La Manche en sous-ma­rin à pé­dales

AVEN­TURE. 250 km à la force du mol­let, à 80 voire 100 m de pro­fon­deur. C’est le dé­fi, pré­vu pour du­rer une se­maine, de deux in­gé­nieurs qui vont re­lier Ply­mouth à Saint-Ma­lo. Claus­tro­phobes s’abs­te­nir !

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - Mi­chael de La­garde VINCENT MONGAILLARD

POUR CHAN­GER, eux ne vont pas na­ger, ni ra­mer, ni vo­ler pour tra­ver­ser la Manche mais… pé­da­ler sous l’eau. Deux in­gé­nieurs-ba­rou­deurs, Mi­chael de La­garde, 35 ans, et An­toine De­la­fargue, 34 ans, an­ciens co­pains de pro­mo à Po­ly­tech­nique, s’élan­ce­ront le 5 août à la conquête de cette mer à bord d’un mi­ni-sous­ma­rin à pro­pul­sion hu­maine. Entre Ply­mouth (An­gle­terre) et Saint-Ma­lo (Ille-et-Vi­laine), soit une dis­tance de 250 km, le duo pé­da­le­ra du­rant une se­maine à rai­son de dix-huit heures d’ef­forts par jour. Tout ça à la vi­tesse d’un ran­don­neur sa­cré­ment épui­sé, au­tour de 4 km/h en moyenne ! S’il par­vient à bra­ver les cou­rants forts et re­joindre les côtes hexa­go­nales, ce se­ra une pre­mière dans l’his­toire dé­jà riche d’ex­ploits des pas­sages du Chan­nel (lire ci-contre).

Fers de lance du pro­jet bap­ti­sé Pois­son Pi­lote, ces fon­ceurs qui ont la tête et les jambes flir­te­ront avec le fond de la Manche en au­to­no­mie com­plète sans re­mon­ter à la sur­face, jus­qu’à l’ar­ri­vée. « Au plus pro­fond, on se­ra à 100 m. Mais la plu­part du temps, on avan­ce­ra au-des­sus de 80 m », pré­cise Mi­chael de La­garde, pa­tron de l’en­tre­prise De­lair-Tech, un des leadeurs mon­diaux du drone pro­fes­sion­nel et spon­sor prin­ci­pal de cette aven­ture. Son ca­ma­rade d’épo­pée qui, comme lui, a été com­man­do dans la ma­rine na­tio­nale pen­dant son ser­vice mi­li­taire, di­rige un ser­vice en pé­tro­phy­sique au sein d’une mul­ti­na­tio­nale. Grâce à un sys­tème de re­cy­clage d’air cap­tant no­tam­ment le CO2 émis par la res­pi­ra­tion et quatre bou­teilles d’oxy­gène, les sous-ma­ri­niers ne man­que­ront pas de souffle. Ce qu’il leur man­que­ra, en re­vanche, c’est de l’es­pace dans leur coque en acier de moins de 2 m3. Un cy­lindre de 80 cm de dia­mètre pour 2,5 m de lon­gueur. « Ner­veu­se­ment, il fau­dra te­nir le coup », concède Mi­chael. En mode pi­lo­tage, l’une des deux têtes de­vra s’encastrer dans le hu­blot ! Heu­reu­se­ment, nos for­çats des abysses ne souffrent pas de c l a us t r o pho­bi e . Bien au contraire, ce sont des fans de spé­léo­lo­gie.

Pour dor­mir, le confort s’an­nonce spar­tiate. « Au dé­part, on avait pré­vu une cou­chette sous forme de ha­mac, mais on l’a re­ti­rée car elle pre­nait trop de place. On a op­té fi­na­le­ment pour une chaise que l’on peut mettre en po­si­tion al­lon­gée », dé­crit le chef d’en­tre­prise, se­rein.

Les deux potes sont af­fû­tés, par­fai­te­ment pré­pa­rés. Ces der­niers mois, ils se sont mus­clé les jambes au gui­don d’un vé­lo ou à bord d’un kayak à pé­dales. Dans l’ha­bi­tacle, pres­su­ri­sé, leurs dé­penses ca­lo­riques cor­res­pon­dront quo­ti­dien­ne­ment à celles d’un ma­ra­thon. Au me­nu, des barres de cé­réales, des amandes mais aus­si des plats cui­si­nés, à l’ins­tar de la blan­quette de veau à dé­gus­ter… froide ! « Car l’éner­gie à bord est comp­tée. Nos bat­te­ries ser­vi­ront à l’ins­tru­men­ta­tion. Nos car­touches chauf­fe­rettes nous per­met­tront seule­ment d’avoir un ca­fé chaud par jour », sou­ligne-til. Pour les be­soins na­tu­rels, un sys­tème de poche re­liée à un tuyau, le même que ce­lui des cos­mo­nautes, se­ra d’une grande uti­li­té.

Le dé­fi n’est pas seule­ment hu­main, il est aus­si scien­ti­fique. Equi­pé d’une ca­mé­ra poin­tant vers l e bas, l’en­gin ex­plo­rant sans bruit im­mor­ta­li­se­ra ain­si la faune et la flore sous un angle nou­veau, tout au fond de la Manche, en col­la­bo­ra­tion avec la Mai­son des océans de Pa­ris et le Mu­sée océa­no­gra­phique de Mo­na­co. Deux ba­teaux sui­veurs « tra­ce­ront » en di­rect l’équi­page de cet op­ni (ob­jet plon­geant non iden­ti­fié) en temps réel grâce à un émet­teur pou­vant le pré­ve­nir du tra­fic ma­ri­time. « Mais le dan­ger avec les ba­teaux n’existe que si on de­vait émer­ger ! Le plus grand risque, c’est plu­tôt les cha­luts aban­don­nés, ces fi­lets de pêche à la dé­rive dans les­quels on pour­rait s’em­mê­ler », re­doute-t-il.

« Nos car­touches chauf­fe­rettes nous per­met­tront seule­ment d’avoir un ca­fé chaud par jour »

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