­tre­prise les 2 Vaches, qui pré­pare pour l’au­tomne 2016 un ma­ni­feste sur la trans­pa­rence dans l’in­dus­trie ali­men­taire. Ob­jec­tif ? Cla­ri­fier les éti­quettes. En­ga­ger le plus grand nombre d’in­dus­triels pour que cha­cun fasse son mea culpa et ac­cepte de don­ner la liste com­plète des in­gré­dients louches qui peuplent nos sau­cis­sons, plats pré­pa­rés et des­serts lac­tés. A l’ap­pui, le PDG cite le mou­ve­ment Just La­bel it (« éti­que­tez-le », en fran­çais), ani­mé de­puis 2011 aux Etats-Unis par plus de 400 as­so­cia­tions. Et qui a conduit cette an­née Camp­bell Soup et aus­si le géant Uni­le­ver (Amo­ra, Carte d’or, Mag­num, etc.) à in­di­quer la men­tion « in­gré­dients gé­né­ti­que­ment mo­di­fiés » sur ses em­bal­lages.

Créer un « éco­sys­tème d’en­tre­pre­neurs dé­si­reux de faire évo­luer les pra­tiques », tel est aus­si le sou­hait du di­rec­teur stra­té­gique de Fleu­ry Mi­chon, qui es­time que l’in­dus­trie su­bit au­jourd’hui les ef­fets col­la­té­raux d’an- nées de mau­vaises pra­tiques. « Dans les an­nées 1950, il fal­lait nour­rir le monde. Au­jourd’hui, on est en­trés dans l’ère du consom­ma­teur ci­toyen. »

Cer­tains ex­perts du sec­teur re­doutent tou­te­fois que cette trans­pa­rence af­fi­chée n’aille pas au-de­là d’une simple opé­ra­tion de mar­ke­ting. « Ce qui compte, ce sont toutes ces in­for­ma­tions qui n’ap­pa­raissent pas sur les éti­quettes, comme les modes de pro­duc­tion ou la ma­nière dont sont trai­tés et nour­ris les ani­maux », alerte Cé­line Hess-Halpern, avo­cate spé­cia­li­sée en droit de la san­té et au­teur du livre « Tout ce qu’on nous fait ava­ler » (Ed. Al­bin Mi­chel). Reste que l’at­tente du pu­blic, elle, est réelle. « Le consom­ma­teur veut au­jourd’hui man­ger des pro­duits sains, mar­tèle Steve Da­vid, au­teur du site sa­ti­rique Le­ner­vee.com sur l’agroa­li­men­taire. L’in­dus­tria­li­sa­tion à ou­trance et le cas­sou­let en boîte, c’est dé­pas­sé. »

Vraie trans­pa­rence ou coup de mar­ke­ting ?

* Sites de Mouille­ron-en-Pa­reds et Pou­zauge (Ven­dée). Vi­sites les 3, 17, 31 août, 14 et 28 sep­tembre. Ren­sei­gne­ments et ins­crip­tion au­près de l’of­fice de tou­risme du Pays de Pou­zauges au 02.51.91.82.46.

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