Van Gogh rentre à la Mai­son jaune

La Fon­da­tion Van Gogh à Arles pré­sente pour la pre­mière fois une tren­taine de ta­bleaux du gé­nie de la cou­leur, réa­li­sés éa­li­sés dans la ré­gion. L’unL un de ses hé­ri­tiers as­sis­tait àlà l’inau­gu­ra­tion.

Aujourd'hui en France - - VOTRE SOIRÉE TÉLÉVISION - YVES JAEGLÉ

UNE EX­PO­SI­TION de 31 ta­bleaux, c’est peu. Trop peu même, en temps nor­mal. Mais rien n’est nor­mal avec Van Gogh : 31 pein­tures de lui ex­po­sées d’un coup à Arles, là même où elles ont été réa­li­sées, c’est énorme, rare, et suf­fi­sant pour dé­pla­cer les foules. La Fon­da­tion Vincent Van Gogh, ini­tiée en 2014 et pré­si­dée par Ma­ja Hoff­mann, ri­chis­sime hé­ri­tière suisse ins­tal­lée dans la ré­gion, pas­sion­née d’art qui in­ves­tit sans comp­ter — une tour de l’ar­chi­tecte Frank Geh­ry est en construc­tion pour ac­cueillir de l’art contem­po­rain —, a les moyens de ses am­bi­tions : trois ex­po­si­tions Van Gogh en trois ans, une tri­lo­gie dont ce der­nier opus s’af­firme le plus am­bi­tieux. Après les des­sins en 2015, ce sont les pein­tures — prê­tées par le Van Gogh Mu­seum d’Am­ster­dam et le Kröl­lerMül­ler Mu­seum d’Ot­ter­lo —, avec plu­sieurs au­to­por­traits et des pay­sages peints dans les en­vi­rons par l’ar­tiste entre 1888 et 1890, jus­qu’à sa mort à 37 ans.

On ou­blie sou­vent que l’on parle ici d’un jeune homme. Willem Van Gogh, l’un des hé­ri­tiers du peintre, des­cen­dant de son frère Théo, et pur so­sie de Vincent, ex­pli­quait lors du ver­nis­sage de l’ex­po­si­tion, mi-mai, à quel point la Pro­vence a fa­çon­né le gé­nie, dans sa pein­ture et dans sa vie : « C’est à Arles qu’il s’est trou­vé lui-même. La Mai­son jaune, de­ve­nue si cé­lèbre dans son ta­bleau, fi­gu­rez-vous que c’est la pre­mière fois qu’il louait quelque chose par lui-même. Sa pre­mière mai­son ! Avant, en Hol­lande puis à Pa­ris, ce sont les pa­rents, puis son frère Théo, qui s’oc­cu­paient de tout pour lui. Il a été heu­reux ici, il s’y est dé­ve­lop­pé comme ar­tiste. C’est ici qu’il réa­lise les Tour­ne­sols. »

Fou de joie

On pense à Van Gogh le fou, l’homme à l’oreille cou­pée, à sa dis­pute tra­gique avec Gau­guin dans cette fa­meuse Mai­son jaune d’Arles, à son in­ter­ne­ment à Saint-Ré­my-de-Pro­vence, mais il y a d’abord Vincent l’éman­ci­pé, fou de joie plu­tôt, en­ivré d’iris dans les champs, qui peint les brins d’herbe comme un su­jet en soi, à coups de pe­tites touches fré­né­tiques. On le voit chan­ger à la vi­tesse du so­leil qui brûle tout, dans deux au­to­por­traits. Le pre­mier, de belle fac­ture clas­sique, ne res­semble pas à un Van Gogh. Il se voit en pa­triarche, avec une pipe, sûr de lui. Le se­cond ne cherche plus à lais­ser d’autre im­pres­sion que l’en­va­his­se­ment mer­veilleux de la cou­leur, du rythme, de ses touches ré­pé­tées. L’ar­tiste peint aus­si l’épui­se­ment, la dou­leur des ou­vriers, des sai­son­niers, des es­seu­lés, dans le bou­le­ver­sant « Vieillard pleu­rant », as­sis sur la même chaise que celle de l’ar­tiste, réa­li­sé en mai 1890 à Saint-Ré­my-de-Pro­vence. Le 20 mai, il quitte son asile pour Au­vers­sur-Oise, où le doc­teur Ga­chet pro­met de s’oc­cu­per de lui. Jus­qu’à son sui­cide, le 29 juillet. Loin de la Pro­vence.

jus­qu’au 11 sep­tembre à la Fon­da­tion Vincent Van Gogh à Arles (Bou­ches­du-Rhône). De 11 heures à 19 heures. De 4 à 9 €. www.fon­da­tion­vin­cent­van­gogh-arles.org. Vincent Van Gogh, né en 1853 aux Pays-Bas, em­ployé dans une so­cié­té de né­goce, puis pré­di­ca­teur au­près des mi­neurs en Bel­gique, ne de­vient peintre qu’à 27 ans. A Pa­ris, il dé­couvre l’im­pres­sion­nisme et l’es­tampe ja­po­naise. Il s’ins­talle à Arles en fé­vrier 1888, at­ti­ré par la lu­mière. Du­rant les 444 jours pas­sés en Pro­vence, il pro­duit plus de 300 ta­bleaux et en­vi­ron 200 des­sins. Deux ans après, il part à Au­vers-sur-Oise où il peint ses der­niers ta­bleaux. Il se tire une balle de re­vol­ver le 27 juillet 1890, à 37 ans, lais­sant 2 000 pein­tures en dix ans.

« Champ d’iris près d’Arles », huile sur toile de Vincent Van Gogh (1888). « Le Peintre sur la route de Ta­ras­con », huile sur toile de Vincent Van Gogh (1888).

« Au­to­por­trait au cha­peau de feutre gris », de Van Gogh (1887).

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