Les va­cances mal­gré tout

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - Adrien, en route pour les Fêtes de Bayonne JILA VAROQUIER

SAC DE VOYAGE po­sé aux pieds et sou­rire aux lèvres, Hu­go et Adrien, 20 ans, ac­com­pa­gnés d’Alexandre, 19 ans, at­tendent le train qui les mè­ne­ra aux Fêtes de Bayonne.

Mais à l’énon­cé du mot « at­ten­tat », les vi­sages s’as­som­brissent. « Oui, clai­re­ment, j’ai un peu peur, re­con­naît Hu­go. Je com­prends mes parents qui m’ont de­man­dé de ne pas y al­ler ou l’un de nos amis qui a pré­fé­ré ne pas ve­nir. » Ori­gi­naire d’Aix-en-Pro­vence (Bouches-duR­hône), il connaît des per­sonnes tou­chées par l’at­ten­tat de Nice. « Avant ce­la, je pen­sais que le risque était cir­cons­crit aux grandes villes », sou­pire-t-il. Pas ques­tion pour au­tant de re­non­cer à son voyage. A l’image de 89 % des Fran­çais, i nter­ro­gés dans le cadre d’un son­dage Odoxa pour notre journal, il ne compte pas mo­di­fier en rai­son des at­ten­tats ce qu’il avait pré­vu de faire cet été. « Soit on ar­rête de vivre, soit on as­sume le risque », ex­plique son ami Adrien. « Nous al­lons en par­ler entre nous. Peut-être évi­te­rons-nous cer­tains lieux, pour­suit le jeune homme. Mais il n’est pas ques­tion que la se­maine soit gâ­chée. » Alors que 80 % de la po­pu­la­tion af­firment que ces évé­ne­ments ne mo­di­fie­ront pas leur état d’es­prit, Alexandre, le troi­sième com­père, ré­sume par une phrase sou­vent en­ten­due ces der­niers mois, après les at­ten­tats de Pa­ris : « On ne va pas s’ar­rê­ter de vivre. »

« Tout est payé et dé­jà ré­ser­vé, ex­plique Fa­bienne, bien­tôt en route pour la Bre­tagne. Et nous pour­sui­vrons avec la fa­mille en Au­vergne. Il n’est pas ques­tion de chan­ger les plans. » D’après notre son­dage, 19 % des va­can­ciers es­timent tou­te­fois qu’ils pen­se­ront ré­gu­liè­re­ment aux at­ten­tats et qu’ils ne pour­ront pas se sen­tir l’es­prit lé­ger. C’est pré­ci­sé­ment l’ob­jet de la dis­cus­sion qui anime Ga­briele, maman d’une fille de 15 mois, et Aï­da, 35 ans, qui viennent de faire connais­sance sur le quai de la gare Mont­par­nasse. « Nous nous di­sions que les va­cances al­laient se dé­rou­ler dans une at­mo­sphère dif­fi­cile et un peu étrange », confie la pre­mière. « Mais bien sûr que nous par­tons quand même, em­braye Aï­da, en re­gar­dant ses deux fils. Ils se font une joie d’al­ler aux Fêtes de Bayonne. Ils n’au­raient pas com­pris que j’an­nule. C’est aus­si une fa­çon de les pro­té­ger, pour qu’ils ne pensent pas à ça. »

« Nous avons hé­si­té à prendre la voi­ture plu­tôt que le train pour re­joindre la Bre­tagne depuis Mar­seille, re­con­naît de son cô­té Isa­belle, en tran­sit dans la ca­pi­tale. Nous avons dé­ci­dé de ne rien chan­ger car c’est fi­na­le­ment le fait de pas­ser par Pa­ris qui nous in­quié­tait le plus. Une fois ar­ri­vés sur notre lieu de va­cances, nous ne crai­gnons plus rien. »

« Soit on ar­rête de vivre, soit on as­sume le risque »

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