Et si, cet été, on ap­pre­nait les gestes qui sauvent…

PRÉ­VEN­TION. Une se­maine après l’at­ten­tat de Nice, des va­can­ciers — des adultes mais aus­si des en­fants — ont dé­lais­sé la plage quelques heures pour se for­mer.

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - La Cio­tat (Bouches-du-Rhône) De nos en­voyés spé­ciaux Ilo­na, 11 ans CH­RIS­TINE MATEUS HÉ­LÈNE DAUSCHY

COMME N’IM­PORTE quelle per­sonne ve­nue se for­mer aux gestes de pre­miers se­cours, elles sont pen­chées, l’air stu­dieux, sur un man­ne­quin, en train de lui faire un mas­sage car­diaque. Sauf que, face à elles, c’est la mer et leurs tee-shirts laissent par­fois échap­per une bre­telle de maillot de bain. Les tongs aux pieds ba­laient les der­niers doutes : ces gens-là sont en va­cances. Hier, à La Cio­tat, c’était la pre­mière étape de la Ca­ra­vane d’été de la Croix-Rouge qui sillon­ne­ra huit autres villes* jus­qu’au 20 août pour sen­si­bi­li­ser aux gestes qui sauv e nt . Tout e l a j o ur né e d ’ hi e r , elle était ins­tal­lée sur l’es­pla­nade Lan­glois, près des plages.

« La Cio­tat était une étape pré­vue de longue date, bien avant l’at­ten­tat de Nice, pré­cise-t-on au siège de la Croix-Rouge à Pa­ris. Il est cer­tain que nous in­ter­ve­nons dans une zone qui a été cruel­le­ment tou­chée. » La tue­rie du 14 Juillet a-t-elle eu un ef­fet pour que ces va­can­ciers quittent leur pa­ra­sol le temps d’une ini­tia­tion ? Savent-ils seule­ment que le pro­jet Adop­tons les com­por­te­ments qui sauvent, por­té par la Croix-Rouge, les sa­peurs-pom­piers de France et la Pro­tec­tion ci­vile, a été dé­cla­ré en mai grande cause na­tio­nale 2016 par le gou­ver­ne­ment ?

So­phie, une in­fir­mière de La Cio­tat, en va­cances dans sa ville, s’est ins­crite. « De par ma pro­fes­sion, je suis dé­jà for­mée, bien sûr. Mais ce­la in­té­res­sait ma grande fille de 11 ans. Je l’ai donc ac­com­pa­gnée, ain­si qu’une amie ins­ti­tu­trice ve­nue avec ses deux en­fants. Avec tout ce qui se passe en ce mo­ment, ce n’est pas plus mal qu’ils soient sen­si­bi­li­sés à ces gestes et sur­tout qu’ils ap­prennent à re­pé­rer le dan­ger. » Ilo­na, sa fille, ajoute : « Je sa­vais dé­jà faire la po­si­tion la­té­rale de sé­cu­ri­té que j’ai ap­prise à l’école, ain­si que les nu­mé­ros d’ur­gence, mais pas le mas­sage car­diaque. Main­te­nant je peux ai­der quel­qu’un. »

« Ça ras­sure de voir tous ces jeunes, souffle Ana, de Bor­deaux. On se dit que tout n’est pas per­du mal­gré cette vio­lence, qu’il y a en­core de l’hu­main. De bonnes pe­tites graines en somme… » Yo­lan­da, 72 ans, de Mar­seille, vien­dra suivre cette ini­tia­tion di­manche, c’est pro­mis. « Ces gestes, je les ai ap­pris il y a fort long­temps. Des choses ont dû chan­ger, il faut ac­tua­li­ser. Je crois que, mainte- nant, on peut ap­prendre à faire des gar­rots, ce n’était pas le cas de mon temps. » Elle a rai­son, c’est une des nou­veau­tés de l’édi­tion 2016, à la suite du re­tour d’ex­pé­rience après les at­ten­tats. Les va­cances sont-elles le bon mo­ment ? Joël, bé­né­vole à la Croix-Rouge, as­sure que cette pé­riode es­ti­vale n’est en rien un frein. « En al­lant à la plage, les fa­milles nous voient, s’ar­rêtent et res­tent. »

« Main­te­nant je peux ai­der quel­qu’un » Les CRS mo­bi­li­sés jus­qu’à fin août

* La Cio­tat jus­qu’à di­manche. Puis Metz (30 juillet), Bor­deaux (30 et 31 juillet), Di­nard (3 et 4 août), Sa­vi­gny-le-Temple (6 août), Ill­kirch-Graf­fens­ta­den (7 et 20 août), Ro­que­brun (11 août), La Sal­ve­tat­sur-Agout (12 août), Ces­se­non-surOrb (18 août). C’est une dé­ci­sion que les syn­di­cats de po­lice at­ten­daient. Le mi­nis­tère de l’In­té­rieur pro­lon­ge­ra fi­na­le­ment la pré­sence des 297 maîtres na­geurs sau­ve­teurs-CRS (MNS-CRS), qui veillent à la sé­cu­ri­té des per­sonnes sur 64 plages, jus­qu’au 29 août au lieu du 22 août. « C’est ce que nous de­man­dions de­puis oc­tobre 2015, se sa­tis­fait Eric Jans­sens, du syn­di­cat Uni­té SGP-Po­lice-FO. On va cou­vrir une sai­son presque nor­male sur la fin. » Jus­qu’à pré­sent, les MNS-CRS étaient pré­sents sur les plages du­rant toutes les va­cances sco­laires. Mais l’Eu­ro de football et l’état d’ur­gence avaient conduit les au­to­ri­tés à ré­duire leur pré­sence sur les plages de l’ordre d’un mois. Cette nou­velle dé­ci­sion a été mo­ti­vée par l’at­ten­tat de Nice, « où l’on s’est ren­du compte que la po­pu­la­tion sur les plages était de­ve­nue une cible », ajoute Eric Jans­sens. Seul bé­mol : il n’y au­ra au­cun MNS-CRS mo­bi­li­sé sur les plages de Cannes, la plus grosse sta­tion des Al­pesMa­ri­times. « La mu­ni­ci­pa­li­té en at­ten­dait 9, mais le pré­fet n’a vrai­sem­bla­ble­ment pas fait re­mon­ter les be­soins de la ville au mi­nis­tère de l’In­té­rieur, qui gère les af­fec­ta­tions », avance le syn­di­ca­liste.

La Cio­tat (Bouches-du-Rhône), hier. Près des plages, les bé­né­voles de la Ca­ra­vane d’été iti­né­rante de la Croix-Rouge ap­prennent les gestes de pre­miers se­cours aux va­can­ciers.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.