« Il va fal­loir al­ler de l’avant »

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - Jé­ré­my, 32 ans TIMOTHÉE BOUTRY

éven­tuel ap­pel de son hô­pi­tal. Même si notre tris­tesse est in­fi­nie, il va fal­loir al­ler de l’avant. »

Au-de­là du cha­grin, la si­dé­ra­tion se lit sur le vi­sage des Mu­ni­chois, hé­bé­tés. « Je n’ar­rive toujours pas à croire ce qui s’est pro­duit, souffle en­core trem­blante Iris, une mère de fa­mille de 46 ans ébranlée par cette folle nuit pas­sée à s’in­quié­ter du sort de ses proches. Ce monde est-il de­ve­nu fou ? Je suis évi­dem­ment cho­quée et en co­lère contre cette vio­lence in­sen­sée. Ma i s ma l g r é la peur, je n’ai pas en­vie de bou­le­ver­ser ma vie. Cette an­née en­core, j’irai à l’Ok­to­ber­fest (NDLR : la tra­di­tion­nelle Fête de la bière). Parce que si on s’en­ferme dans la crainte, on ne va pas te­nir. » Même mé­lange de ré­si­lience et de fa­ta­lisme dans la bouche de To­bias, un étu­diant de 18 ans dont l’un des amis a as­sis­té à la tue­rie. « Je n’au­rais ja­mais imaginé qu’un tel acte puisse se pro­duire dans un quar­tier aus­si tran­quille. C’est as­sez nou­veau en Al­le­magne mais après ce qui vient de se pas­ser en France ou en Bel­gique, ce n’est plus très sur­pre­nant. Il faut s’ha­bi­tuer à cette nouvelle réa­li­té », lâche-t-il en agrip­pant la main de sa pe­tite amie.

Ve­nu de Bel­gique pour cé­lé­brer un ma­riage, Jé­ré­my a eu l’im­pres­sion de revivre des scènes mal­heu­reu­se­ment connues. « Je me trou­vais à la sta­tion de mé­tro Mal­beek de Bruxelles dix mi­nutes avant l’ex­plo­sion du 22 mars. Au­jourd’hui, je prends les évé­ne­ments avec plus de dé­ta­che­ment, ex­plique ce ban­quier de 32 ans. Le blo­cage des tran­sports et la pa­nique am­biante ne m’ont pas em­pê­ché d’al­ler à la noce. Je re­fuse de faire ga­gner la ter­reur. »

L’ab­sence de lien entre la fu­sillade et le groupe Etat is­la­mique ne mo­di­fie pas fon­da­men­ta­le­ment l’opi­nion de tous ces ci­toyens en deuil. « Ça ne change pas grand-chose pour les vic­times, ba­laye Alex en je­tant un oeil au tas de pé­tales blancs sur le­quel sa com­pagne Brit­ta s’ap­prête à ajou­ter quelques fleurs des champs. L’am­pleur du drame est la même. » « Peu im­porte les mo­ti­va­tions, c’est son ter­rible bi­lan qui compte », abonde Jö­ran, néan­moins in­quiet que l’ex­trême droite ex­ploite ce drame pour at­ti­ser son dis­cours hos­tile aux réfugiés. Cet in­gé­nieur de 29 ans a bien conscience qu’une nouvelle ère s’est ou­verte, même s’il conti­nue­ra à pas­ser à vé­lo à proxi­mi­té de ce fast-food de­ve­nu scène de crime et pro­té­gé par une bâche noire opaque. « Un homme seul a blo­qué la troi­sième ville du pays pen­dant des heures et mo­bi­li­sé 2 000 po­li­ciers. Vu sous cet angle, ça peut pa­raître ri­di­cule, phi­lo­sophe-t-il. Mais je suis per­sua­dé que la police a ré­agi comme il le fal­lait. Face à la me­nace, on ne se­ra ja­mais trop pru­dent. »

« Je re­fuse de faire ga­gner la ter­reur »

Ber­lin (Al­le­magne), hier.

La chan­ce­lière a at­ten­du plu­sieurs heures avant de s’ex­pri­mer sur la fu­sillade. Emo­tion et si­dé­ra­tion à Mu­nich

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