Les ten­sions per­sistent après la mort d’Ada­ma Trao­ré

VIO­LENCES. Crai­gnant une cin­quième nuit d’échauf­fou­rées, les au­to­ri­tés ont dé­ployé hier soir d’im­por­tants moyens po­li­ciers, dont le GIGN, à Beau­mont-sur-Oise et dans les en­vi­rons.

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - ANNE COL­LIN ET AN­THO­NY LIEURES

C I NQ J OURS APRÈS l a mort d’Ada­ma Trao­ré, 24 ans, mar­di soir après une in­ter­pel­la­tion à Beau­mont-sur-Oise (Val-d’Oise), la si­tua­tion res­tait hier sous haute ten­sion après les émeutes qui ont écla­té dans la ville et plu­sieurs com­munes voi­sines, Per­san et Bruyères-sur-Oise no­tam­ment.

Sa­me­di soir, au moins 260 mi­li­taires de la gen­dar­me­rie et fonc­tion­naires de police étaient dé­ployés sur le ter­rain pour ten­ter de pa­rer à toute nouvelle flam­bée de vio­lence. Le GIGN a même été mo­bi­li­sé afin de « neu­tra­li­ser les in­di­vi­dus qui visent les forces de l’ordre avec des armes à feu », a pré­ci­sé le di­rec­teur de ca­bi­net du pré­fet, Jean-Si­mon Mé­ran­dat. Ven­dre­di soir, en ef­fet, quatre gen­darmes ont de nou­veau été lé­gè­re­ment bles­sés par des plombs ti­rés au fu­sil de chasse. Dix per­sonnes ont été in­ter­pel­lées à Beau­mont et à Per­san, pour la plupart de « jeunes ma­jeurs », d’après la pré­fec­ture.

Chez les ri­ve­rains, la co­lère monte. Hier ma­tin, les ha­bi­tants du Vil­lage à Per­san n’ont pu que consta­ter les dé­gâts après une nouvelle nuit de vio­lences. Des pou­belles, mais sur­tout une di­zaine de voi­tures sont par­ties en fumée. « On n’en peut plus ! Ce­la fait quatre nuits qu’on ne dort plus. Et main­te­nant, ma voi­ture qui était toute neuve ! » lance, érein­té, un sexa­gé­naire devant la car­casse cal­ci­née. « On a vrai­ment peur la nuit ! » af­firme une ri­ve­raine s’adres­sant au maire (SE) de la ville, Alain Kasse, et au dé­pu­té (LR) de la cir­cons­crip­tion, Phi­lippe Houillon, ve­nus ren­con­trer les ha­bi­tants. « Nous sommes coin­cés entre les la­cry­mos et les pa­vés ! Comment on fait ? » in­ter­roge un homme ex­cé­dé. L’angoisse était mon­tée d’un cran ven­dre­di soir lorsque des dé­to­na­tions pro­ve­nant d’une en­tre­prise fa­bri­quant des pa­lettes en bois avaient été en­ten­dues dans toute la ville. Sur le site, une quin­zaine de bou­teilles de gaz ont brû­lé et pro­vo­qué des ex­plo­sions.

Tous de­mandent plus de moyens po­li­ciers. « Il faut une ma­ni­fes­ta­tion de force pour éra­di­quer d’un coup cette es­ca­lade », in­siste Phi­lippe Houillon. L’ins­tau­ra­tion d’un couvre-feu a même été évo­quée. Mais, se­lon les res­pon­sables lo­caux, les cas­seurs ne sont pas tous de la com­mune : « Ils viennent d’autres villes, voire d’autres dé­par­te­ments. » Sur les ré­seaux so­ciaux, les ap­pels à ma­ni­fes­ter son in­di­gna­tion à la suite de la mort d’Ada­ma Trao­ré sont en ef­fet nom­breux. A la pré­fec­ture, on af­firme que les cas­seurs sont « 50 à 60 in­di­vi­dus, pour cer­tains bien connus des ser­vices de gen­dar­me­rie, qui veulent en dé­coudre avec les forces de l’ordre, as­sure le di­rec­teur de ca­bi­net. Notre vo­lon­té, c’est que tout ce­la s’ar­rête, que ces deux villes re­trouvent leur calme, et on y met les moyens ».

D’après l e p r e mi e r r a p p o r t d’au­top­sie, dé­voi­lé jeu­di par le pro­cu­reur de la Ré­pu­blique de Pon­toise, Ada­ma Trao­ré se­rait mort d’une « in­fec­tion grave », et son corps ne pré­sen­tait « au­cune trace de coups si­gni­fi­ca­tive ». Mais, ven­dre­di, la fa­mille a an­non­cé qu’elle de­man­dait une contre-ex­per­tise in­dé­pen­dante. Dans l’après-mi­di, une marche a réuni près de 2 000 per­sonnes dans le calme pour ré­cla­mer « jus­tice pour Ada­ma ».

Nom­breux ap­pels à ma­ni­fes­ter sur les ré­seaux so­ciaux

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