« Cette grève risque de com­pro­mettre le re­dres­se­ment d’Air France »

TRAN­SPORTS. Fré­dé­riC Ga­gey, le PDG d’Air France, juge in­com­pré­hen­sible la me­nace de grève lan­cée par deux syn­di­cats d’hô­tesses et de ste­wards du 27 juillet au 2 août.

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - Fré­dé­ric Ga­gey, PDG d’Air France Propos recueillis par ER­WAN BE­NE­ZET

DEUX DES TROIS PRIN­CI­PAUX syn­di­cats d’hô­tesses et de ste­wards (Un­sa-PNC et SNPNC), re­pré­sen­tant 45 % du per­son­nel na­vi­gant d’Air France, me­nacent de faire grève entre le 27 juillet et le 2 août. Ils de­mandent une pro­lon­ga­tion de trois ans de l’ac­tuel pro­to­cole d’ac­cord qui fixe les règles en matière de pro­gres­sion de car­rière, de ré­mu­né­ra­tion et de cou­ver­ture so­ciale. La di­rec­tion re­fuse de son cô­té d’al­ler au-de­là de dix-sept mois. Pour­quoi ce nou­veau conflit, en pleine pé­riode es­ti­vale ? FRÉ­DÉ­RIC GA­GEY. J’avoue que c’est un mys­tère pour nous. D’ha­bi­tude, la branche des PNC (NDLR : per­son­nel na­vi­gant com­mer­cial, les hô­tesses et les ste­wards) est ré­gu­lée par des ac­cords li­mi­tés dans le temps. Les syn­di­cats de­mandent de la sta­bi­li­té, or là, nous pro­po­sons jus­te­ment d’étendre l’ac­cord exis­tant — pré­vu pour cou­vrir la pé­riode 2013-2016 — et de le pro­lon­ger jusqu’au 31 mars 2018. Nous sommes d’au­tant plus sur­pris que nous avons pro­po­sé des amé­lio­ra­tions : des droits de congés ou des ré­mu­né­ra­tions consé­cu­tifs à des mo­di­fi­ca­tions de pro­gramme ont ain­si été re­vus à la hausse. De même que le cal­cul de l’in­dem­ni­sa­tion trans­port, quand le per­son­nel ha­bite loin de l’aé­ro­port. Re­fu­ser ces pro­po­si­tions et lan­cer une grève au coeur de l’été, quand des fa­milles en­tières partent en va­cances en avion, c’est une vé­ri­table aber­ra­tion d’au­tant qu’il n’y a ac­tuel­le­ment au­cun cou­pe­ret, au­cune pres­sion sur les par­te­naires so­ciaux. Pour­quoi les ac­cords concer­nant les hô­tesses et les ste­wards sont-ils li­mi­tés dans la du­rée ? Le do­maine de l’aé­rien est sou­mis à des aléas, no­tam­ment éco­no­miques, ex­trê­me­ment im­por­tants. Il convient de garder une cer­taine sou­plesse afin de de­meu­rer com­pé­ti­tif. Ce­la peut se faire sans re­mettre en cause cer­tains ac­quis so­ciaux, comme les ni­veaux de ré­mu­né­ra­tion. Mais d’autres points peuvent être re­vus et adap­tés à certaines échéances. Vous ne pré­pa­rez pas un tour de vis après l’élec­tion pré­si­den­tielle, comme le soup­çonnent les syn­di­cats ? Y a-t-il une seule rai­son de nous soup­çon­ner de vou­loir prendre nos sa­la­riés en traître ? Non, au­cune. Dans dix-huit mois, la com­pa­gnie se­ra comme au­jourd’hui. La di­rec­tion n’au­ra pas les pleins pou­voirs et de­vra comme toujours né­go­cier et dia­lo­guer pour trou­ver, en fonc­tion des chan­ge­ments in­ter­ve­nus dans l’in­ter­valle, les meilleurs ajus­te­ments pour le fonc­tion­ne­ment de l’en­tre­prise comme pour le bien-être de ses sa­la­riés et la sa­tis­fac­tion de ses clients. Les syn­di­cats vous re­prochent éga­le­ment de vou­loir sup­pri­mer un membre du per­son­nel na­vi­gant sur cer­tains vols moyen-cour­riers ? Ce­la ne concerne qu’une in­fime partie, en­vi­ron 2 % de nos vols moyen-cour­riers, soit un ou deux vols maxi­mum par mois pour chaque hô­tesse ou ste­ward. Et sur uni­que­ment trois des­ti­na­tions, que sont Is­tan­bul, Athènes et Mos­cou. Il faut re­ve­nir au dia­logue et prendre en compte sé­rieu­se­ment les en­jeux pour l’en­tre­prise. On ne se met pas en grève dans une telle pé­riode, au risque de com­pro­mettre le re­dres­se­ment d’Air France. Il ne faut pas ou­blier que 2015 a été la pre­mière an­née depuis six ans où nous avons af­fi­ché un ré­sul­tat po­si­tif. Il y a de quoi être fiers, car c’est le fruit d’un tra­vail col­lec­tif. Ce se­rait vrai­ment dom­mage que l’en­tre­prise perde à nou­veau de l’ar­gent. Ac­cep­tez-vous de re­ve­nir sur cer­tains points de né­go­cia­tions avant le dé­but de la grève ? Nous avons fait des pro­po­si­tions, avec entre nos mains un ac­cord prêt à être si­gné depuis plu­sieurs se­maines. Une nuit en­tière, de mer­cre­di à jeu­di der­nier, a en­core été pas­sée à dis­cu­ter de ce su­jet. Les re­pré­sen­tants syn­di­caux ont fait certaines de­mandes aux­quelles nous avons ap­por­té des ré­ponses. En cas de grève, quels sont les vols qui risquent d’être les plus af­fec­tés ? Les vols long-cour­riers se­ront les plus pré­ser­vés. En re­vanche, les court- et moyen-cour­riers risquent d’être plus im­pac­tés par les six jours de grève an­non­cés. Les pas­sa­gers se­ront aver­tis par mail 24 heures avant leur vol du sta­tut de leur ré­ser­va­tion. Et, pen­dant cette pé­riode, tout chan­ge­ment de date ou an­nu­la­tion se fe­ra bien évi­dem­ment sans au­cuns frais sup­plé­men­taires. Face à la me­nace ter­ro­riste, avez-vous adop­té des me­sures sup­plé­men­taires ? Cette pé­riode de forte in­sé­cu­ri­té a com­men­cé il y a plus d’un an. Nous n’avons bien évi­dem­ment pas at­ten­du le dé­but des va­cances pour adap­ter et faire évo­luer en per­ma­nence nos pro­to­coles, que ce soit sur nos es­cales étran­gères ou sur les deux grands aé­ro­ports pa­ri­siens. Le tout en pleine col­la­bo­ra­tion avec nos mi­nis­tères de tutelle, le pré­fet de Rois­sy et d’Or­ly, la police de l’air et des fron­tières et la gen­dar­me­rie du trans­port aé­rien.

« Il faut re­ve­nir au dia­logue et prendre en compte sé­rieu­se­ment les en­jeux pour l’en­tre­prise »

Pa­ris (VIIe). Le PDG d’Air France, Fré­dé­ric Ga­gey, es­time que re­fu­ser les pro­po­si­tions de la di­rec­tion « et lan­cer une grève au coeur de l’été […], c’est une vé­ri­table aber­ra­tion ».

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