« Les ani­maux sont mieux diag­nos­ti­qués que nous ! »

Thier­ry Me­dyns­ki,

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Pro­pos re­cueillis par JILA VAROQUIER Pro­pos re­cueillis par CH­RIS­TINE MATEUS

MEMBRE de la Fé­dé­ra­tion fran­çaise des ma­la­dies vec­to­rielles à tiques, ce mé­de­cin des Hautes-Py­ré­nées est lui-même at­teint par la ma­la­die. Pour­quoi faut-il s’in­quié­ter ? THIER­RY ME­DYNS­KI. C’est une ma­la­die en pleine ex­pan­sion, car les tiques pro­li­fèrent dans la na­ture. D’ailleurs, on les re­trouve de plus en plus haut, en mon­tagne. Tout ce­la est lié à des facteurs en­vir on­ne­men­taux, cl i ma­tiques, à l’aug­men­ta­tion de la faune sau­vage et à la di­mi­nu­tion des pré­da­teurs des tiques… Les pra­ti­ciens voient de plus en plus de cas dans leurs ca­bi­nets. Dans les ré­gions les plus ex­po­sées, tout le monde connaît au­tour de lui des gens at­teints de la ma­la­die de Lyme. C’était as­sez in­ha­bi­tuel il y a en­core quelques an­nées. Vous-même êtes at­teint par la ma­la­die de Lyme. Com­ment s’est-elle dé­cla­rée ? J’étais très fa­ti­gué. J’avais des troubles cog­ni­tifs jus­qu’à ne plus ar­ri­ver à conduire en rai­son de pro­blèmes de concen­tra­tion. J’ai er­ré pen­dant trois ans et de­mi, car mes ana­lyses san­guines étaient né­ga­ti- ves. Un confrère a évo­qué l’hy­po­thèse de la ma­la­die de Lyme. Un trai­te­ment glo­bal, dont des an­ti­bio­tiques, a été concluant. Au­jourd’hui, je me consi­dère comme un ex-ma­lade. Mais même si je n’ai plus de symp­tômes, je n’ai pas les moyens de sa­voir si la bac­té­rie est éra­di­quée ou si je l’ai en­core en moi, au re­pos dans l’or­ga­nisme. Com­ment la dé­piste-t-on ? On en est tou­jours dans un pre­mier temps au test san­guin Eli­sa. Si ce test est po­si­tif, un autre doit le confir­mer : le Wes­tern Bolt. Mais il faut sa­voir que pour l’un comme pour l’autre de ces exa­mens, il y a dif­fé­rentes marques sur le mar­ché qui ne sont pas toutes équi­va­lentes. Ce qui fait que la sen­si­bi­li­té des tests est très très va­riable, al­lant de 30 à 70 %. Il y a donc un vrai pro­blème de fia­bi­li­té. Il fau­drait ab­so­lu­ment mettre au point de nou­veaux ou­tils et ce pour dif­fé­rents types de Bor­re­lia (NDLR : le nom de la bac­té­rie res­pon­sable de la ma­la­die), comme pour toutes les autres in­fec­tions qu’elles en­traînent. Les ani­maux sont mieux diag­nos­ti­qués que nous ! Pour eux, on n’hé­site pas à faire une re­cherche du ma­té­riel gé­né­tique de la bac­té­rie. Nous, nous avons des tests ob­so­lètes. Quelle est la prio­ri­té en at­ten­dant ces nou­veaux tests ? Dès qu’un pa­tient pré­sente une lé­sion cu­ta­née ap­pe­lée éry­thème mi­grant, à la suite d’une pi­qûre de tique, il faut im­mé­dia­te­ment pres­crire des an­ti­bio­tiques. Pas be­soin de test san­guin avant. Mais par­fois, même lorsque ce trai­te­ment est mis en place, c’est à des doses in­suf­fi­santes et sur une courte du­rée. Ce qui fait que des pa­tients à un stade gué­ris­sable voient leur état s’ag­gra­ver. Ce sont des si­tua­tions aber­rantes liées à des re­com­man­da­tions faites aux mé­de­cins en 2006, mais qui sont to­ta­le­ment in­adap­tées.

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