Une cible nom­mée Ca­ze­neuve

PO­LÉ­MIQUE. Après les cri­tiques sur les failles du dis­po­si­tif de sé­cu­ri­té à Nice le 14 Juillet, c’est, hier, une po­li­cière mu­ni­ci­pale qui ac­cuse le ca­bi­net du mi­nistre de l’In­té­rieur d’avoir ten­té de la ma­ni­pu­ler.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - AVA DJAMSHIDI

LA SCÈNE se dé­roule le 14 juillet, en pleine nuit, sur le tar­mac de l’aé­ro­port de Nice. L’avion du mi­nistre de l’In­té­rieur at­ter­rit dans cette ville où le ca­mion tueur vient de fau­cher tant de vies. Ber­nard Ca­ze­neuve re­trouve le pré­sident de la ré­gion Pa­ca, Ch­ris­tian Es­tro­si. D’em­blée, les échanges sont ge­lés. « C’est tout de suite mon­té en pres­sion », confie un témoin. Plus ques­tion de co­hé­sion na­tio­nale, d’en­tente cor­diale pour faire front com­mun contre le t e r r o r i s me. Une ten­sion à l’image du cli­mat po­li­tique ex­trê­me­ment fé­brile de­puis dix jours. Le gou­ver­ne­ment en gé­né­ral et le mi­nistre de l’In­té­rieur en par­ti­cu­lier sont sous le feu des cri­tiques de l’op­po­si­tion, ac­cu­sés d’être in­ca­pables d’as­su­rer la sé­cu­ri­té des Fran­çais. En re­tour, loin de tendre l’autre joue, l’exé­cu­tif ré­plique, char­geant les me­sures adop­tées par la droite lors­qu’elle était au pou­voir, et no­tam­ment la baisse des ef­fec­tifs des forces de l’ordre. OEil pour oeil plu­tôt que main dans la main.

Hier, la pres­sion est en­core mon­tée d’un cran avec les dé­cla­ra­tions d’une po­li­cière mu­ni­ci­pale de Nice, met­tant en cause Ber­nard Ca­ze­neuve. Dans le « Jour­nal du di­manche », San­dra Bertin, char­gée de la vi­déo­sur­veillance le soir de l’at­ten­tat de Nice, a as­su­ré avoir su­bi des pres­sions de la part du mi­nis­tère de l’In­té­rieur au su­jet d’un rap­port sur le dis­po­si­tif de po­lice du 14 Juillet.

En ré­ponse, le lo­ca­taire de la Place Beau­vau a por­té plainte pour dif­fa­ma­tion. Loin d’en res­ter là, à 20 heures, il est mon­té au cré­neau sur France 2, après s’être en­tre­te­nu avec le pré­sident et le Pre­mier mi­nistre, étrillant « les oi­seaux de proie qui tournent au­tour de 84 vic­times pour por­ter at­teinte à sa ré­pu­ta­tion ». « Ça suf­fit de mettre en cause l’Etat, les po­li­ciers, les pré­fets et le mi­nistre de l’In­té­rieur. Je n’ac­cep­te­rai pas qu’on mette en cause mon hon­neur et ma di­gni­té », s’est em­por­té Ber­nard Ca­ze­neuve, sem­blant très ému. De « bon élève » du gou­ver­ne­ment, cet an­cien avo­cat de 53 ans est de­ve­nu la cible pré­fé­rée de l’op­po­si­tion. Les coups pleuvent, des Ré­pu­bli­cains jus­qu’au Front na­tio­nal. Le vice-pré­sident FN, Flo­rian Phi­lip­pot, a ap­pe­lé hier à la dé­mis­sion du mi­nistre sur l e r é s e au s oci al Twit­ter. Pas ques­tion, a te­nu à mar­te­ler le mi­nistre, qui consi­dère qu’il n’a com­mis au­cune faute. Et, sur­tout, qu’il ne peut pas aban­don­ner ses troupes en plein com­bat contre le ter­ro­risme.

En haut lieu, on en est per­sua­dé : « l’af­faire » res­semble à un « coup or­ches­tré », une « boule puante » si­gnée Ch­ris­tian Es­tro­si. Dans un com­mu­ni­qué, ce der­nier a af­fi­ché son sou­tien à la po­li­cière mu­ni­ci­pale… tout en re­je­tant les ac­cu­sa­tions d’ins­tru­men­ta­li­sa­tion ! « Il n’y a pas une jour­née sans une nou­velle ou­trance de la droite », s’em­porte un proche du chef de l’Etat. Jeu­di, les mises en cause de « Li­bé­ra­tion » sur les « men­songes » de l’In­té­rieur avaient sus­ci­té l’ire du mi­nistre et don­né lieu à un com­mu­ni­qué de la Place Beau­vau en pleine nuit avant que le pré­sident en per­sonne ne vole au se­cours du sol­dat Ca­ze­neuve, dès le len­de­main, pour lui re­nou­ve­ler « toute sa confiance ».

« Bien sûr qu’il est en co­lère ! Ces ac­cu­sa­tions de men­songe sont gra­vis­simes », s’agace une source po­li­cière de haut rang. « Il y a un at­ten­tat et on charge le mi­nistre de l’In­té­rieur plu­tôt que le ter­ro­riste ! Mais ce n’est pas lui qui condui­sait le ca­mion, ce n’est pas lui l’en­ne­mi, en­rage un conseiller gou­ver­ne­men­tal. C’est ab­surde, et in­quié­tant. »

Le mi­nistre de l’In­té­rieur a por­té plainte pour dif­fa­ma­tion

@AvaD­jam­shi­di

Nice (Alpes-Ma­ri­times), le 15 juillet. Le mi­nistre de l’In­té­rieur, Ber­nard Ca­ze­neuve, ici avec le pré­sident de la ré­gion Pa­ca, Ch­ris­tian Es­tro­si, est sous le feu des cri­tiques de l’op­po­si­tion, ac­cu­sé d’être in­ca­pable d’as­su­rer la sé­cu­ri­té des Fran­çais.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.