Ces mer­veilleux fous vo­lants

Aujourd'hui en France - - SPORTS - La Ro­chelle (Cha­rente-Ma­ri­time) De notre en­voyé spé­cial Cy­rille Ou­medj­kane La Ro­chelle (Cha­rente-Ma­ri­time) JÉ­RÉ­MIE PAVLOVIC J.P.

SON BOB BLEU VIS­SÉ sur la tête, il jongle, concen­tré. Pai­sible. Il en­voie tour­noyer dans les airs des balles co­lo­rées, un sou­rire en­fan­tin des­si­né sur son vi­sage. On ne se doute pas que, bien­tôt, ce se­ra lui qui s’en­vo­le­ra, depuis une pla­te­forme ju­chée au som­met de la tour Saint-Nicolas, à 27 m de haut, dans le ciel bleu de La Ro­chelle (Cha­rente-Ma­ri­time).

Ga­ry Hunt, quin­tuple cham­pion du monde de plon­geon de haut vol, par­ti­cipe à l’étape fran­çaise du Red Bull Cliff Di­ving (lit­té­ra­le­ment « plon­geon de fa­laise »). La qua­trième des neuf que compte le cir­cuit. Le Bri­tan­nique, ins­tal­lé à Mon­treuil (Seine-Saint-De­nis), do­mine ces der­nières an­nées les treize autres ath­lètes de l’élite de la dis­ci­pline.

Autour du vieux port, 75 000 per­sonnes sont ve­nues as­sis­ter au grand spec­tacle. Cette af­fluence ré­jouit Or­lan­do Duque, lé­gende vi­vante du cliff di­ving aux 13 titres de cham­pion du monde. « C’est ce qui rend la com­pé­ti­tion si spé­ciale ici, confie le Co­lom­bien. Il y a un monde fou et leurs cris nous donnent du cou­rage, c’est fan­tas­tique. » Syl­vie, Pa­ri­sienne en va­cances, est la pre­mière à en­cou­ra­ger. « Je crie de toutes mes forces, il faut être à la hau­teur de leur show ! » s’ex­clame-t-elle. Son fils, Lu­cas, 8 ans, ne peut s’em­pê­cher d’être in­quiet : « Ils sautent de très, très haut, c’est dan­ge­reux s’ils tombent sur la tête. »

Qu’il se ras­sure : ici, pas ques­tion de plon­ger la tête la pre­mière. Seuls les pieds peuvent conve­na­ble­ment amor­tir le choc, très vio- lent, à près de 90 km/h. « Les risques sont im­menses. Si l’on ne pé­nètre pas dans l’eau verticalement, on peut se bles­ser gra­ve­ment. C’est comme si un boxeur nous at­ten­dait en bas, prêt à frap­per », in­dique Ga­ry Hunt. « On a toujours peur là-haut. Ce­lui qui pré­tend le contraire est un men­teur », ajoute Cy­rille Ou­medj­kane.

17 h 50. Sous un so­leil de plomb, les spec­ta­teurs dansent au rythme des tubes de l’été. Ils s’im­pa­tientent. Là-haut, les hé­ros du jour sont prêts. Et sou­dain, le si­lence. La cloche an­non­cia­trice du mo­ment fa­ti­dique vient de tin­ter. David Col­tu­ri, pre­mier plon­geur en lice, en­tame sa chute. Trois se­condes d’éter­ni­té. La ten­sion est pal­pable. La foule re­prend vie alors que l’ath­lète re­monte des Ça y est, le mo­ment est ve­nu. Je m’ex­tirpe de la tour Saint-Nicolas et m’avance, à pas hé­si­tants, sur la plate-forme. Perché à 27 m de haut, je suis en­cou­ra­gé par 75 000 per­sonnes, mas­sées autour du vieux port de La Ro­chelle, en contre­bas. Comme ils ont l’air pe­tits… On s’y croi­rait. En réa­li­té, je me trouve alors au som­met d’une plate-forme de 9 m, face au port de plai­sance. Equi­pé d’un bau­drier et d’un masque de réa­li­té vir­tuelle, j’ai quelque peu perdu contact avec le monde réel. Mes sens sont per­tur­bés. Je ne peux dis­tin­guer que les images qui ap­pa­raissent sur l’écran du masque, celles d’un vé­ri­table plon­geon, fil­mé l’an pas­sé lors de l’étape fran­çaise du Red Bull Cliff Di­ving. C’est à mon tour. Le cri stri­dent d’une femme ve­nant de sau­ter ne me ras­sure guère. Mais je ras­semble mon cou­rage et m’élance, pour une chute libre de trois mètres, avant que celle-ci ne soit au­to­ma­ti­que­ment ra­len­tie par mon équi­pe­ment. Moins de deux se­condes plus tard, me voi­là en bas. eaux fraîches de l’At­lan­tique.

Joi­gnant son pouce et son in­dex, l’ath­lète ras­sure : il va bien. Le spec­tacle peut conti­nuer. Un sort dif­fé­rent at­tend Blake Al­drige : sa langue en­taillée après une mau­vaise ré­cep­tion, il doit re­non­cer à la suite. Mais Cy­rille Ou­medj­kane ne tarde pas à re­mettre du baume au coeur d’une foule par­cou­rue, plus tôt, par un fris­son. Du haut de sa tour, il en­tame un clap­ping à l’is­lan­daise, sui­vi par un pu­blic ra­vi. Et puis, l’apo­théose : Ga­ry Hunt par­vient à pas­ser le saut le plus dif­fi­cile ja­mais ten­té, un triple sal­to avant avec qua­druple vrille et de­mie. Sans ri­val. Un der­nier tour en jet-ski pour sa­luer le pu­blic, puis le po­dium. Sur la plus haute marche, toujours le même sou­rire. Toujours la même in­cons­cience. Son bob bleu dé­lais­sé, il sa­voure, ses che­veux roux au vent et la tête dans les nuages.

« On a toujours peur là-haut. Ce­lui qui pré­tend le contraire est un men­teur » J’ai (presque) tes­té pour vous

En­core tout se­coué par cette ex­pé­rience, il ne me reste plus qu’à sa­luer la foule vir­tuelle, tan­dis que des cu­rieux, bien pré­sents, jouent le jeu en me gra­ti­fiant d’ap­plau­dis­se­ments ré­con­for­tants.

La Ro­chelle (Cha­rente-Ma­ri­time), hier. Après avoir en­ta­mé un clap­ping à l’is­lan­daise, le Fran­çais Cy­rille Ou­medj­kane plonge du haut de la tour Saint-Nicolas. Equi­pé d’un bau­drier et d’un masque de réa­li­té vir­tuelle, notre re­por­teur teste le plon­geon de 27 m...(

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