« Mon bé­bé, re­pose en paix »

NICE 14 JUILLET. Les pa­rents du pe­tit Ya­nis, une des 84 vic­times du ter­ro­riste au ca­mion, ont in­hu­mé, hier à Gre­noble, leur gar­çon de 4 ans et de­mi. De leur cô­té, les en­quê­teurs pro­gressent dans leurs in­ves­ti­ga­tions.

Aujourd'hui en France - - TERRORISME - Gre­noble (Isère) De notre cor­res­pon­dant Mi­ckael Co­viaux, le père de Ya­nis SERGE PUEYO

ILS ONT PER­DU leur fils dans des condi­tions abo­mi­nables mais, mal­gré leur dou­leur in­com­men­su­rable, ils ne veulent pas tom­ber dans la haine. Sa­mi­ra et Mi­ckael Co­viaux, les pa­rents de Ya­nis, 4 ans et de­mi, fau­ché par le ca­mion fou de Nice, ont fait preuve d’une di­gni­té exem­plaire lors des ob­sèques de leur en­fant, hier à Poi­sat (Isère), dans la ban­lieue de Gre­noble. Sa­mi­ra étant de confes­sion mu­sul­mane, c’est à la mos­quée du quar­tier Teis­seire, à Gre­noble, que le cer­cueil de Ya­nis a d’abord été ame­né. Un pe­tit cer­cueil blanc de­vant le­quel l’imam, Al­lal Ja­mad, les pa­rents, les proches de Ya­nis, mais aus­si les nom­breux fi­dèles pré­sents lors de la prière du ven­dre­di, se sont re­cueillis avec beau­coup d’émo­tion et de tris­tesse. Une cé­ré­mo­nie ryth­mée par des prières.

Le cor­tège s’est en­suite di­ri­gé vers le pe­tit ci­me­tière de Poi­sat dans le­quel se trouve un car­ré mu­sul­man. De­vant le cer­cueil de Ya­nis, l’imam Al­lal Ja­mad est le pre­mier à prendre la pa­role. Pour dire son in­com­pré­hen­sion face au geste fou et meur­trier du ter­ro­riste de Nice : « Soi-di­sant, il est mu­sul­man. Mais croyez- moi, mes frères, l’is­lam n’a rien à voir avec ça. Et les mu­sul­mans n’ont rien à voir avec ça. C’est pour ce­la que nous dou­tons de la re­li­gion de cette per­sonne. Nous sommes vrai­ment at- tris­tés par ce drame. C’est un mo­ment très dou­lou­reux. » L’imam sa­lue en­suite la pré­sence des proches de Mi­ckael Co­viaux qui ne sont pas mu­sul­mans. « Je tiens à re­mer­cier tous ces non-mu­sul­mans. Je com­prends leur double peine. La pre­mière, c’est de perdre un être cher. La se­conde, c’est d’ac­cep­ter de l’en­ter­rer ici alors que le tueur se pré­ten­dait mu­sul­man… C’est dur. Votre pré­sence ici est donc sym­bo­lique. J’ouvre la porte à des coeurs qui souffrent. Et je le ré­pète, l’is­lam et les mu­sul­mans sont in­no­cents », lance en­core Al­lal Ja­mad.

Voile noir sur la tête, lu­nettes noires pour ca­cher les larmes qui perlent sur son vi­sage, Sa­mi­ra ar­rive à trou­ver la force de pro­non­cer quelques mots de­vant la dé­pouille de son en­fant : « Mon fils est dé­cé­dé à 4 ans et de­mi. Il a vé­cu quatre ans et de­mi de bon­heur. Quatre ans et de­mi de joie. Je ne sou­haite pas que, de ces quatre ans et de­mi, il ne res­sorte que de la haine. Je sou­haite que la paix, la so­li­da­ri­té, la fra­ter­ni­té nous unissent tous. J’ai édu­qué mon fils à ne pas dé­tes­ter l’être hu­main. Je suis moi-même en couple avec quel­qu’un qui n’est pas croyant. On a avan­cé main dans la main. On a per­du notre fils main dans la main. Et on s’aime. On aime tout le monde. » Puis la ma­man de Ya­nis s’adresse di­rec­te­ment à son fils, vic­time in­no­cente de la folie de cer­tains hommes : « Mon bé­bé, re­pose en paix mon amour. On t’aime. »

Le pa­pa de l’en­fant, Mi­ckael Co­viaux, s’adresse à son tour à la foule : « Notre fils avait tou­jours le sou­rire aux lèvres. C’est dur de vous de­man­der ça au­jourd’hui, mais je vou­drais que vous ar­ri­viez à gar­der le sou­rire pour lui, mal­gré votre cha­grin. » Des ap­plau­dis­se­ments re­ten­tissent. Ya­nis est en­suite in­hu­mé dans le car­ré mu­sul­man du ci­me­tière de Poi­sat. La cé­ré­mo­nie ter­mi­née, Mi­ckael ex­plique : « Après ce qui est ar­ri­vé à Nice, nous ne pou­vons plus res­ter dans cette ville. Ma femme ne le sup­por­te­rait pas. Nous avons donc dé­ci­dé de re­ve­nir vivre dans la ré­gion gre­no­bloise que nous avions quit­tée il y a trois ans. C’est pour ce­la que nous avons en­ter­ré Ya­nis ici. Pour qu’il soit près de nous dé­sor­mais. Ya­ni s s e r a t o uj o ur s dans nos coeurs. L’amour se­ra plus fort que la haine qui a em­por­té notre fils. »

« C’est dur de vous de­man­der ça au­jourd’hui, mais je vou­drais que vous ar­ri­viez à gar­der le sou­rire pour lui, mal­gré votre cha­grin »

Poi­sat (Isère), hier. C’est dans le car­ré mu­sul­man du ci­me­tière de cette ville, si­tuée en ban­lieue gre­no­bloise, qu’a été en­ter­ré le pe­tit cer­cueil blanc de Ya­nis.

Ori­gi­naire de Gre­noble, Ya­nis Co­viaux avait 4 ans et de­mi.

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