At­taque san­glante à Mu­nich

TUE­RIE. Une fu­sillade a écla­té hier en fin d’après-mi­di dans la ca­pi­tale de la Ba­vière, fai­sant au moins 8 morts. Un acte ter­ro­riste dont on igno­rait cette nuit les mo­ti­va­tions.

Aujourd'hui en France - - TERRORISME - GEOF­FROY TOMASOVITCH LOUISE COLCOMBET

LA PLUS GRANDE con­fu­sion ré­gnait hier soir à Mu­nich, dans le sud de l’Al­le­magne, où une fu­sillade a écla­té hier peu avant 18 heures au res­tau­rant Mc Do­nald’s d’un centre com­mer­cial de la ville, fai­sant au moins 8 morts et plu­sieurs bles­sés. La ca­pi­tale de la Ba­vière a été im­mé­dia­tem­ment bou­clée, la po­lice de­man­dant aux ha­bi­tants de res­ter chez eux et « d’évi­ter les lieux pu­blics », tan­dis qu’elle lan­çait une vaste chasse à l’homme afin de re­trou­ver le ou les au­teur des tirs.

En ef­fet, si dans un pre­mier temps, la po­lice lo­cale a évo­qué la pré­sence d’un seul homme, très vite, des té­moins ont rap­por­té avoir vu trois in­di­vi­dus mu­nis d’armes longues, dont l’un au moins se se­rait en­fui dans le mé­tro. Consé­quence : l’en­semble des trans­ports en com­mun — mé­tro, trams, bus, trains — ont été sus­pen­dus, tan­dis que la gare cen­trale était éva­cuée. Pa­ral­lè­le­ment, les clients des bars et res­tau­rants ont été cloî­trés au sein des éta­blis­se­ments, tan­dis que se ré­pan­dait, comme à Pa­ris le 13 no­vembre 2015 et à Nice le 14 juillet der­nier, un mou­ve­ment de so­li­da­ri­té pour ac­cueillir ceux qui ne pou­vaient ren­trer chez eux, grâce au has­thag #Of­fe­neTür (porte ou­verte).

Un pays im­pli­qué contre Daech

Etat de siège

Plu­sieurs té­moins ont éga­le­ment rap­por­té, sans que l’in­for­ma­tion ne s o i t o f f i c i e l l e ment c o n f i r mée, d’autres fu­sillades, dont l’une au mu­sée de la Chasse, en plein centre ville. Des ren­forts po­li­ciers, no­tam­ment des forces spé­ciales, ont conver­gé de­puis toute la Ba­vière et même de la ré­gion voi­sine du Bade-Wur­tem­berg pour faire face à ce que les au­to­ri­tés ont qua­li­fié de « si­tua­tion ter­ro­riste aigüe », les au­to­mo­bi­listes étant in­vi­tés à ne pas cir­cu­ler afin de lais­ser libres les au­to­routes et ain­si fa­ci­li­ter l’ar­ri­vée des ren­forts. Comme à Bruxelles en mars der­nier, les ha­bi­tants ont aus­si été som­més de ne pas dif­fu­ser de pho­tos ou de vi­déos des Alors qu’elle était lan­cée dans une traque pour ten­ter de neu­tra­li­ser le ou les au­teurs de la fu­sillade meur­trière de Mu­nich, la po­lice al­le­mande a évo­qué hier dès 20 h 30 un « acte ter­ro­riste ai­gu ». Sans en pré­ci­ser la na­ture : is­la­miste, ex­trême droite ou autres. « La plus grande pru­dence s’im­pose. Ce­la dit, l’Al­le­magne reste une cible pri­vi­lé­giée des ter­ro­ristes is­la­mistes », nous in­di­quait hier à 21 heures Jean-Charles Bri­sard, pré­sident du Centre d’ana­lyse du ter­ro­risme (CAT). Rap­pel, l’Al­le­magne fait par­tie de la coa­li­tion in­ter­na­tio­nale contre Daech à la­quelle elle ap­porte une as­sis­tance mi­li­taire. Si elle ne par­ti­cipe pas aux bom­bar­de­ments vi­sant les po­si­tions du groupe Etat is­la­mique, l’Al­le­magne est im­pli­quée dans la coa­li­tion (for­ma­tion de troupes kurdes, four­ni­ture d’ar­me­ments, dé­ploie­ment d’ap­pa­reils de re­con­nais­sance…).

Un pro­jet d’at­ten­tat à Düs­sel­dorf dé­joué dé­but juin

« Cet en­ga­ge­ment en fait donc une cible en Eu­rope pour les dji­ha­distes, au même titre que la France, la Gran­de­Bre­tagne ou la Bel­gique », confirme un autre ex­pert, avec la même ré­serve sur la na­ture du drame de Mu­nich. « De nom­breux pro­jets d’at­ten­tats en Al­le­magne ont été dé­joués, avec des ac­tions po­li­cières en cours, don­nant lieu à un dé­fer­le­ment de pho­tos de chats sur les ré­seaux so­ciaux, seule pointe de lé­gè­re­té dans cette soi­rée mar­quée par l’an­goisse et la peur.

Si le ca­rac­tère ter­ro­riste de cette at­taque sans pré­cé­dent jus­qu’ici en Al­le­magne ne fai­sait hier pas de doutes, « au­cun élé­ment » ne per­met­tait hier soir se­lon les au­to­ri­tés de l’at­tri­buer à la mou­vance is­la­miste. Certes, des comptes Fa­ce­book de plu­sieurs mé­dias connus pour sou­te­nir l’Etat ar­res­ta­tions et le dé­man­tè­le­ment de ré­seaux aux sché­mas opé­ra­tion­nels proches de ceux qui ont frap­pé à Bruxelles ou à Pa­ris », ajou­tait, tou­jours hier soir, Jean-Charles Bri­sard. Dé­but juin, un pro­jet d’at­ten­tat vi­sant le centre de Düs­sel­dorf a ain­si été dé­joué, im­pli­quant trois Sy­riens membres pré­su­més de Daech. « Un grand nombre d’Al­le­mands sont par­tis faire le dji­had en Irak et en Sy­rie, en­vi­ron 800, in­siste par ailleurs le pré­sident du CAT. Et ce pays se trouve confron­té au dan­ger des ren­trants. » Le té­moi­gnage de Har­ry Sar­fo, dji­ha­diste al­le­mand qui a pas­sé en­vi­ron trois mois en Sy­rie dans les rangs de Daech, illustre ce phé­no­mène. Fin dé­cembre 2015, cet homme de 27 ans, qui a été ar­rê­té à son re­tour et as­pi­rait au sta­tut de re­pen­ti, a no­tam­ment in­di­qué qu’on lui avait de­man­dé, ra­pi­de­ment après son ar­ri­vée en Sy­rie, s’il pour­rait per­pé­trer un at­ten­tat en Al­le­magne. Se­lon son té­moi­gnage, les cadres de Daech cher­che­raient sans cesse à re­cru­ter des dji­ha­distes eu­ro­péens pour les ren­voyer se­mer la ter­reur dans leur pays d’ori­gine. L’Al­le­magne est ré­gu­liè­re­ment me­na­cée. Mais hier soir, l’hy­po­thèse d’un acte dji­ha­diste n’était qu’une hy­po­thèse par­mi d’autres. is­la­mique se sont ré­jouis de la fu­sillade, et celle-ci in­ter­vient seule­ment quatre jours après une at­taque per­pé­trée au cou­teau et à la hache dans un train ré­gio­nal, dé­jà en Ba­vière, par un homme pré­sen­té comme un ré­fu­gié afghan de 17 ans et re­ven­di­quée par Daech.

Mais la pos­si­bi­li­té d’un acte com­mis par un ou des proches de la mou­vance néo­na­zie n’est pas ex­clue, cer­tains té­moins ayant rap­por­té avoir en­ten­du l’un des as­saillants hur­ler « Je suis al­le­mand, pu­tain d’étran­gers ! », et ce alors que cet at­ten­tat in­ter­vient cinq ans jour pour jour après la tue­rie me­née en Nor­vège par le ter­ro­riste d’ex­trême droite An­ders Beh­ring Brei­vik - une tue­rie qui avait fait 77 morts. En outre, des té­moi­gnages contra­dic­toires ont été rap­por­tés, cer­tains évo­quant des as­saillants de « type arabe », d’autres de « type eu­ro­péen ». Alors que les hô­pi­taux de mu­nich rap­pe­laient hier soir tous leurs mé­de­cins et in­fir­miers, s’at­ten­dant à ce que le bi­lan hu­main ne s’alour­disse, à 22h30, la po­lice n’avait tou­jours pas in­ter­pel­lé les as­saillants ni même clai­re­ment dé­ter­mi­né com­bien d’hommes se trou­vaient en fuite. le­pa­ri­sien.fr Fu­sillade meur­trière dans un centre com­mer­cial à Mu­nich

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