« Pa­pa, je ne fais pas du vé­lo pour être 15e ! »

Phi­lippe Bar­det ra­conte son fils Ro­main, épa­tant dau­phin de Froome sur ce Tour. Entre am­bi­tion, sé­ré­ni­té, bon­heur et éva­sion…

Aujourd'hui en France - - SPORTS - Mor­zine (Haute-Sa­voie) De nos en­voyés spé­ciaux Propos recueillis par OLI­VIER FRAN­ÇOIS

SOUS LA PLUIE BATTANTE à Mor­zine, il a sa­lué la deuxième place de son fils au clas­se­ment gé­né­ral comme une vic­toire. Sur un nuage depuis la veille et le suc­cès du lea­deur des AG2R à Saint-Ger­vais, Phi­lippe Bar­det, pré­sent lors des quatre étapes al­pestres, vit un conte de fées. Heu­reux, fier, et com­blé, l’ins­ti­tu­teur de 54 ans ra­conte, avec toute la re­te­nue qui ca­rac­té­rise la fa­mille au­ver­gnate, l’his­toire d’un en­fant doué et tra­vailleur. Que res­sen­tez-vous en pre­mier lieu ? Phi­lippe Bar­det. Ce qui ar­rive à Ro mai n e s t f o r mi d a b l e . C e t t e deuxième place, c’est géant. Ce­la ouvre tel­le­ment de pers­pec­tives. Avant le dé­but du Tour, es­pé­riez-vous un tel ré­sul­tat ? Non, je n’y pen­sais pas. Je ne me dis ja­mais qu’il va faire tel ou tel ré­sul­tat. L’idée de la vic­toire d’étape, par exemple, ne m’a même pas ef­fleu­ré à S a i n t - Ge r v a i s . C’est après coup que je réa­lise et que je me rends compte de la di­men­sion des choses. Ro­main se­ra désormais consi­dé­ré comme un can­di­dat à la vic­toire fi­nale… Sans doute, mais le sport, c’est tel­le­ment aléa­toire. Ce qu’a fait Ro­main en ter­mi­nant à la fois deuxième du Dau­phi­né et du Tour de France, c’est grand et je suis convain­cu qu’il a en­core une marge de pro­gres­sion. Les meilleures an­nées d’un ath­lète sont entre 25 et 30 ans et il n’en a que 25. (Sou­rire) Mais il faut que Ch­ris Froome parte à la re­traite pour que Ro­main gagne le Tour. Comment avez-vous trouvé votre fils ces der­niers jours ? Ro­main est tel­le­ment se­rein qu’on le de­vient quand on passe du temps à ses cô­tés. Même sur le Tour, il ne pa­nique pas, il est toujours concen­tré. Il re­la­ti­vise beaucoup, il se dit que ce n’est que du sport et qu’il y a plus grave. Les at­ten­tats de Nice l’ont cruel­le­ment rap­pe­lé. Il était dé­jà comme ça en­fant. Il a toujours été sé­rieux, très au­to­nome dans tout ce qu’il fai­sait, avec le sou­ci du dé­tail. Quand il était ado­les­cent et que ses co­pains sor­taient le soir, lui, il ren­trait à la mai­son. De qui s’ins­pire-t-il ? Il n’a pas vrai­ment de mo­dèle. Il se do­cu­mente, ex­pé­ri­mente dans tous les do­maines. En cy­clisme, il a tra­vaillé sur la nu­tri­tion, il a com­men­cé les stages en al­ti­tude en 2014 en Sier­ra Ne­va­da (Es­pagne). Il es­saie d’op­ti­mi­ser toutes les fa­cettes de son sport. En fait, il n’a pas de rêve. C’est un vrai prag­ma­tique. Le sui­vez-vous sou­vent sur les courses ? J’étais au Lio­ran dans le Can­tal, c’est juste à cô­té de chez nous. Je suis ve­nu sur sept étapes mais je ne se­rai pas sur les Champs-Ely­sées. J’at­ten­drai tran­quille­ment son re­tour à la mai­son, lun­di. J’es­saie d’être au plus près de lui. Jusqu’à main­te­nant, je tra­vaillais à plein temps comme pro­fes­seur des écoles mais, grâce à Ro­main, je vais me mettre à mi-temps et je pour­rai l’ac­com­pa­gner en­core plus dans ses en­traî­ne­ments en de­hors de l’équipe. Lui ser­vez-vous d’en­traî­neur ? Un peu. Ce­la nous per­met d’être en­semble. On ha­bite à 70 km l’un de l’autre donc on fait la moi­tié du che­min cha­cun pour se re­trou­ver. Moi, je pi­lote le scoo­ter et Ro­main est à vé­lo. Je commence à m’ini­tier au mas­sage, comme ça, je m’oc­cupe de lui quand il est à la mai­son. C’est une de­mande de sa part qui me fait énor­mé­ment plai­sir. Le cy­clisme est ma pas­sion depuis que j’ai 17 ans. J’ai la chance de vivre par pro­cu­ra­tion ce que j’au­rais ai­mé connaître quand j’étais jeune. De quoi êtes-vous le plus fier ? Ro­main vient d’ob­te­nir un mas­ter en ma­na­ge­ment des entreprises. Il a su conci­lier les études et le sport, c’est for­mi­dable. C’est un équi­libre pour lui. Ce­la lui per­met de s’éva­der. Quel est son prin­ci­pal trait de caractère ? Ro­main n’est sa­tis­fait que quand il gagne. Un jour, il a fait 15e lors d’une étape du Tour de l’Avenir. Je lui ai dit : « C’est bien, tu as li­mi­té les dé­gâts ! » Il m’a ré­pon­du : « Pa­pa, je ne fais pas du vé­lo pour être 15e ! »

« Moi, je pi­lote le scoo­ter et Ro­main est à vé­lo »

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Phi­lippe Bar­det, le père de Ro­main.

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