« Er­do­gan veut dis­ci­pli­ner la so­cié­té »

Do­ro­thée Sch­mid,

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Pro­pos re­cueillis par CA­MILLE MORDELET

CHER­CHEUSE à l’Ins­ti­tut fran­çais des re­la­tions in­ter­na­tio­nales (Ifri), Do­ro­thée Sch­mid a pu­blié « la Tur­quie au Moyen-Orient, le re­tour d’une puis­sance ré­gio­nale ? » (CNRS Ed). Er­do­gan ac­cuse le pré­di­ca­teur re­li­gieux Fe­thul­lah Gü­len d’être à l’ori­gine du coup d’Etat man­qué. Mais ce­la pour­rait-il être un coup mon­té d’Er­do­gan ? DO­RO­THÉE SCH­MID. Il est peu pro­bable que ce soit un coup mon­té. Le manque d’in­for­ma­tions claires sur ce putsch rend tout le monde très com­plo­tiste en­vers la Tur­quie. Donc de nom­breuses hy­po­thèses cir­culent en ce sens. Cette ten­ta­tive avor­tée Les par­tis po­li­tiques autres que l’AKP d’Er­do­gan pour­ront-ils main­te­nir leur in­fluence ? L’op­po­si­tion po­li­tique à Er­do­gan risque de se re­trou­ver très af­fai­blie. Le putsch a été con­dam­né par l’en­semble de la classe po­li­tique, que ce soit les so­ciaux-dé­mo­crates laïcs du CHP, deuxième par­ti de Tur­quie, ou les na­tio­na­listes du MHP. Tous ont pris po­si­tion contre un putsch mi­li­taire qui se­rait un ter­rible re­tour en ar­rière. Mais l’op­po­si­tion se re­trouve pié- Sur les chiffres avan­cés pour ces purges, il fau­dra at­tendre plu­sieurs se­maines pour en dis­cer­ner les vé­ri­tables contours et consé­quences. Le but est d’em­pê­cher l’ex­pres­sion de toute voix dis­si­dente, quitte à se mon­trer ex­ces­sif. Exemple de cet abus, la dé­mis­sion for­cée de tous les doyens d’uni­ver­si­té de Tur­quie. Le gou­ver­ne­ment pré­texte une traque des pro-Gü­len pour jus­ti­fier La Tur­quie va-t-elle res­ter une ré­pu­blique laïque ? Er­do­gan est un homme pieux, sen­ti­ment ren­for­cé par le fait qu’il vient d’ é c hap­per à l a mort. La religion était dé­jà en train de re­ve­nir au pre­mier plan de­puis la prise de pou­voir en 2002 de l’AKP, par­ti is­la­miste. Le phé­no­mène va s’ac­cen­tuer. D’un autre cô­té, il ne faut pas ou­blier que l’un des pi­liers de la confiance des Oc­ci­den­taux en­vers la Tur­quie est la « laï­ci­té en acte », c’est-à-dire la sé­pa­ra­tion du po­li­tique et du re­li­gieux. Pi­lier d’au­tant plus im­por­tant que c’est la par t i c ul a r i t é du pays dans un Moyen-Orient où la laï­ci­té est en voie de dis­pa­ri­tion. Dé­truire cette par­ti­cu­la­ri­té ne se­rait pas avan­ta­geux. Le pays a-t-il en­core un ave­nir au sein de l’Union eu­ro­péenne ? C’est dif­fi­ci­le­ment en­vi­sa­geable. Le fait que l’Al­le­magne, prin­ci­pal par­te­naire de la Tur­quie au­jourd’hui, ait émis des ré­ac­tions sé­vères, c’est mau­vais signe. Autre point cru­cial, la pos­sible ré­in­tro­duc­tion de la peine de mort. Si ce­la se pro­duit, la Tur­quie ne pour­rait ja­mais en­trer dans l’UE.

« L’op­po­si­tion se re­trouve pié­gée par ce coup d’Etat qui ren­force la po­si­tion d’Er­do­gan »

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