Ma­la­die de Lyme : l’épi­dé­mie ca­chée

SAN­TÉ. Pro­vo­quée par les tiques, cette in­fec­tion re­dou­table est mal diag­nos­ti­quée et touche de plus en plus de per­sonnes. Mé­de­cins et pa­tients tirent le si­gnal d’alarme.

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - ÉLO­DIE CHERMANN

POUR AMÉ­LIE, 30 ans, le goû­ter d’an­ni­ver­saire dans une aire de loi­sirs près de Saint-Jean-d’An­gé­ly (Cha­rente-Ma­ri­time) a tour­né au cau­che­mar. Fa­tigue ch­ro­nique, ver­tiges, dou­leurs ar­ti­cu­laires, four­mille­ments dans les mains et les pieds… ce sont les fu­nestes ca­deaux qui l’at­ten­daient, trans­mis par une simple tique. Ce ca­la­mi­teux pré­sent est plus connu sous le nom de ma­la­die de Lyme. Une in­fec­tion qui est aus­si une grande dis­si­mu­la­trice trom­pant son monde avec des symp­tômes qui font pen­ser à une sclé­rose en plaques ou Alz­hei­mer. D’où la dif­fi­cul­té de la diag­nos­ti­quer. Elle est au­jourd’hui la source d’une épi­dé­mie si­len­cieuse fai­sant des ra­vages tels qu’une cen­taine de mé­de­cins ont lan­cé un ap­pel pour de nou­veaux tests plus per­for­mants et qu’une plainte col­lec­tive de ma­lades doit être dé­po­sée contre l’Etat et les la­bo­ra­toires ju­gés dé­faillants.

Ob­te­nir le clas­se­ment en af­fec­tion longue du­rée

Ce mal ga­lo­pant a obli­gé le gou­ver­ne­ment à an­non­cer un plan, dé­taillé en sep­tembre, cen­sé en­di­guer cette pro­gres­sion. « J’ai­me­rais qu’on m’ex­plique pour­quoi ma sé­ro­lo­gie est tou­jours res­tée né­ga­tive alors que j’ai eu des éry­thèmes mi­grants qui sont la preuve ir­ré­fu­table de la ma­la­die de Lyme, s’in­ter­roge Amé­lie. Il y a for­cé- ment une dé­faillance dans les tests de dé­pis­tage ! »

Elle fait par­tie de ceux qui s’ap­prêtent à en­ta­mer une ac­tion en res­pon­sa­bi­li­té ci­vile contre les la­bo­ra­toires qui com­mer­cia­lisent ces tests bio­lo­giques, dont le Fran­çais Bio­mé­rieux et l’Ita­lien Dia­so­rin. « A ce jour, 296 plai­gnants ont dé­po­sé un dos­sier », comp­ta­bi­lise son avo­cate Me Ca­the­rine Faivre. « D’après les es­ti­ma­tions of­fi­cielles, 300 000 per­sonnes se­raient tou­chées en Al­le­magne contre à peine 27 000 en France. On a vrai­ment une fron­tière très her­mé­tique », iro­nise son confrère Me Julien Fou­ray. Dans la fou­lée, il s’agi­ra d’ob­te­nir de l’Etat une re­con­nais­sance of­fi­cielle de la ma­la­die comme étant une af­fec­tion longue du­rée. Faute de ce­la, An­nie Okr­ze­sik, une pa­tiente de 60 ans, doit payer de sa poche. « Chaque mois, je dois de dé­bour­ser 500 € pour mes an­ti­bio­tiques et 250 € pour mes com­plé­ments ali­men­taires. C’est vrai­ment un scan­dale. »

Des mé­de­cins ont de leur cô­té été condam­nés pour ne pas avoir res­pec­té le pro­to­cole of­fi­ciel. Par­mi eux, le Marc Arer, gé­né­ra­liste à Saint-Etienne (Loire), qui vient d’éco­per de six mois d’in­ter­dic­tion d’exer­cer dont trois avec sur­sis, et 5 000 € d’amende. « L’Ordre des mé­de­cins a es­ti­mé que j’avais abu­sé des bi­lans san­guins et que j’avais trai­té mes pa­tients pour des ma­la­dies ima­gi­naires. C’est une in­jus­tice to­tale ! »

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