La bonne pru­dence de Mer­kel

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - BER­LIN (Al­le­magne) De notre cor­res­pon­dant GILLES BOUVAIST

AU COEUR du tour­billon, An­ge­la Mer­kel est res­tée fi­dèle à sa tac­tique : pru­dence et par­ci­mo­nie de prise de pa­role. Alors qu’il était en­core ques­tion ven­dre­di soir de trois ti­reurs pré­su­més en ca­vale dans les rues d’une ca­pi­tale ba­va­roise en « état d’alerte ter­ro­riste », la chan­ce­lière est res­tée si­len­cieuse. Tan­dis que Ba­rack Oba­ma ap­por­tait le sou­tien des Etats-Unis et que Fran­çois Hol­lande dé­non­çait une « at­taque ter­ro­riste » et un « nou­vel acte ignoble vi­sant à sai­sir d’ef­froi l’Al­le­magne », la seule in­ter­ven­tion du gou­ver­ne­ment fé­dé­ral s’est li­mi­tée à un mes­sage la­pi­daire sur Fa­ce­book : « Nous ne sou­hai­tons pas prendre po­si­tion de ma­nière pré­ma­tu­rée, ni émettre de conjec­ture. »

Il a fal­lu at­tendre le dé­but de l’après-mi­di hier pour l’en­tendre, la voix nouée, dans une al­lo­cu­tion de trois mi­nutes, faire part de sa com­pas­sion pour toutes les fa­milles de vic­times de cette « nuit d’ef­froi ». Si cette re­te­nue est sa marque de fa­brique, cette at­ti­tude s’ex­plique aus­si par un contexte vo­la­til. An­ge­la Mer­kel a beaucoup à perdre dans la si­tua­tion ac­tuelle.

C’est en ef­fet la deuxième fois en moins d’une se­maine que la Ba­vière est tou­chée par une at­taque meur­trière, après qu’un de­man­deur d’asile d’ori­gine af­ghane de 17 ans s’est je­té sur les pas­sa­gers d’un train avec une hache, lais­sant cinq per­sonnes gra­ve­ment bles­sées, avant d’être abat­tu par la police. Une at­taque re­ven­di­quée par l’agres­seur dans une vi­déo re­prise et dif­fu­sée par le groupe Etat is­la­mique.

L’opi­nion pu­blique di­vi­sée

De quoi ré­veiller les pires craintes du gou­ver­ne­ment fé­dé­ral : celle de voir un acte ter­ro­riste com­mis par un ré­fu­gié mettre en pé­ril sa gé­né­reuse po­li­tique d’ac­cueil. Un évé­ne­ment qui pour­rait faire bas­cu­ler une opi­nion pu­blique dé­jà di­vi­sée. Ce n’est d’ailleurs pas un ha­sard si le pré­sident de la police ba­va­roise a ou­vert sa confé­rence de presse hier en pré­ci­sant que l’at­taque n’avait rien à voir avec la ques­tion des réfugiés. La Ba­vière ac­cueille en ef­fet près de 155 000 de­man­deurs d’asile. Et le puis­sant pré­sident du Land Horst See­ho­fer, du par­ti chré­tien­dé­mo­crate, est l’un des par­ti­sans les plus lo­quaces d’un dur­cis­se­ment de la po­li­tique d’asile.

Sans comp­ter que, sur son ex­trême droite, la coa­li­tion d’An­ge­la Mer­kel voit poindre avec in­quié­tude les suc­cès élec­to­raux du par­ti Al­ter­na­tive für Deut­schland. Alors que l’opé­ra­tion de police était en­core en cours, plu­sieurs de ses di­ri­geants ont par­lé trop vite : « Au par­ti uni­fié de Mer­kel : mer­ci pour le ter­ro­risme en Al­le­magne et en Europe ! » lan­çait no­tam­ment An­dré Pog­gen­burg, l’un de ses res­pon­sables fé­dé­raux. Mer­kel ne peut donc que se fé­li­ci­ter d’avoir fait preuve de re­te­nue.

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