Nice : la po­lé­mique s’en­ve­nime

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - THIBAULT RAISSE

QUI DIT VRAI ? La ten­sion est à son maxi­mum entre le gou­ver­ne­ment et la mu­ni­ci­pa­li­té ni­çoise de l'an­cien mi­nistre (LR) Ch­ris­tian Es­tro­si dix jours après l'at­ten­tat de la pro­me­nade des An­glais. L’agent char­gée de la vi­déo­sur­veillance de la com­mune a ré­vé­lé hier au « Jour­nal du Di­manche » avoir su­bi des « pres­sions » de la part du ca­bi­net de Ber­nard Ca­ze­neuve. Alors que San­dra Bertin ré­di­geait un rap­port sur les cir­cons­tances de l’at­taque en pré­sence d’un émis­saire du pré­fet, ce der­nier l’au­rait mis en re­la­tion avec un conseiller du mi­nistre afin qu’elle men­tionne pré­ci­sé­ment la po­si­tion des po­li­ciers na­tio­naux au mo­ment du drame. Des fonc­tion­naires qu’elle jure pour­tant n’avoir pas re­pé­ré sur les images cap­tu­rées.

Si l’af­faire se rè­gle­ra peut-être de­vant les tri­bu­naux, les dé­cla­ra­tions des deux par­ties per­mettent d’iden­ti­fier le point d’achop­pe­ment. A chaque drame d’am­pleur, et pa­ral­lè­le­ment à l’en­quête ju­di­ciaire, la hié­rar­chie po­li­cière sou­haite connaître avec dé­tail le dé­rou­le­ment des faits en uti­li­sant les moyens ad­mi­nis­tra­tifs dont ils dis­posent. Une pro­cé­dure clas­sique et lé­gale qui leur per­met no­tam­ment de de­man­der des rap­ports à des agents mu­ni­ci­paux ou d’autres ad­mi­nis­tra­tions ayant des in­for­ma­tions. Ce 15 juillet, le di­rec­teur de la po­lice des Alpes-Ma­ri­times en­voie donc deux fonc­tion­naires, dont un com­mis­saire, au centre de vi­déo­sur­veillance de la ville pour dé­fi­nir au mieux le scé­na­rio de la tra­gé­die.

C’est le dé­rou­le­ment de cette en­tre­vue entre les deux po­li­ciers et l'agent mu­ni­ci­pal qui est au coeur de la po­lé­mique. Se­lon San­dra Bertin, l’un des of­fi­ciers pré­sents l’au­rait « har­ce­lée » afin de men­tion­ner le po­si­tion­ne­ment de po­li­ciers pour­tant invisibles sur les images, tan­dis qu’un membre du ca­bi­net du mi­nistre lui au­rait de­man­dé d'en­voyer une ver­sion « mo­di­fiable» de son rap­port. Des pres­sions dou­ble­ment dé­men­ties par le di­rec­teur de la po­lice na­tio­nale et Ber­nard Ca­ze­neuve hier. « Le com­mis­saire ve­nait sur de­mande de la pré­fec­ture, et non du ca­bi­net du mi­nistre qui a d'autres pré­oc­cu­pa­tions », jure un fa­mi­lier de Beau­vau. La ver­sion mo­di­fiable, elle, ne vi­sait qu’à pou­voir ef­fec­tuer un clas­sique « co­pié-col­lé » du fa­meux rap­port.

Ce do­cu­ment de trois pages, dont nous avons pris connais­sance, ne men­tionne ef­fec­ti­ve­ment pas la po­si­tion des po­li­ciers na­tio­naux sur la pro­me­nade, mais évoque néan­moins la pré­sence d'un fonc­tion­naire « à pied » en train de « cou­rir der­rière le ca­mion » lorsque ce der­nier pé­nètre sur zone. San­dra Bertin l'a-t-elle écrit sous la contrainte ? La po­li­cière mu­ni­ci­pale a en tout cas confir­mé hier soir ses pro­pos te­nus dans le jour­nal do­mi­ni­cal, ajou­tant vou­loir sai­sir le pro­cu­reur de la Ré­pu­blique des ten­ta­tives de ma­ni­pu­la­tion dont elle dit avoir été vic­time. « Je ne m’at­ten­dais pas une telle sor­tie de sa part. Elle dit peu­têtre la vé­ri­té, mais elle n'a ja­mais par­lé de cette his­toire, com­mente un col­lègue proche de San­dra Bertin. Je trouve cette po­lé­mique re­gret­table, car au fond, il n'y a qu'un res­pon­sable dans ce ter­rible drame : le ter­ro­riste ».

Le mi­nis­tère lui au­rait de­man­dé une ver­sion « mo­di­fiable» de son rap­port

Nice, hier. San­dra Bertin, po­li­cière mu­ni­ci­pale de Nice, a as­su­ré avoir su­bi des pres­sions de la part du mi­nis­tère de l’In­té­rieur.

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