Son­bo­ly, le tueur qui a ter­ro­ri­sé l’Al­le­magne

MEURTRE DE MASSE. C’est un jeune Ger­ma­no-Ira­nien de 18 ans qui a pa­ra­ly­sé Mu­nich ven­dre­di soir et tué 9 per­sonnes avant de se sui­ci­der, lais­sant la ville et le pays si­dé­rés.

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - Mu­nich (Al­le­magne) De l’un de nos en­voyés spé­ciaux Sa­fete, une an­cienne ca­ma­rade d’école David Ali Son­bo­ly a crié cette phrase dans une vi­déo cap­tée lors de la fu­sillade TIMOTHÉE BOUTRY

UN GA­MIN SANS HIS­TOIRES à peine sor­ti de l’ado­les­cence à la che­ve­lure fon­cée abon­dante et à la dé­marche cha­lou­pée. Un jeune homme de 18 ans in­tro­ver­ti et souf­frant même, se­lon la police de Mu­nich, d’une « forme de dé­pres­sion ». Pour les au­to­ri­tés ba­va­roises, le pro­fil de David Ali Son­bo­ly, le tueur qui a abat­tu neuf per­sonnes de sang-froid avant de se don­ner la mort, est ce­lui d’un « for­ce­né ». « Il n’y a pas d’autres rai­sons », in­siste le par­quet de Mu­nich, osant même évo­quer un « acte clas­sique ». Au len­de­main de cette at­taque qui a pé­tri­fié l’Al­le­magne et re­plon­gé l’Europe dans la psy­chose des at­ten­tats de ces der­niers mois, la piste du ter­ro­risme is­la­miste est to­ta­le­ment écar­tée. « Il n’y a ab­so­lu­ment au­cun lien avec l’Etat is­la­mique », a in­sis­té le chef de la police lo­cale, Hu­ber­tus An­drä. Il a agi « sans mo­ti­va­tion po­li­tique », ajoute le pro­cu­reur. Fas­ci­né par les tue­ries de masse, le ti­reur so­li­taire semble avoir da­van­tage été ins­pi­ré par le Nor­vé­gien An­ders Beh­ring Brei­vik (voir ci-contre).

Un coup de fo­lie qui cadre plus avec le por­trait dres­sé par ses voi­sins du quar­tier de Max­vors­tadt, ce­lui d’un en­fant po­li et souriant mais pas for­cé­ment à l’aise dans sa car­casse d’ado­les­cent. Né d’un père chauf­feur de taxi et d’une mère em­ployée dans une grande sur­face, tous deux an­ciens de­man­deurs d’asile ar­ri­vés d’Iran à la fin des an­nées 1990, David Ali Son­bo­ly est né et a gran­di à Mu­nich. Do­té de la double na­tio­na­li­té al­le­mande et ira­nienne, il était sco­la­ri­sé dans une école de ce quar­tier mixte en pleine ré­no­va­tion, où les lo­ge­ments so­ciaux cô­toient les ca­fés bran­chés. Sa fa­mille ré­side au 5e étage d’un im­meuble mo­derne et bien en­tre­te­nu où elle est una­ni­me­ment ap­pré­ciée.

Dis­cret, moins ex­pan­sif que son pe­tit frère, David Ali Son­bo­ly ga­gnait un peu d’ar­gent en dis­tri­buant des jour­naux gra­tuits et se dis­tin­guait par sa pas­sion pour les jeux vi­déo, no­tam­ment les plus vio­lents. Un élé­ment qui, se­lon le mi­nistre de l’In­té­rieur, Tho­mas de Mai­zière, a « joué un rôle » dans cette af­faire.

A l’aise dans un monde vir­tuel, le jeune homme in­con­nu des ser­vices de police et de ren­sei­gne­ment l’était ma­ni­fes­te­ment moins à l’école. « Il n’était pas très po­pu­laire et n’avait pas beaucoup d’amis, in­dique Sa­fete, une de ses voi­sines de 14 ans, sco­la­ri­sée dans le même éta­blis­se­ment l’an der­nier. On sen­tait qu’il n’al­lait pas for­cé­ment bien mais ça ne l’em­pê­chait pas de se mon­trer gen­til. » Après le drame, l’ado­les­cente a néan- moins re­çu hier ma­tin les confidences d’une amie qui l’avait connu dans sa pré­cé­dente école. « Elle m’a ra­con­té qu’il avait eu de gros pro­blèmes avec cer­tains de ses camarades. Il avait me­na­cé de tuer tout le monde et cet épi­sode avait en­traî­né son ex­clu­sion », rap­porte Sa­fete. Le mi­nistre de l’In­té­rieur a confir­mé hier que David Ali Son­bo­ly avait souf­fert de « har­cè­le­ment » de la part d’autres « jeunes de son âge ».

« On sen­tait qu’il n’al­lait pas for­cé­ment bien mais ça ne l’em­pê­chait pas de se mon­trer gen­til » « Je suis al­le­mand, je suis né ici »

Si la re­li­gion n’a joué au­cun rôle dans son pro­jet, l’au­teur de la fu­sillade était ma­ni­fes­te­ment en re­cherche d’iden­ti­té. Tho­mas de Mai­zière a in­di­qué que ce mu­sul­man d’obé­dience chiite s’était ré­cem­ment conver­ti au chris­tia­nisme, d’où l’ajout du pré­nom David. Pris à partie par un ri­ve­rain qui l’a fil­mé ven­dre­di soir pen­dant sa ca­vale l’arme à la main, on l’en­tend s’écrier : « Je suis al­le­mand, je suis né ici » avant d’évo­quer le sui­vi d’un « trai­te­ment hos­pi­ta­lier » semble-t-il bien réel. De quoi ren­for­cer l’image d’un être in­stable.

Les pre­miers élé­ments de l’enquête prouvent néan­moins que David Ali Son­bo­ly a pré­mé­di­té son geste. Il avait mis au point un stra­ta­gème ma­chia­vé­lique : afin d’at­ti­rer le plus de monde pos­sible au McDo­nald’s, il avait pi­ra­té un compte Fa­ce­book pour y dif­fu­ser un mes­sage par­lant de ré­duc­tions de prix. Une pro­mo­tion cen­sée dé­bu­ter à 16 heures, moins de deux heures avant son pas­sage à l’acte. Ses jeunes voi­sines qui l’avaient croi­sé à mi­di ven­dre­di avaient d’ailleurs per­çu un lé­ger trouble. « Alors que d’ha­bi­tude il dit bon­jour, cette fois il ne nous avait pas sa­luées, évoquent-elles. Il avait la tête bais­sée et re­gar­dait ses pieds. Ce n’était pas son com­por­te­ment ha­bi­tuel mais on était évi­dem­ment loin d’ima­gi­ner ce qu’il pré­pa­rait. » David Ali Son­bo­ly est pas­sé à l’acte cinq ans jour pour jour après le massacre com­mis par An­ders Beh­ring Brei­vik, ce Nor­vé­gien de 32 ans qui a tué huit per­sonnes en fai­sant ex­plo­ser une bombe le 22 juillet 2011 à Os­lo en Nor­vège, puis en as­sas­sine 69 autres, sur l’île d’Utoya, à une qua­ran­taine de ki­lo­mètres de la ca­pi­tale. Ce na­zi ren­ven­di­qué avait sur­tout abat­tu des ado­les­cents, ras­sem­blés pour un camp de la jeu­nesse tra­vailliste. A l’ins­tar du tueur de Mu­nich qui a at­ti­ré ses proies via un faux compte Fa­ce­book, Brei­vik avait re­vê­tu un pull si­glé « Police » pour mieux trom­per ses vic­times. Pour les au­to­ri­tés al­le­mandes, ces si­mi­li­tudes ne sont pas for­tuites. Se­lon elles, un « lien évident » s’éta­blit entre les deux tueurs. La connexion semble da­van­tage opé­ra­tion­nelle que po­li­tique. En per­qui­si­tion­nant chez les parents de Son­bo­ly, les en­quê­teurs ont dé­cou­vert des do­cu­ments sur ce massacre ain­si que des élé­ments tra­his­sant une fas­ci­na­tion pour les meurtres de masse, no­tam­ment le livre « La fo­lie meur­trière en tête, pour­quoi des éco­liers en viennent à tuer ». Les deux hommes souf­fraient éga­le­ment de pro­blèmes psy­chia­triques.

Ins­pi­ré par le tueur de masse Brei­vik

L’Al­le­magne sous le choc

Le ti­reur, David Ali Son­bo­ly, 18 ans, est né et a gran­di à Mu­nich. Il est dé­crit par le voi­si­nage comme un ado sans his­toires, dis­cret et mal dans sa peau.

Mu­nich (Al­le­magne), hier. C’est dans ce fast-food, dis­si­mu­lé par des bâches noires par les en­quê­teurs, que la fu­sillade a écla­té un peu avant 18 heures ven­dre­di.

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