Pre­nez vos ar­doises

Aujourd'hui en France - - VOTRE SOIRÉE TÉLÉVISION - Tra­vas­sac, (Cor­rèze) De nos en­voyés spé­ciaux Textes : Pho­tos et vi­déo : YANN FOREIX ÉRIC BU­REAU

DE LA ROUTE qui serpente au mi­lieu des fo­rêts de châ­tai­gniers, im­pos­sible d’ima­gi­ner le spec­tacle qui nous at­tend à Tra­vas­sac, bourg de 160 ha­bi­tants, près de Donzenac. De ver­ti­gi­neuses failles grim­pant jus­qu’à 60 m de hau­teur et plon­geant à 140 m sous nos pieds. Les pans de Tra­vas­sac et leurs géants de pierre sont méconnus, y com­pris en Li­mou­sin.

Cette car­rière d’ar­doise à ciel ou­vert est pour­tant unique en France. C’est l’une des deux der­nières en ac­ti­vi­té — avec Ba­gnères-de-Bi­gorre, dans les Py­ré­nées — et la seule qui se vi­site. Grâce à la vo­lon­té d’un en­fant du pays, Jean-Fran­çois Bu­geat, 55 ans, qui a dé­ci­dé en 1989 de re­prendre ce site et de l’ou­vrir au pu­blic en 1997. « Je suis is­su d’une fa­mille d’ar­doi­siers de père en fils, de­puis 1802, ra­conte-t-il. Je ne pou­vais pas bri­ser le fil. » Tra­vas­sac et l’ar­doise, c’est cinq siècles d’his­toire. « Toutes les mai­sons des en­vi­rons en sont construites et re­cou­vertes, pour­suit Jean-Fran­çois Bu­geat. Au dé­but du XXe siècle, il y a eu jus­qu’à 200 ar­doi­siers dans cette car­rière et plus de 500 dans celle d’Allassac, près d’ici. Et puis l’ac­ti­vi­té s’est ré­duite après les an­nées 1950, avec l’ar­ri­vée de nou­velles tuiles, du fi­bro­ci­ment… Elle a failli fer­mer, mon père y a tra­vaillé seul pen­dant quinze ans. J’ai re­pris lors­qu’il est par­ti à la re­traite, pour ne pas perdre ce sa­voir-faire an­ces­tral et parce que j’aime cette ac­ti­vi­té. Mais je suis res­té trois ans seul. Et as­sis par terre, avec un mar­teau et un bu­rin, c’était dur phy­si­que­ment. »

Ex­trac­tion à la poudre noire

L’ac­ti­vi­té d’ar­doi­sier se fait en deux temps. Il y a d’abord le fo­rage et l’ex­trac­tion par ex­plo­sion. « Avec de la poudre noire, comme la poudre à ca­non, pré­cise Jean-Fran­çois Bu­geat. La dy­na­mite est trop puis­sante et dé­trui­rait les blocs, alors qu’il faut juste les dé­ta­cher de la pa­roi. »

Il y a en­suite le tra­vail de l’ar­doise pro­pre­ment dit, en trois temps : le re­billage, le cli­vage et la taille. C’est Jean-Jacques, un des dix ar­doi­siers de Tra­vas­sac, qui fait la dé­mons­tra­tion. « Le tra­vail et les ou­tils n’ont pas chan­gé, dit-il en mon­trant un mar­teau et trois pe­tits bu­rins. L’ar­doise de Tra­vas­sac est trop ca­pri­cieuse pour que le tra­vail soit mé­ca­ni­sé. » Haut de gamme, c’est elle qui ha­bille les toits du MontSaint-Mi­chel. « Il faut comp­ter 180 €/m2, pose com­prise, pré­cise Jean-Jacques. Mais c’est un bon rap­port qua­li­té/prix. Elle ré­siste entre 250 et 300 ans. » @Eric_Bu­reau @yannfo­reix Ou­vert tous les jours en juillet et août, de 10 h 30 à 11 h 30 et de 14 h 30 à 17 h 30. En­trée : 8 € (adultes) ; 5 € (de 8 à 18 ans).

Tra­vas­sac (Cor­rèze), hier. La car­rière à ciel ou­vert, qui offre un spec­tacle ver­ti­gi­neux, est l’une des deux der­nières en ac­ti­vi­té en France.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.