Bar­det de cu­lot et de ta­lent

Le cou­reur fran­çais a rem­por­té avec pa­nache la pre­mière vic­toire tri­co­lore cette an­née. Au gé­né­ral, Ro­main Bar­det est deuxième der­rière Froome, en dif­fi­cul­té après sa chute.

Aujourd'hui en France - - SPORTS - Saint-Ger­vais Mont-Blanc (Haute-Sa­voie) De nos en­voyés spé­ciaux LIONEL CHAMI

GRÂCE À RO­MAIN Bar­det, le jour de gloire est en­fin ar­ri­vé. Et il y a fort à pa­rier qu’il se pro­lon­ge­ra jus­qu’à de­main soir sur le po­dium des Champs-Ely­sées. L’his­toire re­tien­dra que ce jour fa­meux a été plu­vieux en vue de l’ar­ri­vée. Que nombre des fa­vo­ris sont al­lés au ta­pis : Porte, Froome et Mol­le­ma… Et que tous grou­pés, mal­gré leurs ef­forts dans la der­nière as­cen­sion, ils n’ont pas pu em­pê­cher la vic­toire du Fran­çais en so­li­taire. « So­li­taire » n’est d’ailleurs pas le mot ap­pro­prié. Ce triomphe, un an après sa pre­mière vic­toire d’étape à Saint-Jean-de-Mau­rienne pen­dant l’édi­tion 2015, l’Au­ver­gnat n’a pas tar­dé à le par­ta­ger avec Mi­kaël Ché­rel, son équi­pier et ami proche. « Mes plus belles émo­tions sur le vé­lo sont comme ça, a ex­pli­qué Ro­main. Une pen­sée m’a tra­ver­sé, et j’ai su que c’était le mo­ment. Mi­ckaël m’a mis la puce à l’oreille. On est sou­mis à beau­coup de pres­sion et on a be­soin de ca­pi­taines comme Mi­kaël ou Sa­muel ( Du­mou­lin) qui prennent par­fois les dé­ci­sions à notre place. J’ai su tout de suite que c’était une bonne idée. »

Le vé­lo à l’ins­tinct

En vue du som­met de la côte de Do­man­cy, Ché­rel a pris les de­vants et a in­vi­té son ami a lui em­boî­ter le pas, mal­gré l’averse. « Mi­ka a fait un truc de fou et m’a pro­pul­sé, re­prend Bar­det. Juste avant la der­nière des­cente, il m’a dit Viens, on la fait à fond et on ver­ra bien. Je lui ai dit : T’es mes yeux, je te fais toute confiance… Je n’ai fait au­cun ef­fort. On a réus­si à faire un trou, et je suis re­ve­nu sur Cos­ta. On n’est sûrs de rien, on joue les coups à fond. C’est beau, c’est le vé­lo à l’ins­tinct. »

Ce chantre de l’of­fen­sive et du vé­lo ro­man­tique, c’est bien Ro­main Bar­det. Un gar­çon très ré­ser­vé au pre­mier abord. A la voix té­nue et aux mots pe­sés. Un jeune homme frêle, connu aus­si pour avoir la tête plus que bien f aite. Né voi­là vingt­cinq ans de Ch­ris­tine, in­fir­mière li­bé­rale, et de Phi­lippe, ins­ti­tu­teur, non loin de Brioude (Can­tal), le pe­tit Ro­main brille en sport comme à l’école. Bien qu’orien­té vers les fi­lières d’ex­cel­lence spor­tive, Bar­det n’en dé­croche pas moins son bac S, ra­tant tou­te­fois l a men­tion bien pour 1/10e de point… De re­tour de Rio, il re­pren­dra le che­min du club de rug­by de Top 14 Cler­mont où il ef­fec­tue en poin­tillé son stage, en vue de va­li­der le di­plôme de l’école su­pé­rieure de ma­na­ge­ment de Gre­noble qu’il mène de front avec sa car­rière. Tou­te­fois, Ro­main ne se laisse pas col­ler l’éti­quette un peu fa­cile du cou­reur in­tel­lo. Si né­ces­saire, il fait ré­fé­rence à Li­sa, sa ca­dette de six ans, 19,44 de moyenne au bac… Em­ployée sur le Tour ces deux der­nières an­nées, Li­sa lui ap­por­tait de vrais mo­ments de ré­con­fort. Mais, étu­diante à Sciences-po, elle sé­journe cette an­née aux Etats-Unis.

Tou­jours un livre sous le bras

Et puis, Bar­det a gran­di, comme il ne cesse de le sou­li­gner. Fi­ni le temps où il avouait que le par­tage du lea­der­ship avec Jean-Ch­ris­tophe Pé­raud lui en­le­vait la moi­tié de la pres­sion in­hé­rente à une telle course. Touj o ur s un l i v r e sous le bras lors des longs tra­jets, Bar­det a pour ou­vrage fa­vo­ri « la Conj ur a t i o n des i mbé­ci - l e s » , r oman dont le per­son­nage prin­ci­pal est un jeune an­ti-confor­miste obèse dans l’Amé­rique des an­nées 1960. Ro­main par­tage sa vie avec Aman­dine, étu­diante en lettres mo­dernes, qui gère un blog consa­cré à des re­cettes de cui­sine.

Le plai­sir et l’ef­fort, deux no­tions in­dis­so­ciables chez lui. Hier, dans l’ul­time as­cen­sion, cou­pé de toute in­for­ma­tion, il n’a pas com­plè­te­ment sa­cri­fié son bon­heur à creu­ser les écarts : « J’avais le sen­ti­ment de m’amu­ser avec mon vé­lo dans les pour­cen­tages, l’im­pres­sion d’avoir le vent dans le dos avec tout ce pu­blic. Par­tout où je po­sais mon re­gard, je voyais beau­coup d’émo­tion chez les spec­ta­teurs. Ça m’a trans­cen­dé. Je me suis pin­cé pour me dire que j’étais en tête d’une étape du Tour. J’étais au bout de l’ef­fort et j’ai vou­lu pro­fi­ter de cette fer­veur un pe­tit peu. Je vou­lais juste sor­tir des cal­culs et faire place aux émo­tions. L’hu­main en a be­soin pour sur­vivre sur ce Tour. » C’était son jour de gloire, et comme il a eu rai­son d’en pro­fi­ter.

Il dis­pute son 4e Tour : 15e en 2013, 6e en 2014 et 9e en 2015. A deux jours de l’ar­ri­vée à Pa­ris, il est 2e der­rière Ch­ris Froome.

Il a rem­por­té, hier, à SaintGer­vais sa 2e étape sur le Tour après celle de Saint-Jean-de-Mau­rienne l’an der­nier.

Saint-Ger­vais Mont-Blanc (Haute-Sa­voie), hier. Ro­main Bar­det a fait coup double : vic­toire d’étape et la deuxième place au gé­né­ral qu’il fau­dra dé­fendre à tout prix au­jourd’hui pour ter­mi­ner sur le po­dium aux Champs-Ely­sées.

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